Rentrée des classes 2022 : Leurs enfants handicapés n’ont pas de place… « C’est inadmissible d’être mis sur le carreau »

EDUCATION Des parents d’enfants en situation de handicap racontent leur début du mois de septembre très compliqué…

Delphine Bancaud
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Faute de solution scolaire, certains parents sont contraints de rester à la maison avec leur enfant en situation de handicap.
Faute de solution scolaire, certains parents sont contraints de rester à la maison avec leur enfant en situation de handicap. — Canva
  • Si l’inclusion scolaire a fait des progrès ces dernières années, des enfants en situation de handicap se trouvent toujours sans solution scolaire.
  • Des situations très douloureuses dont témoignent certains parents lecteurs de 20 Minutes.
  • Faute d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) ou de place en Institut médico-éducatif (IME), des enfants n’ont pas pu faire leur rentrée et sont contraints de rester chez eux, en attendant une solution.

Le 1er septembre, ils ont été privés de rentrée. Si en France, 430.000 enfants en situation de handicap sont scolarisés en milieu ordinaire en ce mois de septembre, et 67.000 en milieu spécialisé, d’autres se trouvent sans solution. Une situation dénoncée récemment par la Défenseure des droits, qui a souligné que 20 % des saisines relatives aux droits de l’enfant reçues en 2021 concernaient « des difficultés d’accès à l’éducation d’enfants en situation de handicap ». L’Unapei, qui fédère des associations spécialisées dans le handicap intellectuel, cognitif et le polyhandicap, a de son côté dévoilé en août que sur 8.000 enfants qu’elle accompagne, 18 % n’avaient aucune heure de scolarisation par semaine l’an dernier.

Des impasses douloureuses que vivent plusieurs de nos lecteurs avec leurs enfants. Certains parce qu’ils n’ont pas d’accompagnant d’élève en situation de handicap (AESH) le jour de la rentrée, comme le raconte Sophie, qui a répondu à notre appel à témoins : « Mon fils a 7 ans et le syndrome de White Sutton, une maladie génétique rare associée à des troubles du spectre autistique. La rentrée n’a pas pu se faire car son dossier n’a toujours pas été traité par la Maison départementale pour les personnes handicapées (MDPH) et il ne bénéficie donc pas encore d’une notification lui permettant d’être accompagné par une AESH. Or, le CP ordinaire n’est pas adapté sans AESH. La notification ne tombera pas avant début octobre. En attendant, je ne peux pas le mettre à l’école et je ne peux plus aller au travail. Elle est là, la réalité de l’école inclusive ».

« On ne sait pas quand il pourra rentrer officiellement à l’école »

Le fils d’Elodie, lui, a bien droit à des heures d’AESH, mais pas suffisamment pour lui permettre de retourner à l’école. « Mon fils autiste devait faire sa rentrée en maternelle cette année, mais faute d’AESH, il n’a pas pu, car il a besoin d’assistance dans l’ensemble des actes de la vie quotidienne. On ne sait pas quand il pourra rentrer officiellement à l’école. Bravo l’inclusion ! », lance-t-elle.

Le fils d’André, qui a 4 ans et une suspicion de trouble du spectre de l’autisme (TSA), n’a pas pu faire sa rentrée en moyenne section non plus, faute d’accompagnement. « Il a le droit à une AESH pour 12 heures, mais la veille de la rentrée, j’ai reçu un appel de la maîtresse m’indiquant que son retour à l’école serait décalé la semaine suivante, puisque personne ne pourrait l’accompagner en classe. Et si l’on ne trouve pas d’AESH pour lui, mon fils continuera à faire seulement 40 minutes d’école le matin, comme l’année dernière. Il a du potentiel, mais il n’est pas assez inclus pour se développer », déplore son père.

« C’est la deuxième rentrée que notre fille de 17 ans ne fait pas »

Pour d’autres enfants, c’est l’accès à un Institut médico-éducatif (IME) qui est impossible. C’est le cas pour Inès, 5 ans : « Ma fille est atteinte d’une maladie génétique rare et elle est handicapée à plus de 80 %. Mais il n’y a pas d’école possible pour elle, car pas de place en IME… », se désole Mouaden, sa mère. Une détresse exprimée aussi par Carole : « C’est la deuxième rentrée que notre fille de 17 ans ne fait pas. Nous avons fait des demandes à droite et à gauche. Pas de place en IME, une mise sur liste d’attente à rallonge, avec trois, quatre, huit et même dix ans d’attente dans certaines régions ! Pour faire face, j’ai dû arrêter mon activité professionnelle. Par les temps qui courent, ce n’est pas facile de vivre avec un salaire. C’est usant aussi pour notre fille, qui s’ennuie à force. C’est inadmissible d’être mis sur le carreau ainsi », s’indigne-t-elle.

Paul, chef de service éducatif dans une association de la protection de l’enfance, a aussi été le témoin d’une situation dramatique : « Pour la troisième année consécutive, un jeune déficient intellectuel et épileptique ne pourra pas aller à l’école, faute de place en IME », déplore-t-il.

« Depuis 2 mois, je ne crois plus rien »

Parfois, l’impossibilité de revenir à l’école est due à une solution de scolarisation qui ne convient pas du tout à l’enfant. C’est ce que raconte Guillaume, père d’un garçon qui a des troubles DYS et une suspicion de trouble autistique : « On lui a attribué une place dans un collège bien trop loin de chez nous, ce qui n’est pas adapté à sa situation. J’ai fait un recours, mais il n’a toujours pas eu de proposition d’inscription ailleurs. J’ai écrit à la rectrice, au président du conseil départemental… On me parle d’attribution de place d’ici à quelques jours… Génial si cela est vrai, mais depuis 2 mois, je ne crois plus rien », déclare-t-il.

Ces freins à un retour en classe ont de lourdes conséquences pour les familles, comme le constate Basile Gonzales, pédopsychiatre à Rouen : « L’impossibilité à trouver une place adaptée est une souffrance quotidienne pour nos patients. On sait pertinemment qu’ils perdent des chances d’aller mieux à force d’attendre. »