Strasbourg : « On se fait piller tous les jours »… Des commerçants dénoncent l’insécurité du centre-ville

COMMERCEs Une pétition, largement signée par de nombreux commerçants de l’hyper centre de Strasbourg, dénonce une insécurité grandissante et interpelle les pouvoirs publics

Gilles Varela
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La rue des grandes Arcades à Strasbourg le 29 septembre 2022.
La rue des grandes Arcades à Strasbourg le 29 septembre 2022. — G. Varela / 20 Minutes

« Je ne sais plus comment faire, quoi faire, je passe mon temps à faire le vigile dans et devant ma boutique et les employées ont peur, mais ce n’est pas mon travail », explique la gérante d’un commerce de la rue des Grandes Arcades, rue de l’hypercentre à Strasbourg. Vols à répétition, squat aux abords et même parfois devant les vitrines, des commerçants dénoncent via une pétition un environnement « pas vraiment favorable » aux affaires.

« Tout le monde en a ras le bol ! » s’insurge la commerçante d’un magasin de prêt-à-porter à l’initiative de cette pétition papier qui a recueilli une soixantaine de signatures de confrères et consœurs en quelques heures. Principal grief, « les vols, à n’en plus finir » assure-t-elle. Pourquoi ? « On n’a plus de police en centre-ville. Ça a changé. Pourtant, ça fait 13 ans que je suis ici, souligne la gérante excédée. Avant, il y avait des passages très réguliers de la police municipale, de la BAC. On les appelait et ils intervenaient tout de suite. Maintenant, on ne les voit plus, ils sont ailleurs et on se fait piller tous les jours. » Son « taux de vol » assure-t-elle, qui « avait déjà augmenté l’année dernière » , a quasiment doublé en un an.

« Fin août, on s’est fait voler par un groupe de cinq personnes. Ils ont fait plein de boutiques avec des grands sacs. Ils passaient très rapidement, rentraient, se servaient, et partaient. C’était très organisé. Les voleurs savent qu’en centre-ville il n’y a personne pour les en empêcher, c’est la fête !, assure une commerçante. Il y a des gens qui se droguent devant la porte du magasin, parfois ils rentrent font leurs petites affaires et repartent. Capitale européenne ? Mais on est où là ? » Des problème d’insécurité, mais aussi d’hygiène et d’occupation de l’espace public. Certains commerçants disent « ne plus savoir quoi faire, à qui s’adresser ».

« Des patrouilles pédestres à la rencontre des commerçants »

Contacté, l’adjoint à la maire de Strasbourg en charge du commerce, Joël Steffen, tempère. S’il se dit alerté et sensibilisé sur ces phénomènes de vols, « manifestement par des gens qui ont trouvé des brèches et qui sont bien organisés », l’élu rappelle que même s’il existe une bonne coordination entre les polices municipale et nationale, c’est à cette dernière que « revient le travail d’enquête, de démantèlement de réseau ». L’élu reconnaît que « cela peut-être épuisant pour les commerçants et habitants de la rue des Grandes Arcades, l’une des plus commerçantes du Grand-Est en termes de flux ».

Nadia Zourgui, adjointe à la maire en charge de la tranquillité publique, la police municipale, la prévention de la délinquance et de la médiation, explique que depuis 2020, elle a demandé qu’il y ait « à nouveau plus de patrouilles pédestres, qu’elles aillent plus encore vers les commerçants. C’est sûr, c’est moins visible que les voitures de la police municipale. Mais nous sommes là. Nous avions ciblé la Grand-Rue parce qu’il y avait beaucoup de problèmes, mais je vois que cela s’est déplacé. » L’élue souligne la difficulté de recruter des agents de police. « Mais c’est vrai, comme dans toutes les grandes villes, on a une vraie augmentation des vols dans les magasins ».

La pétition envoyée à la maire

Alertée, la police nationale travaillerait à mettre en place un accompagnement des commerçants, même si cela ne nous a pas été confirmé par la préfecture. Néanmoins, de multiples opérations policières ont été menées ces derniers jours, mais dans le quartier gare.

Quant aux squats ou personnes qui dorment devant les vitrines, Joël Steffen concède que cela reste complexe et long à gérer. « Il existe des situations de différentes natures qui nécessitent des accompagnements différents. Certains relevant du domaine social, parfois de la psychiatrie » pour des cas extrêmes. Et « qui sont parfois d’origine étrangère ce qui complique encore plus les démarches de tentative de prise en charge ».

Délicat et long ? Nadia Zourgui confirme : « J’ai demandé à la police et à l’équipe des animateurs sociaux d’intervenir pour qu’ils quittent les lieux avant que les commerces n’ouvrent. » Elle poursuit : « Nous avons nettoyé de nombreux endroits occupés. Avec le service Prévention humaine et la police, nous avons relevé tous les points noirs. J’ai demandé que tous les matins, entre 6 heures et 8 heures, on aille voir les SDF, qu’on leur propose un café, un thé, d’essayer de les envoyer vers une structure de jour pour qu’ils puissent rester au chaud, et on nettoie tout de suite. Mais ce n’est pas simple ».

En attendant des jours meilleurs, les commerçants viennent d’adresser une lettre et les signatures de la pétition à la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian et à la police, en espérant voir les choses changer « rapidement et durablement ».