« Je m’adapte »… Face à l’inflation, les adeptes du bio trouvent des solutions

VOTRE VIE VOTRE AVIS L’envolée des prix a mis un sérieux coup d’arrêt à certaines filières alimentaires qui peinent à garder leur clientèle

Camille Allain
La consommation alimentaire de bio s'est contractée en 2021. (illustration)
La consommation alimentaire de bio s'est contractée en 2021. (illustration) — ROMAIN DOUCELIN/SIPA
  • La guerre en Ukraine et le dérèglement climatique ont eu un impact direct sur le coût des matières premières alimentaires.
  • Interrogés, nos lecteurs ont parfois dû renoncer à leurs convictions face à l’inflation. Mais d’autres maintiennent leur choix du bio en optant pour d’autres circuits.
  • Le recours au circuit court fait partie des solutions avancées pour éviter la flambée de certaines denrées.

Quinze ans de progression continue. Une année 2020 exceptionnelle portée par la crise sanitaire et le recours de plus en plus fréquent aux produits locaux. Et puis l’inflation, qui vient tout anéantir. En France, la consommation de produits issus de l’agriculture biologique a baissé pour la première fois depuis quinze ans en 2021. En 2022, le constat est encore plus alarmant avec une baisse ininterrompue de la demande dans un contexte de flambée des prix. Les Français ont-ils arrêté de consommer bio pour préserver leur porte-monnaie ? Alors que le Salon des professionnels de la bio se tient à Retiers (Ille-et-Vilaine), nous avons demandé à nos lecteurs s’ils avaient abandonné leurs convictions en raison de l’inflation. Certains l’ont fait, quand d’autres s’adaptent. Mais pour tout le monde, la solution la plus économique semble d’opter pour la vente directe, moins touchée par la hausse des prix.

Voilà cinquante ans que Dominique consomme « le plus possible bio ». A la retraite avec 930 euros par mois pour vivre, elle a vu son budget se réduire ces derniers mois, notamment avec la flambée du prix de l’essence qui pèse sur ses économies. « Je m’aperçois que je n’achète plus certains produits en bio comme les yaourts ou la viande car mon budget ne me le permet plus. Je vais moins souvent à la Coop et je me rabats sur le bio de grande surface parfois douteux », explique Dominique. La retraitée garde cependant le réflexe biologique pour le pain, le sucre, le riz ou la farine. Aurore est dans le même cas. Elle ne va plus dans son magasin bio « en attendant une baisse de l’inflation » et a opté pour les produits de grande surface. Elle ne mange plus de viande par conviction et a réduit le poisson, en raison de son prix. Laëtitia est dans le même cas et elle s’emporte. « Le bio est un luxe à présent ! Je ne peux plus préserver ma santé en mangeant moins de pesticides. »




Tout le monde n’a pas le même avis sur la question. Parmi les témoignages recueillis, il y a aussi ceux qui n’ont « rien changé » à leur alimentation, arguant que l’agriculture biologique souffre moins de l’inflation. « Le mode de production des produits bio est moins impacté par les crises actuelles, et le prix des produits bio a augmenté beaucoup moins que les produits de grande distribution. L’écart de prix se resserre, et le surcoût diminue. Je n’ai pas réduit ma consommation de produits bio, je dirais même que c’est le contraire », assure Jean-Luc. Le modèle agricole choisi par les agriculteurs biologiques s’avère parfois payant quand les prix flambent. Exemple avec les éleveurs de vaches laitières. Comme leurs animaux ne se nourrissent que d’herbe, ils n’ont pas à se préoccuper du prix de l’alimentation animale. Dans certaines filières comme le porc conventionnel, l’alimentation animale représente jusqu’à 60 % du coût de production !

« On imagine que c’est le gazole qu’on paie »

Face à la flambée du prix de l’énergie et du carburant, la solution plébiscitée par nos lecteurs est claire et unanime : le circuit court ! « Pour moi, il ne coûte quasiment pas plus cher d’acheter bio chez mon indépendant et mes producteurs, qui coûtent moins cher qu’au rayon primeur de mon supermarché local », relève Valérie, qui a observé une nette augmentation des prix de produits transformés. « Les produits bio n’ont jamais été aussi bon marché lorsqu’ils proviennent des fermes des environs », assure Jean qui en profite pour tacler la grande distribution « où les prix sont délirants ». « On imagine que c’est le gazole qu’on paie. » Brigitte partage le même esprit. Habituée au 100 % biologique, elle assure qu’elle ne « changera pas » même en raison de l’inflation. « Mais je recherche des achats en gros, en vrac, en promotion ou en direct du producteur. »


Et qu’en pensent les producteurs ? Installée en maraîchage bio dans l’Allier, Marie estime qu’il faut « réfléchir à son empreinte carbone ». « Ici, nous vendons nos légumes bio moins chers que dans les grandes surfaces, mais nous proposons des produits de saison. Voilà le problème ! Consommer des tomates bio en hiver, est ce vraiment bio si on y réfléchit bien ? Quand on voit le coût de l’énergie pour cultiver des tomates en hiver. C'est peut-être bio, mais pas écolo ! Alors le bio c’est bien, mais consommer local, c’est mieux. » Ce sera le mot de la fin.