Comment Saint-Dizier veut devenir un laboratoire de la ville moyenne

MUTATION Enclavée et en souffrance depuis la désindustrialisation, Saint-Dizier, sous-préfecture la plus peuplée de Haute-Marne, espère être le modèle de demain des villes moyennes. Une vraie transformation ou de la communication ?

Thibaut Gagnepain
Le centre-ville de Saint-Dizier présente encore de nombreuses zones en friches. « J'ai 40.000 m² de foncier disponible et 15 sites patrimoniaux », revendique le maire de la commune Quentin Brière.
Le centre-ville de Saint-Dizier présente encore de nombreuses zones en friches. « J'ai 40.000 m² de foncier disponible et 15 sites patrimoniaux », revendique le maire de la commune Quentin Brière. — Ville de Saint-Dizier
  • Saint-Dizier, en Haute-Marne, accueille des ministres tout au long du mois de septembre, et notamment ce mercredi Caroline Cayeux, ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales. Pourquoi ce raout ? Car la ville de la Haute-Marne se veut le laboratoire des villes moyennes de demain.
  • En quoi cela consiste-t-il ? Comment le maire LR veut-il s’y prendre ? Quentin Brière développe tous ses projets auprès de 20 Minutes.
  • Mais au fait, qu’en dit l’opposition ? « Il ne faut pas tout jeter dans ses idées », réagit Pascale Krebs, sans ne dire que du bien de l’édile.

Trois visites de ministres en trois semaines. Ce mois de septembre relève de l’exceptionnel pour Saint-Dizier avec la venue, ce mercredi, Caroline Cayeux, ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales, et ce jeudi d’Amélie Oudéa-Castera, la ministre des Sports. La ville, perdue en plein triangle entre Reims (au nord), Nancy (à l’est) et Dijon (au sud) est rarement à l’honneur. Symbole d’un département, la Haute-Marne, habitué à perdre environ 1.000 habitants par an. Cette sous-préfecture n’y échappe pas. Ici, le passé s’affiche surtout en ruines. La désindustrialisation a eu raison de sa riche histoire sidérurgique et métallurgique, ou encore de l’énorme usine de tracteurs. En 1975, il en sortait un véhicule toutes les sept minutes.

Reste la tour Miko, emblème de cette glorieuse période où la ville comptait près de 40.000 âmes. Près du double du total actuel (24.000). « Oui mais pour la première fois depuis dix ans, nous n’avons pas eu de perte d’effectifs scolaires à la rentrée », positive Quentin Brière. Le jeune maire de 33 ans, élu en 2020 sans étiquette claire, se veut depuis à la tête d’un vaste programme de transformation de la ville.

« C’est un impératif d’investir sur des villes comme ça »

« Car Saint-Dizier est l’archétype des villes moyennes qui a souffert mais veut aujourd’hui renaître, justifie-t-il. Ici, on est loin des TGV, loin des métropoles, le vote est majoritairement Rassemblement national et c’est là où le taux de "gilets jaunes" au m2 en France était le plus important. On est donc à un vrai point de bascule. C’est un impératif d’investir sur des villes comme ça, d’autant plus que de nombreux Français souhaitent maintenant y vivre. »

Alors cet avocat de formation s’active pour « faire venir les grands acteurs nationaux qui ne nous regardaient pas avant ». Il revendique par exemple un lien direct avec le PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou. « Je lui ai lancé le défi de nous désenclaver en quelque sorte. Ils sont en train de voir pour faire passer le temps de voyage de 2h20 à 2h08 jusqu’à Paris. » Autre résultat, là, déjà visible, l’ouverture début septembre du lieu culturel Muse, avec le concours des musées nationaux-Grand Palais. Soit un endroit d’expositions, immersives ou non, rare dans le département.


Le lieu culturel Muse, qui a ouvert début septembre.
Le lieu culturel Muse, qui a ouvert début septembre. - Ville de Saint-Dizier

Surtout, Quentin Brière tente de trouver « des grands acteurs en leur disant d’investir ici ». Son argument ? De l’espace à n’en presque plus finir. Même en plein cœur de ville du fait des nombreuses ruines et démolitions. « J’ai 40.000 m² de foncier disponible et 15 sites patrimoniaux », revendique-t-il, sans pour autant vouloir une mutation à n’importe quel prix.

Elle devra répondre aux critères d’aujourd’hui et de demain : la plus écologique possible, durable, agréable à vivre… « On a recruté une personne qui travaillait au Haut Conseil pour le climat. Au total, cinq groupes très solides s’intéressent à notre ville pour la transformer », assure le natif d’Annecy, arrivé en 2017 dans la région de sa belle-famille pour devenir directeur de cabinet d’Elisabeth Robert-Dehault, alors maire. Il l’a donc depuis remplacé, tout comme l’historique édile François Cornut-Gentil (1995-2017) et souhaite s’inscrire dans la durée. En prévenant d’ailleurs : « La route sera longue, ça va prendre au moins dix ans. »

« On a surtout beaucoup de communication »

Les Bragards, le nom des habitants de la ville, auront-ils cette patience ? « Il ne faut pas tout jeter dans ses idées », réagit Pascale Krebs, élue de majorité pendant longtemps mais depuis 2020 dans l’opposition. « L’ouverture à la culture, c’est bien, mais Muse reste très élitiste. On nous parle aussi d’un centre-ville en mutation mais pour l’instant, il se vide puisque trois enseignes vont encore fermer. Quant à l’emploi, ce n’est pas si rose que Monsieur le maire le dit. Depuis quelques mois, on a surtout beaucoup de communication et les bons projets ne peuvent pas sortir que d’une seule tête… »


Le futur marché couvert, qui pourrait ouvrir en 2023.
Le futur marché couvert, qui pourrait ouvrir en 2023. - Ville de Saint-Dizier

« Il y a beaucoup de projets et oui, notre projet bouge tout le temps. Ça veut dire qu’il marche », réagit François Cornut-Gentil, désormais simple conseiller municipal. Non sans revendiquer une certaine paternité à la transformation actuelle… « J’ai posé les bases et maintenant, Quentin poursuit cette dynamique de changement dans un contexte bien plus propice. Il y a un vrai frémissement à Saint-Dizier. »

Que confirme justement le président de l’Union des commerçants bragards. « Oui, on sent un engouement. Beaucoup de choses sont mises en place pour dynamiser la ville et le marché couvert va bientôt être ouvert. Ça va être un bel outil », juge Cyril Marchand qui dit attirer toujours plus de monde dans son restaurant. Grâce, aussi, aux militaires de la Base aérienne 113, aux portes de la ville et d’où partent la majorité des avions de chasse.

Le reste de l’emploi, nerf de la guerre pour convaincre des habitants de rester voire en séduire d’autres ? Quentin Brière annonce notamment la relocalisation à venir d’un producteur de piano, le développement d’une entreprise spécialisée dans les distributeurs automatiques ou encore celle d’un concepteur de mobiliers urbains. « Les entreprises vont venir ici car il y a un passé industriel et qu’ils seront écoutés et accompagnés par les pouvoirs locaux. » En attendant, des ministres font déjà étape, même à 2h20 de Paris.