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EDUCATIONPourquoi les évaluations nationales sont-elles toujours décriées ?

Rentrée des classes 2022 : Pourquoi les évaluations nationales sont-elles toujours contestées ?

EDUCATIONLes évaluations des élèves en français et mathématiques démarrent cette semaine, mais pas toujours dans la bonne humeur
Les évaluations nationales ont été lancées en 2018 et ne font toujours pas l'unanimité.
Les évaluations nationales ont été lancées en 2018 et ne font toujours pas l'unanimité.  - Canva / Canva
Delphine Bancaud

Delphine Bancaud

L'essentiel

  • Les élèves des classes de CP, CE1, 6e et seconde doivent passer les évaluations nationales à partir de cette semaine jusqu’au début du mois d’octobre.
  • Une expérimentation du dispositif est aussi lancée pour certains élèves de CM1 et de 4e.
  • Mais beaucoup d’enseignants voient d’un mauvais œil ces évaluations imposées, alors qu’eux-mêmes font un travail de diagnostic au quotidien dans leurs classes.

A chaque rentrée, c’est un passage obligé pour de nombreux enseignants : soumettre leurs élèves aux évaluations nationales. Un dispositif lancé en 2018 pour jauger le niveau en français et mathématiques et qui concerne désormais les classes de CP, CE1, 6e et seconde. Cette année, une expérimentation est aussi lancée pour évaluer 15.000 élèves de CM1 et 25.000 de 4e, avant que cela ne soit généralisé en 2023-2024.

Mais force est de constater que les enseignants ne sont toujours pas convaincus par ce dispositif. D’abord sur le fond, car ils ne le trouvent pas utile. « On ne sait toujours pas à quoi servent ces évaluations. Sont-elles un objet de communication politique ou un outil de travail pour les enseignants ? », interroge ainsi Alexis Torchet, secrétaire national du Sgen-CFDT. Selon le ministre de l'Education nationale, Pap Ndiaye, elles permettent « de répondre immédiatement aux difficultés rencontrées et de mettre en place une pédagogie adaptée », a-t-il rappelé lors de sa conférence de presse de rentrée. Sans pour autant convaincre tout le monde…

« Elles arrivent beaucoup trop tôt dans l’année »

L’intérêt pédagogique du dispositif pose aussi question à Eric Nicollet, secrétaire général du SUI-FSU (Syndicat unitaire de l’inspection pédagogique) : « Ça n’apporte rien car les enseignants évaluent au quotidien leurs élèves sans que ceux-ci s’en rendent comptent. Ils savent très bien les positionner dans la classe ». Certains profs trouvent même qu’elles mettent « en doute leur qualification et leur liberté pédagogique », souligne le Snes dans son Abécédaire de la rentrée 2022.

Sur la forme aussi, ces évaluations irritent. « Elles arrivent beaucoup trop tôt et viennent percuter les premiers apprentissages de septembre. Or, il faut un temps d’adaptation pour nos élèves. Par exemple, certains élèves de CP ne sont pas mentalement dedans, alors qu’ils pourraient très bien réussir ces évaluations en cours d’année », souligne Guislaine David, secrétaire générale et porte-parole du SNUipp-FSU. Si le contenu des tests a été maintes fois revu, leur pertinence est parfois encore remise en cause : « Certains exercices n’ont pas de sens et reflètent une vision mécaniste des apprentissages. En français par exemple, ils évaluent trop les compétences de déchiffrage mais pas la compréhension de texte. Et en maths, il n’y a pas beaucoup de résolutions de problèmes », souligne Guislaine David.

« Cela génère parfois du stress »

Ces tests sont aussi considérés comme particulièrement chronophages : « Dans le premier degré, c’est un travail énorme pour les faire passer et saisir les résultats informatiquement », souligne Alexis Torchet. « Cela réduit le temps consacré aux apprentissages, sans répondre aux besoins des élèves », insiste de son côté le Snes-FSU. Certains enfants semblent d’ailleurs mal vivre ces évaluations, selon Eric Nicollet : « Cela génère parfois du stress. Or, rater ces évaluations n’a rien de grave. Les enfants n’évoluent pas à la même vitesse et certaines compétences non maîtrisées peuvent être rattrapées au cours de l’année ».

Si théoriquement, les résultats doivent être communiqués aux familles, ce n’est bien souvent pas le cas. « Les enseignants veulent préserver les parents et ne pas faire de ces évaluations un événement central », poursuit Guislaine David. Une discrétion qu’approuve Eric Nicollet : « Ce n’est pas pertinent de les communiquer aux familles, car l’interprétation des résultats est de la compétence des enseignants, pas de celle des parents. »

Une mise en concurrence des établissements ?

Last but not least, c’est aussi l’utilisation politique de ces tests qui dérange : « Ils servent au ministère à communiquer sur les effets supposés des réformes qu’il entreprend et sur les éventuels progrès des élèves », affirme Eric Nicollet. De son côté, si Guislaine David reconnaît l’utilité de certaines évaluations afin de faire des enquêtes spécifiques, comme le fait la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp), elle conteste le caractère systématique de ces tests nationaux : « Les évaluations sous forme de panel [sur un échantillon d’élèves] sont suffisantes pour aider à la réflexion sur les politiques éducatives. Il n’est pas nécessaire de faire des évaluations nationales standardisées qui donnent l’impression que les élèves sont tout le temps évalués. »

Selon certains syndicats, leur développement depuis 2018 témoigne bien de la volonté du gouvernement de faire entrer les établissements dans une culture de l’évaluation. Ce qui inquiète les enseignants. « Ils craignent légitimement que les résultats soient scrutés et que l’on aille vers une mise en concurrence des établissements », déclare Eric Nicollet. Guislaine David observe d’ailleurs déjà certaines dérives. « Des premiers manuels visant à entraîner les élèves aux évaluations sont sortis. On entre dans un système de bachotage. Il ya fort à parier que l’on verra bientôt fleurir les cahiers de vacances préparant à ces tests ».

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