En pleine crise de croissance, la filière bio s’interroge sur son avenir

REPORTAGE Après des années de croissance, la vente de produits bio recule depuis un an. Une tendance qui ne devrait pas s’améliorer en 2022 et qui plombe le moral des professionnels

Jérôme Gicquel
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La vente de produits bio marque le pas dans les grandes surfaces et les magasins spécialisés.
La vente de produits bio marque le pas dans les grandes surfaces et les magasins spécialisés. — A. Gelebart / 20 Minutes
  • La vente de produits alimentaires bio a pour la première fois baissé en France l’an dernier.
  • La tendance devrait encore s’accentuer cette année en raison de l’inflation qui plombe le pouvoir d’achat des Français.
  • Dans ce contexte morose, les acteurs de la filière oscillent entre inquiétude et optimisme.

L’euphorie a laissé place à un début de gueule de bois. Après des années de croissance à deux chiffres, la filière bio est dans le dur depuis quelques mois. Pour la première fois, la vente de produits alimentaires issus de l’agriculture biologique a ainsi connu un coup de frein l’an dernier avec un recul de 1,3 %, selon les chiffres dévoilés en juin par l’Agence Bio. Cette contraction du marché reste bien sûr à relativiser au regard de la baisse globale de 2,28 % de la consommation alimentaire des ménages. Mais pour 2022, les perspectives s’annoncent encore moins bonnes en raison de l’inflation.

Dans ce contexte, les acteurs de la filière font grise mine. Une morosité palpable dans les travées du salon des professionnels de la bio « La Terre est notre métier » qui s’est tenu mercredi et jeudi à Retiers, au sud-est de Rennes. « On se prend le mur de plein fouet car les clients ne sont pas là », reconnaît Pascal Petit, responsable technique chez Bio Direct. Dans ce groupement qui réunit une centaine d’éleveurs de porcs bio, les ventes ont reculé « de 15 à 20 % depuis sept ou huit mois ». « En 2020 lors des confinements, on a senti que les gens aspiraient à une consommation plus saine et locale et se tournaient vers la vente directe, souligne-t-il. Mais cette parenthèse s’est refermée et les gens surveillent désormais leur porte-monnaie ».

Une crise de croissance mais aussi de confiance

L’inflation pénalise aussi les industriels du secteur comme Olga (ex-Triballat Noyal), qui fabrique des produits laitiers bio et végétaux. « On a toujours notre clientèle de "bio-convaincus", indique Zoé Guyader, conseillère agricole biologique chez Olga. Mais c’est certain qu’on a perdu des clients plus volatils qui ont délaissé le bio ces derniers mois. » Réputés plus chers, les produits bio souffrent donc de cette envolée des prix de l’alimentation. Mais ce n’est pas la seule raison et la baisse de la consommation avait d’ailleurs commencé bien avant le début de la guerre en Ukraine.

En crise de croissance, la filière bio connaît en effet aussi une crise de confiance, le petit logo vert AB ayant un peu moins la cote auprès des consommateurs. Pour Sophie Chauvin, c’est la valse des logos et des labels qui a perturbé les clients. « On a vu arriver ces dernières années plein de labels greenwashing comme « Haute valeur environnementale » ou « Sans pesticides » qui rassurent peut-être les clients mais sont bien moins vertueux que le label bio », estime la directrice du Groupement des agriculteurs biologiques (GAB) du Morbihan.

« Ce n’est qu’une crise passagère »

Dans certaines filières comme le lait, le bio connaît également une crise de la surproduction. « La demande est là mais pas suffisamment pour absorber toute cette production qui a été multipliée par deux en quelques années », souligne Stéphane Boulent, conseiller en agriculture biologique à la Chambre d’agriculture de Bretagne. A mesure que le ciel s’assombrit, certains acteurs commencent à s’interroger sur l’avenir. « Si cela ne s’améliore pas, on peut craindre en effet pour la pérennité de notre filière », indique Pascal Petit.



D’autres se montrent plus optimistes comme Sophie Chauvin, du GAB. « Ce n’est qu’une crise passagère et je n’ai pas de doute sur le fait que la consommation reparte à la hausse, indique-t-elle. A force de voir leur environnement se dégrader, de voir le climat se dérégler, les gens vont finir par prendre définitivement conscience que le modèle qu’on défend est le bon. »