Lyon : Les pannes répétées du métro B victime « d’une série noire » peuvent-elles durer longtemps ?

COUACS Depuis un mois, cinq « incidents majeurs » ont paralysé durant plusieurs heures la ligne de métro B à Lyon, sans compter les petites pannes très fréquentes

Caroline Girardon
La ligne B du métro de Lyon est victime d'une série de dysfonctionnements sans précédent depuis un mois.
La ligne B du métro de Lyon est victime d'une série de dysfonctionnements sans précédent depuis un mois. — KONRAD
  • La ligne B du métro de Lyon, automatisée depuis l’été, est victime d’une « série noire ».
  • Cinq « incidents majeurs » paralysant la ligne durant plusieurs heures ont été enregistrés en un mois.
  • Les causes de ces couacs sans précédent sont d’origine différentes. Le réseau n’est toutefois pas à l’abri de nouveaux dysfonctionnements.

« C’est vraiment pénible ». Les pannes à répétition observées sur la ligne de métro B à Lyon ont fini par excéder les usagers. « Le problème est qu’on ne peut plus avoir confiance, on ne sait jamais ce qui va arriver », déplore Elisa, une mère de famille résidant à Oullins (Rhône). « Il y a beaucoup trop de pannes de manière rapprochée pour ne pas être inquiet, toutes proportions gardées », ajoute David, un utilisateur quotidien. Et de témoigner : « Mardi soir, le métro s’est arrêté trois minutes. Tout le monde s’est regardé en se disant "Ah non, pas encore. Ça recommence" ». Cette fois, il ne s’agissait que d’une fausse alerte.

Depuis un mois, la ligne, qui a été automatisée au début de l’été, est victime d’une « série noire ». Cinq « incidents majeurs » nécessitant plusieurs heures d’interruption ont été enregistrés. Le jeudi 22 septembre, 1.500 passagers bloqués sous terre ont dû patienter près de deux heures avant d’être évacués par les tunnels. D’autres, n’ayant plus la patience d’attendre ont forcé, eux-mêmes, les portes des wagons pour s’engouffrer sur les rails du métro. « Mon fils était dans la rame qui a été évacuée en dernier. Ils ont dû marcher dans le tunnel, il n’était pas rassuré, raconte Elisa. Désormais, il appréhende, alors qu’il était autonome depuis la rentrée et qu’il prenait le métro seul. »

Incidents majeurs et petites pannes régulières

En dehors de ces « incidents majeurs », les usagers doivent également composer fréquemment avec des petites pannes, qui ne nécessitent pas l’arrêt du trafic pour une durée indéterminée, mais qui s’avèrent tout aussi pénalisantes. Ces dernières semaines, la famille d’Elisa a été contrainte de se réorganiser. Ses enfants partent désormais « une heure et demie à l’avance » pour se rendre à l’école ou au collège, dans le centre de Lyon. « Sinon, ils arrivent en retard en cours. La dernière fois, le métro s’est arrêté à plusieurs reprises pendant cinq minutes à chaque fois. Le trajet a duré quarante-cinq minutes, soit plus du double de temps nécessaire, explique la mère de famille. C’est dommage car, quand il n’y a pas de dysfonctionnement, c’est très rapide. »

« Quand ça marche, c’est super pratique, abonde David, qui se rend chaque jour en métro dans le quartier de Gerland. Vendredi matin, apprenant que la ligne était à l’arrêt total depuis son ouverture à 5h40, il a décidé de télétravailler. Les autres fois, il a dû se rabattre sur des solutions alternatives. « Si je n’ai pas de rendez-vous urgents, je prends le tramway pour faire un détour par la station de Perrache afin de reprendre un autre métro, même si ce n’est pas l’idéal, explique-t-il. Mais d’autres fois, j’ai dû appeler pour qu’on vienne me récupérer en voiture, d’autant que les bus sont pris d’assaut. »

« L’automatisation n’est pas un long fleuve tranquille »

« On traverse une période compliquée », admet Keolis, l’exploitant du réseau. L’automatisation de la ligne B, vieille de 40 ans, n’est pas « un long fleuve tranquille ». En réalité, elle s’avère relativement complexe. Si le syndicat Ugic-CGT dénonce « une ligne low cost », dont l’automatisation a été faite dans « la précipitation, alors que tout n’était pas forcément réglé », l’opérateur s’en défend. « Si tout n’était pas prêt, les instances n’auraient pas validé sa mise en œuvre », explique-t-il avant de rappeler que toutes les pannes n’ont pas les mêmes causes. Celle du 22 septembre reste à ce jour encore inexpliquée. « On ne sait clairement pas ce qui s’est passé, on cherche toujours les raisons », indique Keolis.

D’autres ont été identifiées. Deux incidents majeurs sont dus à « des pertes d’énergie » sur le réseau Enedis. Une baisse de tension de quelques secondes a suffi à paralyser tout le réseau pendant des heures, car le système qui est censé se déclencher dans ce cas de figure n’a pas pris le relais, explique-t-on. Depuis, l’exploitant est en train de changer ses équipements électriques pour éviter que le problème ne se reproduise fréquemment. Des agents d’Alstom ont également été déployés dans les stations afin d’intervenir en toute urgence, en cas de problème.

Une situation rapidement rétablie ?

Enfin, l’incident de vendredi matin est lié aux travaux de prolongement de la ligne B vers les hôpitaux du sud de l’agglomération. Les équipes, qui travaillent de nuit sur le chantier, « n’ont pas complètement respecté la procédure » de remise en route du métro. Résultat, à l’ouverture des stations, les rames sont restées en rade pendant près de trois heures.

« Le prolongement de la ligne B doit être terminé en 2023. J’espère que les pannes ne dureront pas jusque-là », s’inquiète Elisa. La situation sera-t-elle rapidement rétablie ? Nul ne peut le prédire. D’autres incidents pourraient « probablement » survenir à nouveau sur le réseau, concède Keolis. « Nous n’en sommes pas à l’abri. Les équipes sont mobilisées à fond pour fiabiliser au plus vite la ligne », poursuit-il, « conscient de la colère et de l’agacement des voyageurs ».

Il n’est, en revanche, pas prévu que les abonnements mensuels soient remboursés puisque des solutions alternatives sont proposées et déployées à chaque panne.