La descente aux enfers de Scopelec, la plus grande coopérative de France

PATATRAS Depuis qu’elle a perdu un important contrat avec son client historique Orange, Scopelec, la plus grande société coopérative de l’Hexagone, vit une dégringolade. Elle vient d’être placée en redressement judiciaire

Hélène Menal
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Des salariés de Scopelec devant leur site de Saint-Orens, près de Toulouse.
Des salariés de Scopelec devant leur site de Saint-Orens, près de Toulouse. — Charly Triballeau
  • Scopelec, la plus grosse société coopérative de France, spécialisée dans la pose et la maintenance d’infrastructures de télécommunication, a été placée en redressement judiciaire mardi.
  • Ses ennuis ont commencé quand elle a perdu un gros contrat avec Orange dont elle reste un des principaux sous-traitants.
  • Et malgré une mobilisation des politiques de tous bords, l’opération sauvetage n’a pas fonctionné pour l’instant.

Les fourgons blancs des techniciens de Scopelec font un peu partie du paysage de nos campagnes. C’est souvent eux qui débarquent avec leurs nacelles quand Internet est en rade et qu’un vieux poteau téléphonique en bois a cédé sous les assauts du vent d’Autan ou du Mistral. Mais jusqu’à quand ? Mardi soir, le tribunal de commerce de Lyon a placé la plus grande coopérative de France – et ses 2.600 salariés restant, contre 3.600 il y a un an – en redressement judiciaire.

Pour ce gros sous-traitant d’Orange, créé en 1973 à Revel, dans la Haute-Garonne, dont un des principaux sites est aujourd’hui à Saint-Orens, dans la banlieue de Toulouse, le cauchemar, « le tsunami », a commencé en novembre 2021. Quand l’opérateur, qui faisant appel à Scopelec pour la pose de la fibre et la maintenance du réseau, lui a retiré un de ses marchés habituels, notamment en Occitanie, au motif que le service n’était pas optimal. Orange lui a préféré une société luxembourgeoise, privant, d’un coup, dès mars 2022, son sous-traitant historique de 40 % de son chiffre d’affaires.

Tout s’est ensuite enchaîné pour la coopérative. En juin 2022, un plan social en juin a acté la suppression de 550 emplois, sans compter les départs volontaires, au fil de l’eau.

Impuissance politique

Pourtant, Scopelec et ses salariés, aujourd’hui « dégoûtés et dépités », ne manquent pas d’appuis politiques. Dans le sillage de la présidente d’Occitanie, la socialiste Carole Delga, tous les grands élus locaux ont plaidé la cause de la coopérative auprès de l’Etat, actionnaire à 23 % d’Orange. Le 19 septembre, c’est François Ruffin qui est venu avec les députés LFI de Haute-Garonne au soutien jusqu’à Saint-Orens. Saint-Orens dont l’ex-maire n’est autre Dominique Faure (Renaissance), la nouvelle secrétaire d’Etat à la Ruralité. Selon nos informations, des salariés ont même parlé à Bruno Le Maire. Et les députés macronistes, comme Monique Iborra, ne s’économisent pas.


Malgré toute cette pression, les négociations avec Orange n’ont pas abouti. Le tribunal de commerce de Lyon n’a pas pu s’appuyer notamment sur les 20 millions d’euros d’abandon de créance de la part d’Orange, un temps évoquées dans les négociations. « Ils nous ont lâchés », peste une source syndicale.

Orange assume

Mais Orange assume. « Nous nous sommes effectivement engagés, il y a des mois, à un abandon de créances pour soutenir tout plan de Scopelec qui serait viable et pérenne, Et aujourd’hui, malheureusement, nous avons été forcés de constater qu’aucun plan de ce type n’était présenté, explique à 20 Minutes Marc Blanchet, le directeur technique et du système d’information de l’opérateur. Notre responsabilité vis-à-vis de nos clients, et notre responsabilité économique, ajoute-t-il, ça n’est pas de mettre 20 millions d’euros et de se retrouver dans le mur dans trois mois, ou dans six mois. »

L’opérateur tient aussi à préciser que le marché se rétracte maintenant que 80 % de la France est équipée en fibre et que Scopelec a toujours des contrats avec lui, pour 90 millions d’euros par an en moyenne, « et pour les six ans qui viennent ».


Si Scopelec survit au « tsunami ». Dans un communiqué, la coopérative indique ce mercredi que « les entreprises candidates au rachat partiel ou total des activités ont jusqu’au 2 novembre pour se manifester auprès du tribunal ». Il reste un mois pour sauver au moins un pan d’une aventure économique et d’un modèle originaux. Les salariés de Scopelec détiennent 75 % de son capital et ont un poids proportionnel dans les décisions.