Affaire Delphine Jubillar : « On voudrait que l’on nous oppose une thèse, des vérités », plaident les avocats de Cédric

JUSTICE Ce vendredi, Cédric Jubillar, mis en examen depuis le 18 juin 2021 pour « meurtre sur conjoint » était interrogé par les juges d’instruction

Béatrice Colin
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Jean-Baptiste Alary et Alexandre Martin, les avocats de Cédric Jubillar, le 23 septembre 2022, à leur arrivée au palais de Justice de Toulouse.
Jean-Baptiste Alary et Alexandre Martin, les avocats de Cédric Jubillar, le 23 septembre 2022, à leur arrivée au palais de Justice de Toulouse. — B. Colin
  • Ce vendredi, Cédric Jubillar était interrogé pour la cinquième fois par les juges d’instruction dans le cadre de la disparition de sa femme, Delphine.
  • Depuis le 18 juin 2021, ce plaquiste est mis en examen pour « meurtre sur conjoint », soupçonné d’avoir tué sa femme Delphine, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 du domicile de Cagnac-les-Mines.
  • A l’issue de l’interrogatoire de leur client, Maîtres Martin et Alary demandent une reconstitution de la soirée de la disparition.

Ce vendredi, Cédric Jubillar a été extrait de la maison d’arrêt de Seysses, où il est incarcéré depuis plus d’un an, pour passer une heure et demie dans le bureau des juges d’instruction, au palais de justice de Toulouse. Les deux magistrates cherchent à savoir ce qui s’est passé la nuit du 15 au 16 décembre 2020, au domicile conjugal du couple, à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn. Depuis le 18 juin 2021, ce plaquiste de 35 ans est en effet mis en examen pour le meurtre de sa femme, Delphine, disparue cette nuit de décembre.

Dans le cadre de cette affaire, plusieurs battues ont eu lieu pour retrouver le corps de l’infirmière, des dizaines d’expertises ont été diligentées et des moyens importants déployés pour tenter de faire la lumière sur les circonstances de cette disparition. Rapidement, les enquêteurs de la section de recherches de la gendarmerie se sont forgé la conviction que Cédric Jubillar était responsable de la mort de sa femme.

Selon des analyses récentes du réseau téléphonique, le téléphone de cette mère de famille, jamais retrouvé, n’aurait pas quitté le lotissement où vivait le couple. Il serait même peut-être resté à l’intérieur du domicile. Un élément qui viendrait corroborer la thèse de l’accusation, d’une dispute violente au sein du couple qui se serait achevé par la mort de la jeune femme. Pour les avocats de la défense, cette étude des réseaux de téléphonie est loin d’être fiable. C’est ce qu’ils ont répété ce vendredi devant les juges, en présence de leur client.

Expertises fustigées par les avocats de la défense

« Cela a duré 1h30, les juges n’ont pas de questions, elles sont incapables de lui opposer des preuves, on tourne en rond, c’est toujours la même chose. Un interrogatoire qui n’a rien apporté », a réagi Alexandre Martin, l’un des trois défenseurs de Cédric Jubillar, à sa sortie.

« Sur les lunettes, on a une expertise qui montre que si l’on exerce une pression de l’extérieur vers l’intérieur, elles se cassent… Sachant qu’elles étaient cassées avant. La seconde expertise qui dit que le téléphone est localisable, ça ne tient pas la route. L’architecture des réseaux a changé depuis et à 6h52 Cédric Jubillar était avec les gendarmes à la maison, il a appelé X fois Delphine devant les gendarmes ce matin-là. Il faut maintenant que l’on revienne à la criminologie », poursuit le pénaliste.


Pour les défenseurs du plaquiste, leur client a continué à clamer son innocence devant les juges d’instruction. Et désormais, ils plaident pour une reconstitution de cette nuit-là, dans les mêmes conditions.

« La reconstitution, on l’a demandé, ce serait bien à un moment donné qu’on nous explique ce qu’on nous reproche très précisément : ce sont les cris entendus par les voisines, donc ça se serait passé dehors ? C’est la scène décrite par l’enfant, donc dans la maison. C’est la voiture bleue, la voiture blanche ? C’est un coup de couteau selon le codétenu, c’est un étranglement ? A un moment donné on voudrait que l’on nous oppose une thèse, des vérités, des certitudes sur lesquelles on peut se défendre. On va demander au parquet, démontrez-nous, c’est quoi votre thèse, expliquez-nous ce qui s’est passé », poursuit Me Martin.

D’ici là, ils attendent de pouvoir à nouveau défendre devant la chambre de l’instruction la demande de remise en liberté de leur client, notamment son placement sous bracelet électronique.