La réforme de la PJ est « quatre fois mauvaise », tacle le procureur général de la cour d’appel de Versailles

ANAPHORE Il craint « la disparition de la police judiciaire autonome » et la perte de compétences

20 Minutes avec AFP
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La réforme de la police judicaire créé de nombreuses oppositions.
La réforme de la police judicaire créé de nombreuses oppositions. — JC Tardivon/SIPA

« La réforme en cours de la police nationale avec l’abaissement programmé de la police judiciaire (…) se résume en un mot décliné quatre fois, mauvaise ». Un tacle les deux pieds décollés contre Gérald Darmanin, artisan de la réforme, sorti par le procureur général de la cour d’appel de Versailles Marc Cimamonti, lors d’un discours anaphorique la semaine dernière devant les magistrats de son ressort.

Cette réforme, qui doit être généralisée en 2023, et vise à « renforcer la maîtrise de l’autorité préfectorale » sur cette entité et « signe la disparition de la police judiciaire déconcentrée et autonome à la disposition des autorités judiciaires », a expliqué Marc Cimamonti qui, pour ses raisons, la juge « mauvaise ». Il estime également qu’elle est « mauvaise dans sa gestation avec une généralisation décidée sans expérimentation véritable » et « mauvaise dans ses modalités » avec « des moyens d’enquêteurs constants ».

« Profond malaise des acteurs judiciaires »

Enfin, elle est « mauvaise (…) en ce qu’elle conduira à délaisser et à une moindre expertise dans le traitement des formes organisées, professionnelles et complexes de délinquance qui se situent souvent à un niveau ultra départemental », conclut le procureur général. Cette réforme intervient dans un contexte de « profond malaise des acteurs judiciaires » qui ont publié l’année dernière une tribune criant leur mal-être, a par ailleurs rappelé le premier président de la cour d’appel de Versailles Jean-François Beynel.

Porté par le ministre de l’Intérieur et le Directeur général de la police nationale Frédéric Veaux, le projet prévoit de placer tous les services de police d’un département (renseignement, sécurité publique, police aux frontières (PAF) et police judiciaire) sous l’autorité d’un seul Directeur départemental de la police nationale (DDPN), dépendant du préfet. Il rencontre l’opposition de nombreux enquêteurs qui craignent la dilution de leur savoir-faire, voire l’abandon de certains territoires.