Escortes de chefs d'Etat, défilés, sécurité du Tour de France... Les motards de la garde républicaine fêtent leur 70 ans

Reportage Depuis 1952, cette unité d'élite de la gendarmerie assure les escortes protocolaires et participe à la sécurisation d'épreuves sportives

Thibaut Chevillard
Une partie de l'escadron motocycliste de la garde républicaine, vendredi 23 septembre 2022, à Paris
Une partie de l'escadron motocycliste de la garde républicaine, vendredi 23 septembre 2022, à Paris — Thibaut Chevillard
  • L’escadron motocycliste de la garde républicaine fête cette année son 70ème anniversaire.
  • Composée de 74 militaires rigoureusement sélectionnés, l'unité participe  à l’escorte protocolaire du président de la République. Elle sécurise également les transfèrements de détenus particulièrement dangereux, les transports de matières nucléaires ou les convois de la Banque de France.
  • Les motards de la garde républicaine assurent aussi la sécurisation du Tour de France depuis 1953.

Soudain, dans un vrombissement de moteur, les motos pénètrent à la file indienne dans la cour de la caserne des Célestins, à Paris. La musique retentit. Casque blanc sur la tête, la quinzaine de gendarmes en apparat qui chevauchent les puissantes BMW bleues entre dans la danse. Aucune erreur n’est permise, ce vendredi après-midi. Le show, préparé depuis plusieurs semaines, est millimétré. Durant une quinzaine de minutes, les motards se croisent et s’entrecroisent, se frôlent et se frisent, dans un espace pas plus grand qu’un parking de supérette. Tous ont à cœur de montrer aux invités triés sur le volet (il y avait même Michel Drucker) le savoir-faire unique de la prestigieuse unité motocycliste de la garde républicaine, qui fête cette année ses 70 ans d’existence.

« Elle a été créée en 1952 à la demande du Président de la République de l’époque, au moment de la mise en service de l’aéroport d’Orly, pour escorter les chefs d’Etat étrangers jusqu’à Paris, au palais de l’Elysée », raconte à 20 Minutes le commandant de cette unité motorisé, le capitaine Jean-François. La mission était auparavant dévolue au régiment de cavalerie de la garde républicaine, fort au total de 450 militaires. Mais Orly étant plus éloignée de la capitale que l’aéroport du Bourget, elle devenait difficile à remplir pour les escortes à cheval traditionnelles. Au commencement, dix motocyclistes composaient l’unité.

« Je suis passionné de moto »

Aujourd’hui, l’officier à sous ses ordres 74 motards, la trentaine en moyenne, qui ont réussi les difficiles épreuves de sélections. Tous ont été choisis pour leur adresse et leur aptitude à piloter en toutes circonstances. Parmi eux, Maxime, 22 ans, le benjamin du groupe. Le jeune homme, originaire de l’Ain, a rejoint l’unité en janvier dernier, après avoir passé le concours de sous-officier. « Je suis passionné de moto depuis que je suis tout jeune, et j’avais le souhait de rentrer dans la gendarmerie, explique-t-il. C’était donc pour moi un moyen de pratiquer ma passion tout en faisant un métier que j’aime. »



Pour sa première mission, en juillet dernier, Maxime a participé à l’escorte du président des Emirats arabes unis. Un souvenir « assez marquant » pour le jeune militaire. Une quinzaine de motos précédaient le cortège en formant un V, protégeant ainsi les véhicules qui transportaient Mohamed ben Zayed d’éventuelles intrusions. « On forme une cage de sécurité autour de la voiture présidentielle et on avance, avec des alignements bien précis à respecter », détaille-t-il, soulignant que la manœuvre doit impérativement être réalisée « proprement ».

« Les gendarmes sont formés pour réagir »

Car c’est un peu l’image de la France qui est en jeu. « Notre mission est double, complète le capitaine Jean-François. Il y une mission protocolaire, qui consiste à démontrer le savoir-faire de la garde républicaine. Mais nous devons avant tout assurer la sécurité des chefs d’Etat en étant au plus près des véhicules. » En cas d’imprévus, « les gendarmes sont formés pour réagir. »

Parmi les autres missions confiées à cette unité basée à Dugny, en Seine-Saint-Denis, les escortes de détenus « particulièrement signalés », poursuit le capitaine Jean-François. Les motards de la garde républicaine, qui sont répartis en trois pelotons, ont notamment protégé le convoi pénitentiaire qui acheminait tous les jours, au palais de justice de Paris, Salah Abdeslam et les autres accusés jugés pour les attentats du 13-Novembre.

 L’été, l’unité est mobilisée pour encadrer les courses cyclistes, notamment le Tour de France depuis 1953. « Nous sécurisons toutes les courses qui dépendent, en France, de l’UCI », précise le chef de l’unité.

Records battus 

Maxime, lui, rêve d’intégrer l’équipe d’acrobaties de l’unité qui, régulièrement, bat des records du monde, homologués et inscrits dans le Guiness. Volontaire, il passe les épreuves de sélection en octobre prochain. Parmi les exploits de ce groupe, le plus grand nombre de passagers sur une seule moto (37 hommes), ou la plus grande pyramide moto (35 hommes sur sept machines). Battre des records, « ça fait partie finalement de l’ADN de l’unité », observe le capitaine Jean-François. « Ce sont des personnels qui sont très passionnés par la moto, qui sont aussi joueurs, et qui ont une grosse envie de bien faire. Donc ils aiment relever les challenges. »