Rentrée des classes 2022 : Pourquoi certains élèves en situation de handicap se trouvent toujours au ban de l’école

EDUCATION En ce mois de septembre, encore beaucoup d’enfants en situation de handicap ne sont pas scolarisés, faute de moyens humains pour les accompagner

Delphine Bancaud
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Encore de trop nombreux élèves en situation de handicap ne sont pas ou peu scolarisés.
Encore de trop nombreux élèves en situation de handicap ne sont pas ou peu scolarisés. — Canva
  • Si l’inclusion scolaire a beaucoup progressé ces dernières années, encore trop d’enfants ne peuvent être accueillis dans les établissements, notamment car des accompagnants d’élève en situation de handicap (AESH) manquent à l’appel.
  • Par ailleurs, de nombreux établissements médico-éducatifs sont saturés et affichent des listes d’attente importantes.
  • Certains enfants connaissent donc des ruptures de scolarité ou suivent l’école à domicile, faute de mieux.

Le 1er septembre, certains enfants en situation de handicap n’ont pas eu la chance de retrouver l’école. Pourtant, l’inclusion scolaire a fait des progrès ces dernières années en France. Selon les chiffres du ministère de l’Education, à la rentrée 2022, 430.000 enfants handicapés seront scolarisés en milieu ordinaire (+ 25 % en cinq ans) et 67.000 en milieu spécialisé.

Malgré ces avancées, encore de trop nombreux enfants se retrouvent donc sans solution de scolarisation, comme le soulignait récemment Claire Hédon, la Défenseure des droits. Son rapport révèle qu’en 2021, 20 % des saisines qui lui étaient adressées dans le domaine de droits de l’enfant concernaient des difficultés d’accès à l’éducation d’enfants en situation de handicap. D’où son insistance à dénoncer « le nombre grandissant d’enfants dont les besoins sont très largement non ou mal couverts ».

Un manque criant d’AESH

De son côté, l’Unapei (qui fédère des associations spécialisées dans le handicap intellectuel, cognitif et le polyhandicap) a dévoilé en août que sur 8.000 enfants qu’elle accompagne, 18 % n’avaient aucune heure de scolarisation par semaine l’an dernier, 33 % entre 0 et 6 heures, 22 % entre 6 et 12 heures, et seulement 27 % au moins 12 heures. Selon Jean-Louis Garcia, président de l’Association pour adultes et jeunes handicapés (Apajh), « les enfants polyhandicapés ou autistes sont ceux qui rencontrent les plus grandes difficultés de scolarisation. Et la situation est plus complexe dans l’enseignement secondaire que dans le primaire ». Ces ruptures de scolarité peuvent être plus ou moins longues, constate Sonia Ahehehinnou, la vice-présidente de l’Unapei : « La déscolarisation peut durer des semaines, des mois ou des années. »

L’un des premiers freins est lié au manque d’Accompagnants d’élève en situation de handicap (AESH). Certes, les Maisons départementales pour les personnes handicapées (MDPH) attribuent un nombre d’heures d’accompagnement hebdomadaires aux élèves handicapés. Mais « face à un nombre de notifications d’AESH [les heures attribuées] en constante augmentation, beaucoup restent lettre morte », souligne la Défenseure des droits. Dans son rapport annuel, la médiatrice de l’Education nationale déclarait aussi avoir « encore reçu 112 réclamations en 2021 concernant des difficultés relatives à l’accompagnement d’élèves par des AESH ». Et quelques jours après la rentrée, Jean-Louis Garcia a déjà des échos « d’enfants et d’adolescents qui n’ont toujours pas le nom de leur AESH ». Ce qui oblige certains à rester à la maison en attendant.

Pas assez de places en IME

La situation est très contrastée d’une région à une autre. « Dans l’académie d’Amiens, il manque 17 AESH à cette rentrée », rapporte ainsi Alexis Trochet, secrétaire national du Sgen-CFDT. « Dans le Rhône ce sont 400 élèves qui ne sont pas accompagnés », révèle aussi le SNUipp dans un communiqué. Plusieurs raisons l’expliquent : « Les attributions d’AESH ne sont pas appliquées faute de moyens financiers et humains », résume la Défenseure des droits. « Il y a une crise des recrutements à cause de tout petits salaires », complète Jean-Louis Garcia. Les AESH se voient généralement proposer des contrats de 24 heures par semaine et touchent autour de 800 euros par mois. Et même si le gouvernement a annoncé le recrutement de 4.000 AESH supplémentaires et que leur nombre a augmenté de 35 % sur cinq ans, le compte n’y est pas.

D’autres enfants ne peuvent pas être accueillis en Institut médico-éducatif (IME), « faute de place dans ces structures adaptées », indique Sonia Ahehehinnou, de l’Unapei. « Les listes d’attente dans certains IME, comme ceux du 93, sont très longues », indique Jean-Louis Garcia.

« C’est une perte de chance pour l’enfant »

Le fait d’être privé d’école va évidemment avoir des répercussions lourdes dans la vie de l’enfant : « Plus on va l’éloigner de l’école, plus il risque de développer des troubles du comportement et d’être dirigé ensuite vers un établissement spécialisé », souligne Sonia Ahehehinnou. « C’est une perte de chance », ajoute Jean-Louis Garcia. Bien souvent, les parents doivent expérimenter l’école à la maison, quitte à réorganiser leur vie : « Les conséquences sur leur vie professionnelle, familiale et économique sont lourdes », souligne Sonia Ahehehinnou.

Afin de limiter la casse, les associations épaulent les familles pour tenter de débloquer ces situations. « Nous rencontrons les inspecteurs d’académie et les conseillers ministériels », explique Jean-Louis Garcia. L’Unapei a pour sa part relancé pour la quatrième année sa campagne #Jaipasecole et la plateforme www.marentree.org, qui recueille les témoignages des familles concernées. Quant au gouvernement, il propose un numéro vert unique (0.805.805.110) pour aider les familles. Mais pour la Défenseure des droits, il est nécessaire de ne plus agir en réaction, mais par anticipation. « Je regrette que l’accueil des enfants en situation de handicap à l’école soit trop souvent bricolé », lance-t-elle. Un défi de plus à relever pour Pap Ndiaye.