Montpellier : Cernés par les bouchons, des riverains dénoncent « une situation dramatique »

EMBOUTEILLAGES Depuis la fermeture du tunnel de la Comédie et les travaux de la ligne 5 du tramway, quatre boulevards sont cernés par les embouteillages

Nicolas Bonzom
Des embouteillages, sur l'un des boulevards où les habitants dénoncent un report de la circulation.
Des embouteillages, sur l'un des boulevards où les habitants dénoncent un report de la circulation. — Collectif des quatre boulevards
  • Depuis la fermeture du tunnel de la Comédie et le lancement des travaux de la ligne 5 du tramway, des boulevards de Montpellier sont cernés par les embouteillages. Un collectif de riverains se bat contre ce report de la circulation.
  • « Il y a un "effet canyon", assure un habitant. Nous sommes sur un boulevard qui fait 15 mètres de large, entre les deux façades. La pollution s’accumule. »
  • Si la mairie a accepté d’opérer quelques adaptations, fermer la circulation sur ces boulevards, « c’est quelque chose que nous ne sommes pas en capacité de faire tout de suite », note Julie Frêche (PS), élue aux transports. Au risque que les voitures n’envahissent les quartiers adjacents, et le rond-point de Près d’Arènes.

S’aventurer, en voiture, aux heures de pointe, sur la place du 8 mai 1945 ou sur le boulevard Berthelot, à Montpellier (Hérault), c’est se jeter dans la gueule du loup. Le quartier est cerné par les voitures, presque à l’arrêt, tant les embouteillages sont monstrueux. Du matin, au soir. Même le week-end. Des riverains excédés ont même créé, pour dénoncer une situation qu’ils jugent ubuesque, le collectif des Quatre boulevards.

Car il n’y a pas qu’à Berthelot que ça coince. Du côté des boulevards d’Orient, Vieussens et Rabelais, c’est aussi une belle pagaille, depuis la mise en place du nouveau plan de circulation de la métropole. « Les quatre boulevards sont devenus le seul de contournement du sud de l’Ecusson, déplore un membre du collectif. Tout le trafic de transit passe chez nous. » Le quartier est « victime d’un cumul de décisions », déplore Marc Le Tourneur, ex-directeur de la Tam, qui fait partie des riverains en colère. C’est en effet la fermeture du tunnel de la Comédie et de plusieurs autres axes, et le lancement des travaux de la ligne 5 à Clémenceau, qui a précipité la fin de la quiétude.

« C’est dégueulasse »

« Il y a un "effet canyon", poursuit-il. Nous sommes sur un boulevard qui fait 15 mètres de large, entre les deux façades. Le bruit se réverbère. Et la pollution s’accumule. » Et ça, c’est grave, s’emporte un médecin, lui aussi habitant du quartier. « Il y a un risque immédiat et au long cours, pour la santé. Ce n’est pas n’importe quoi ! La pollution est concentrée sur un espace qui est extrêmement faible. C’est dégueulasse. » Pour ces habitants, ce choix est « en totale contradiction avec la politique du maire [Michaël Delafosse], qui prône l’apaisement, la réduction des voitures en centre-ville, la sécurisation des pistes cyclables, la ville à hauteur d’enfants… »

Et il y a les automobilistes, condamnés à ronger leur frein. « On sent monter une très forte colère des automobilistes, dénonce un habitant. Ils ne savent plus par où passer pour aller au travail et perdent beaucoup de temps. La tension est palpable, c’est un climat anxiogène, et tout sauf apaisé. » Quant aux riverains, ils doivent « faire de grands détours pour rentrer chez eux, et sont, eux aussi, coincés dans les embouteillages ».


Comme lorsque la Comédie, en 1986, ou le Jeu-de-Paume, en 2012, ont été interdites aux voitures, les automobilistes s’habitueront-ils, à force ? Ou adapteront-ils un autre moyen de déplacement, plus doux ? « La métropole estime vraisemblablement que la situation dramatique que nous vivons dissuadera les automobilistes d’emprunter leur voiture, confie un riverain. Mais si certains peuvent passer au vélo, la plupart des gens n’ont pas le choix. Et il suffira d’un jour de pluie pour qu’il y ait un blocage complet du trafic. »

Les riverains disent être cernés par les embouteillages, du matin au soir.
Les riverains disent être cernés par les embouteillages, du matin au soir. - Collectif des quatre boulevards

Le collectif a eu un rendez-vous, mercredi, avec le maire, et Julie Frêche (PS), élue aux transports. Les habitants en sont sortis déçus, tant, assurent-ils, « ils n’avancent aucune solution ». De son côté, Julie Frêche comprend « toute l’émotion que peut susciter une augmentation du trafic » dans ce quartier, et notamment sur le boulevard Rabelais, confie-t-elle à 20 Minutes. « Pour nous, le dialogue est ouvert, note l’élue. Ils nous ont demandé d’opérer des adaptations. Sur le marquage des 30 km/h, sur les carrefours sécurisés, sur le passage des camions. Tout cela, nous allons y répondre favorablement. »

Le risque de voir les rues adjacentes envahies

Mais, pour l’instant, il serait difficile d’opérer un quelconque report de la circulation, notamment une « coupure au niveau du boulevard Vieussens », proposée par le collectif, note Julie Frêche. Fermer, « c’est quelque chose que nous ne sommes pas en capacité de faire tout de suite. » Au risque que les voitures n’envahissent les rues adjacentes. Et même sur les quartiers Saint-Roch, Clémenceau, et Carnot-Méditerranée. Jusqu’à Saint-Cléophas et Lemasson. « Dans des quartiers apaisés, et des rues encore moins dimensionnées que les boulevards, pointe l’élue. Si on va jusqu’au bout de la logique, si on ferme le boulevard Vieussens, et si on opère des coupures de circulation dans ces quartiers, la circulation va se reporter sur le rond-point de Près-d’Arènes. »

Et ça, c’est impossible, tant ce carrefour est, déjà, depuis des années, un enfer. Il faudrait donc attendre qu’une solution soit mise en place, pour ce rond-point. Une étude a été lancée en ce sens. En attendant, les riverains, eux, poursuivent le combat. Samedi, à 11 heures, une manifestation s’élancera devant le 18 du boulevard d’Orient. « La santé et la sécurité ne peuvent pas attendre, pointe une habitante. Nous ne lâcherons pas. »