Education : Pourquoi les lycées agricoles attirent-ils de plus en plus de jeunes ?

ENSEIGNEMENT Malgré la baisse démographique dans le secondaire ces dernières années, les lycées agricoles voient leurs effectifs augmenter

Delphine Bancaud
Au lycée agricole de Crézancy dans le département de l'Aisne.
Au lycée agricole de Crézancy dans le département de l'Aisne. — GUTNER/SIPA
  • Les formations délivrées par les lycées professionnels touchent des domaines très divers, qui vont de l’aménagement paysager à la production agricole, en passant par les services à la personne ou la filière équestre.
  • Ces dernières années, les lycées agricoles connaissent un regain d’attractivité. Notamment parce qu'ils répondent à l’aspiration de nombreux jeunes d’exercer un métier proche de leurs préoccupations écologiques.
  • La pédagogie, l’internat, la taille humaine des lycées professionnels sont aussi des facteurs d’attractivité.

C’est un succès dont on parle peu. Mais force est de constater que les lycées agricoles sont de plus en plus prisés. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Agriculture, à la rentrée, les 217 lycées agricoles publics et 207 privés ont accueilli 156.000 élèves en formation initiale, de la 4e au BTSA (contre 135.000 environ en 2021). « La hausse des effectifs est constante depuis 2010 alors qu’on assiste à une baisse démographique dans l’enseignement secondaire au niveau national », explique à 20 Minutes l’entourage du ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau.

Un tiers des élèves suivent des formations générales et technologiques allant de la 4e aux classes préparatoires. Les deux tiers restants suivent des formations professionnelles (CAP agricole, Bac professionnel, BTSA). A l’heure actuelle, plusieurs formations sont particulièrement plébiscitées : le bac professionnel Service aux personnes et aux territoires, le bac professionnel Production horticole, le BTSA Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise, le CAPa Travaux forestiers, le BTSA Gestion et protection de la nature…

Des formations qui sont mieux connues du grand public

Autant de formations qui attirent un public assez hétéroclite. « Alors qu’en 1990, près de quatre élèves sur dix étaient enfants d’agriculteurs ou de salariés agricoles, ils ne représentent désormais qu’un élève sur dix. Les enfants d’employés et d’ouvriers sont les plus nombreux à fréquenter les établissements de l’enseignement agricole, ils représentent 43 % des effectifs », indique le ministère de l’Agriculture. Et la féminisation des effectifs s’améliore, puisque 45 % des élèves sont désormais des filles. Même si certaines filières sont encore trop genrées : « Les formations dans le domaine de la production animale sont très masculines, et celles dédiées aux services à la personne très féminines », souligne Clémentine Mattei, cosecrétaire générale du Snetap-FSU, syndicat national de l’Enseignement technique agricole public.

Si les formations agricoles rencontrent un plus grand succès ces dernières années, c’est d’abord parce qu’elles sont mieux connues par les jeunes. Et ce notamment grâce à une grande campagne de communication digitale à destination des collégiens, des lycéens et du grand public lancée en 2019. « Baptisée "L’aventure du vivant", elle a permis de valoriser l’enseignement agricole et d’attirer des jeunes dans nos formations », confirme Clémentine Mattei. « Très souvent, le grand public pense que les lycées agricoles ne forment que des agriculteurs. Et là, ils ont pu découvrir toute la palette des métiers auxquels ils forment », complète Didier Fleury, Secrétaire général du SEA-UNSA (syndicat de l’enseignement agricole).

L’internat, facteur d’attractivité

Mais si cet enseignement séduit, c’est surtout parce qu’il répond aux aspirations de nombreux jeunes. « Leur forte sensibilité à l’écologie fait qu’ils veulent trouver un métier qui leur permette de se sentir utile et d’être en accord avec leurs convictions », estime Clémentine Mattei. Cela leur offre un large panel de débouchés. Ils peuvent s’orienter vers un métier de la filière agricole ou agroalimentaire, de la filière forêt-bois, à une profession liée à la préservation et la mise en valeur des milieux naturels, à l’entretien et la création d’aménagements paysagers, aux services aux personnes âgées ou à la petite enfance en milieu rural…

Les jeunes qui visitent les lycées lors de leurs journées portes ouvertes sont également séduits par l’internat. Car les lycées agricoles étant généralement situés en zone rurale ou périurbaine, 57 % des élèves de la 4e au bac sont internes. « Ça permet aux jeunes qui ont des difficultés familiales de bénéficier de bonnes conditions d’apprentissage », souligne Didier Fleury.

Une pédagogie qui favorise la mise en pratique

La pédagogie mise en œuvre est aussi un atout : « Les élèves font beaucoup de terrain car les lycées ont dans leurs murs des exploitations agricoles, des ateliers technologiques ou des centres équestres qui permettent aux élèves de mettre en pratique leurs compétences. Et ils travaillent beaucoup sous forme de projets », décrit l’entourage du ministre de l’Agriculture. « Les équipes pratiquent la pluridisciplinarité. Il n’est pas rare de voir, par exemple, un prof de Biologie-écologue, son collègue d’Histoire-géo et un autre d’Economie-gestion intervenir dans un même cours sur l’exploitation agricole » Clémentine Mattei, « Les travaux pratiques rendent plus concrets les apprentissages », ajoute Clémentine Mattei

« Beaucoup de jeunes veulent aussi venir car nos établissements sont à taille humaine, avec des classes de 20 à 25 élèves. Ce qui permet de motiver certains élèves en grande difficulté scolaire », souligne aussi Didier Fleury. La motivation des élèves, justement, explique en partie leurs bons résultats aux examens. Ainsi, à la session de juin dernier, le taux de réussite au CAPa était de 99 %, de 97 % au bac professionnel et général, de 86 % au bac pro et de 78 % au BTSA.

Une bonne insertion professionnelle

Et les diplômés s’insèrent plutôt rapidement dans le monde professionnel. « Parmi ceux qui sont entrés dans la vie active trois ans après l’obtention de leur diplôme, 76 % des titulaires d’un CAP agricole, 86 % des bacheliers et 92 % des diplômés du BTSA sont en emploi », informe l’entourage de Marc Fesneau. Et on aura encore plus besoin d’eux dans les prochaines années : « Un agriculteur sur deux partira en retraite dans cinq ans. Or, aujourd’hui, 12.000 installations ont lieu par an, alors qu’il en faudrait 20.000 », souligne Clémentine Mattei. « Ces jeunes ont un rôle à jouer dans la transition qu’il faut mener, notamment agroécologique », ajoute le ministère.

Des difficultés de recrutement

L’enseignement agricole n’est pas à l’abri de la crise de recrutement que vit l’Education nationale. « Il y a une pénurie de professeurs de physique, de maths, de langues, de machinisme », souligne Didier Fleury. Les lycées agricoles ont donc beaucoup recours à des contractuels.