Abandons : « Un animal n’est pas une marchandise », s’insurge le président de la SPA

INTERVIEW La SPA a connu un été « paradoxal », selon Jacques-Charles Fombonne, avec une légère baisse des abandons, mais aussi des adoptions

Propos recueillis par Ludivine Trichot
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De nombreuses associations dont la SPA s'inquiètent des abandons d'animaux.
De nombreuses associations dont la SPA s'inquiètent des abandons d'animaux. — Pixabay
  • Les équipes de la SPA ont accueilli entre le 1er mai et le 31 août 2022, dans leurs 63 refuges, 16.457 animaux. 
  • Un été paradoxal selon Jacques-Charles Fombonne, le président de la SPA, car s'il y a eu légèrement moins d'abandons que l'an dernier, il y a aussi eu moins d'adoptions.
  • Si cette rentrée est synonyme de légères accalmie, la situation n'en reste pas moins alarmante. 

Le triste record des abandons de la période estivale 2021 n’est pas atteint… mais presque. Les équipes de la SPA ont accueilli entre le 1er mai et le 31 août 2022, dans leurs 63 refuges, 16.457 animaux (chiens, chats et NACs), soit une baisse de 2,7 % par rapport à l’an passé. Mais cette année, la difficulté s’est trouvée dans la surcharge des refuges. Ils ont été saturés dès le début de la saison, avec une baisse de 9 % des adoptions au premier trimestre, ce qui a compliqué leur tâche tout l’été.



Faute de places, ils ont dû refuser des abandons dès la mi-août, développant une longue file d’attente. Jacques-Charles Fombonne, le président de la SPA, répond à nos questions.

Quel bilan tirez-vous de cet été ?

Il est paradoxal parce qu’on n’a pas eu plus d’abandons que l’an dernier, mais il faut relativiser ce résultat avec deux paramètres. Le premier, c’est que 2021 avait été une très mauvaise année. Et on est à seulement quelques animaux près sur les abandons. Le deuxième, c’est qu’on a eu beaucoup moins d’adoptions au printemps. Au lieu de commencer l’été avec 3.500 ou 4.000 animaux en refuges, on a commencé à 6.000, déjà à bloc. Et d’autres associations ont eu le même problème. A partir du 10 août, nous avons dû refuser des abandons. Si on avait eu la capacité de tous les accueillir, l’été aurait sans doute été plus mauvais encore que 2021.

Comment vous organisez-vous dans ces cas-là ?

Les personnes qui viennent pour abandonner leur animal, on leur demande d’attendre un peu, de réfléchir, et de revenir d’ici à quelques semaines si elles n’ont pas changé d’avis. Sinon, on fait appel à des familles d’accueil. On demande à des gens de prendre des animaux pour huit ou quinze jours. Surtout pour les chats. En règle générale, les gens les adoptent. On fait comme on peut, on pousse les murs.

Là, ça va un peu mieux, nous avons eu un peu plus d’adoptions ces derniers jours comparé au mois d’août. Cela s’explique peut-être tout simplement parce qu’on a plus d’animaux en refuges, et donc les gens ont plus de choix, ils trouvent leur bonheur.

Qu’est-ce qui explique ces chiffres en demi-teinte ?

Je pense que l’effet Covid-19 a été prolongé de façon négative. Pendant deux ans, on n’a pas pu sortir de chez nous, partir en vacances. Et aujourd’hui, on se dit « Cool, partons à Ibiza ! » Sauf que « zut, on fait quoi du chien ? ».

L’animal passe après les vacances. On l’a adopté, on n’a pas réfléchi, et maintenant, on l’abandonne. Idem pour le chat ou le lapin. On a eu cette année un nombre exponentiel d’abandons de lapins. Certains sont juste relâchés dans la nature. Sauf que ce sont des animaux domestiques, sans défense, qui vont se faire manger par d’autres bêtes ou vont mourir de faim.

Sur les 16.000 animaux recueillis, 11.000 sont des chats. Comment gérez-vous cette affluence ?

Déjà, on peut en mettre davantage dans un petit espace que des chiens, ça aide un peu. La difficulté avec les chats, c’est que s’ils restent longtemps, ils développent des maladies de concentration. Donc il devient plus difficile ensuite de les faire adopter.

Mais le fond du problème, c’est la stérilisation. Un chat, ça se promène, ça rencontre d’autres congénères, des chats de gouttières, puis ils font des petits, parfois dans le jardin de particuliers. Ces personnes nous ramènent ensuite les bébés, dans un bon ou mauvais état. Et on fait le nécessaire pour qu’ils soient adoptables. On ne donne que des animaux vaccinés, stérilisés et en bonne santé.

Vous évoquez dans votre bilan le problème des « chiens à la mode », qui ont des besoins particuliers et sont donc plus difficiles à faire adopter…

Ce sont pour la plupart des malinois et des staffs. Ce ne sont pas des chiens difficiles au sens du comportement ou de l’agressivité. Mais un malinois, par exemple, a des besoins physiques importants. Il faut qu’il se dépense beaucoup, qu’il court, qu’il soit stimulé. Quelqu’un qui vit en appartement et travaille de 8h à 18h, ce n’est pas possible.

On réserve donc leur adoption à des gens qui ont un profil particulier. Le problème, c’est qu’on en recueille plus qu’on a de familles pour les adopter. C’est comme pour les chiens de catégorie. La législation n’avancera pas et on en a de plus en plus.

Vous parlez aussi du renforcement de vos moyens contre la maltraitance animale, avec plus de 7.000 enquêtes menées cet été. C’est dans la continuité de votre demande auprès du gouvernement d’un Défenseur des droits des animaux ?

Oui. Il y a déjà eu une grande avancée avec la loi de novembre (la loi n° 2021-1539 visant à lutter contre la maltraitance animale et à conforter le lien entre les animaux et les hommes). Même si on est déçu qu’il n’y ait toujours pas l’interdiction définitive de la vente d’un animal sur Internet, car un animal n’est pas une marchandise !

Deux autres choses nous embêtent dans ce décret. La première : on nous demande un certificat vétérinaire de moins de trois mois à l’occasion de l’adoption d’un animal. Ça coûte une dizaine d’euros, multiplié par le nombre de nos animaux, vous imaginez… Or certains restent plus de trois mois.

L’autre difficulté, c’est le certificat d’engagement au moment de l’adoption. Nous étions les premiers à le demander. Lorsqu’une personne veut adopter un animal, elle doit signer ce contrat, mais il y a un délai de rétractation, c’est un casse-tête dont on n’a pas encore la solution. Nous avons poussé à la création de cette loi mais on se retrouve démunis.