Budget 2023 : 935 millions d’euros pour revaloriser les enseignants, les syndicats inquiets

ENSEIGNEMENT Il est prévu une augmentation moyenne de la rémunération des enseignants de 10 % accompagnée d’une hausse supplémentaire pour les volontaires s’engageant dans des missions nouvelles

20 Minutes avec AFP
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L'indemnité promise par Emmanuel Macron aux enseignants en REP+ a bien été versée, mais une partie est variable.
L'indemnité promise par Emmanuel Macron aux enseignants en REP+ a bien été versée, mais une partie est variable. — FRED SCHEIBER/20 MINUTES/SIPA

C’était une promesse du candidat Macron qui ne convainc pas les syndicats… Dans son projet de loi finances 2023, le gouvernement prévoit une enveloppe de 935 millions d’euros pour revaloriser les salaires enseignants, avec une hausse moyenne de 10 % à laquelle s’ajouteraient des rémunérations pour des tâches supplémentaires,

L’Éducation nationale, premier budget de l’État, connaîtra pour 2023 « une hausse inédite » de ses crédits de 3,7 milliards d’euros, à 60,2 milliards d’euros, en augmentation de 6,5 % par rapport à 2022.

Aucun enseignant en dessous de 2.000 euros net

L’effort budgétaire pour les personnels de l’Éducation nationale se concentre essentiellement sur deux volets, avec d’une part, 1,7 milliard consacré au financement de la hausse du point d’indice décidée en juillet et 935 millions en faveur des revalorisations du métier enseignant.

Cette revalorisation se décomposera en « une augmentation moyenne de la rémunération des enseignants de 10 % accompagnée d’une hausse supplémentaire pour les enseignants volontaires s’engageant dans des missions nouvelles », détaille le projet de budget présenté lundi en conseil des ministres.

Le gouvernement s’est engagé à ce qu’aucun enseignant ne gagne moins de 2.000 euros net par mois à compter de la rentrée 2023.

Un coût de 2 milliards d’euros en année pleine

En année pleine, le coût pérenne de ces revalorisations « dépassera 2 milliards d’euros », précise Bercy. À côté de la revalorisation « inconditionnelle », une part variable sera conditionnée à la réalisation de tâches supplémentaires aux traditionnelles missions des enseignants (remplacement, suivi individualisé, orientation…) dans la droite ligne du programme d’Emmanuel Macron pour son second mandat à l’Élysée.

Des concertations autour des rémunérations doivent s’engager à partir du 3 octobre avec les syndicats. Dans un courrier aux enseignants, le chef de l’État avait ouvert la porte à une revalorisation totale tutoyant les « 20 % » pour les enseignants désireux d’accomplir ces autres tâches.

Des points flous qui font tiquer les syndicats

Mais le président n’avait pas précisé si les augmentations du précédent quinquennat – issues du Grenelle de l’éducation, qui avait débouché en 2021 sur une nouvelle enveloppe de 700 millions d’euros – seraient ou non comprises dans cette hausse.

Un flou persiste en outre sur le périmètre des personnels concernés par la revalorisation. Si les débuts et les milieux de carrière sont concernés, quid des fins de carrières ?

Ces zones d’ombre ont fait tiquer les syndicats enseignants. « Ce projet de loi n’est pas du tout rassurant, car on voit bien que cette hausse de 10 % ne va pas être pour l’ensemble des enseignants » s’alarme Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire.

« Nous sommes dans un reniement des engagements présidentiels de campagne d’Emmanuel Macron : il avait promis une hausse de 10 % pour tous les enseignants en janvier 2023 et là, on constate que cela devient une augmentation avec un socle de 10 % en moyenne… Il y a donc tromperie », renchérit Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire.

« Il est nécessaire de rentrer rapidement dans le vif du sujet »

« Soit ce terme « en moyenne » signifie que l’on établit une moyenne avec les augmentations du quinquennat précédent (…), soit on fait une moyenne sur l’ensemble des cohortes, du début aux fins de carrière, en pénalisant les fins de carrière », ajoute-t-elle.

Pour Stéphane Crochet du SE Unsa, « il est nécessaire de rentrer rapidement dans le vif du sujet, pour évoquer plus précisément cette enveloppe ».

« Il ne faut pas que le gouvernement ferme la porte à une augmentation qui soit pluriannuelle », estime-t-il. « Malgré cette enveloppe, on ne va pas résoudre le problème de l’attractivité du métier d’enseignant. Il faut donc s’inscrire dans une trajectoire plus longue ».

Sur cet épineux dossier, « le ministre (Pap Ndiaye) lancera la semaine prochaine les concertations », a annoncé Elisabeth Borne. lundi. Mais la cheffe du gouvernement a également lié les questions d’attractivité aux « marges de manœuvre (données) aux équipes pédagogiques » sur le terrain, une problématique au cœur du délicat chantier École voulu par Emmanuel Macron.

Sur cet épineux dossier, « le ministre (Pap Ndiaye) lancera la semaine prochaine les concertations », a annoncé Elisabeth Borne.