Rentrée des classes 2022 à Marseille : L’an zéro des écoles à la sauce Macron

EDUCATION Avec les 59 premières « écoles innovantes » souhaitées par Emmanuel Macron, cette rentrée des classes 2022 s’effectue sous des airs d’an zéro pour 11.000 écoliers à Marseille. Quelques tests ont été effectués en cours d’année dernière alors que cette nouvelle autonomie pédagogique est déjà appelée à être généralisée

Alexandre Vella
Emmanuel Macron en visite dans une école à Marseille (archives).
Emmanuel Macron en visite dans une école à Marseille (archives). — Daniel Cole / POOL / AFP
  • 11.000 jeunes Marseillais et Marseillaises font leur rentrée dans l’une des 59 « écoles innovantes » voulues par le président Macron.
  • Elles sont situées pour moitié d’entre elles dans les quartiers nord et à 81 % en zone d’éducation prioritaire.
  • Quelques établissements ont commencé dès la fin d’année dernière à déployer leur projet qui concerne cette année 630 enseignants.

Septembre 2021. Emmanuel Macron déboule à Marseille avec dans son sac un plan qu’il veut à la hauteur des enjeux de la deuxième ville de France. Le long d’un discours de près d’une heure, le président de la République égrène de nombreux thèmes d’un plan qu’il veut global : sécurité, culture, logement, transport, éducation… chaque secteur d’activité, ou presque, a le droit à son volet. Entre les lignes, on le comprend, Emmanuel Macron a décidé de faire de Marseille son laboratoire en matière de politique publique.

A commencer par l’éducation, où le président surprend le monde enseignant en annonçant la création à Marseille de 50 « écoles laboratoires » avec l’expérimentation du libre recrutement des enseignants par les directeurs et directrices d’écoles et une plus large autonomie sur le projet pédagogique. Un an plus tard, en plus d’un large  programme de rénovation élaboré avec la municipalité, ce sont 59 « écoles innovantes », comme elles ont été nommées, pour lesquelles cette rentrée des classes 2022 marque l’année zéro.

Onze mille élèves concernés à Marseille

Situées pour moitié d’entre elles dans les quartiers nord et à 81 % en zone d’éducation prioritaire, elles concernent 11.000 élèves et 630 enseignants, dont 38 nouvellement recrutés selon « des modalités de postes à exigences particulières », a précisé Bernard Beigner, le recteur de l’académie d’Aix-Marseille. Un processus de recrutement déjà existant où les fiches de poste sont publiées par école et dans lequel les directeurs et directrices sont associés aux entretiens afin d’obtenir des profils d’enseignants qui collent au projet pédagogique spécifique développé autour d’axes forts comme les mathématiques et les sciences, les langues vivantes, l’EPS ou les arts et cultures, ou encore une réflexion sur les espaces.

C’est autour de ce dernier thème que Patrick Lefrançois, directeur de l’école du Rouet, et les onze enseignants ont décidé de travailler. Et des dispositifs ont pu être testés dès l’année scolaire dernière pour un tiers des 240 élèves de l’établissement. « On a aménagé l’espace pour permettre aux enfants de se déplacer en classe et de choisir l’endroit où ils se mettent au travail. On a aussi créé des espaces de travail collaboratifs. C’est compliqué pour les enfants de tenir six heures sur une chaise », explique Patrick Lefrançois. Pour permettre tout cela, du mobilier adapté au projet a été livré et, selon le directeur d’école, l’observation réalisée en cour d’année dernière est plus que convaincante.

« Enfin ! On donne plus d’autonomie et de latitude aux enseignants »

« Les élèves sont plus concentrés, l’ambiance en classe est meilleure, les élèves viennent avec plus de plaisir à l’école, ce qui est quand même la base », énumère-t-il. « Je pense que l’on tient une grande partie de la bonne réponse. On savait tous qu’il faut travailler différemment. Les enfants ont beaucoup changé, la vie a beaucoup changé, on ne peut plus enseigner comme lorsque nous étions écoliers. On a aussi opté pour mélanger les niveaux dans les classes afin de permettre à chacun d’apprendre à son rythme », enchaîne cet enseignant qui compte désormais dix ans d’ancienneté comme directeur d’école. « Enfin ! On donne plus d’autonomie et de latitude aux enseignants », s’est-il réjoui. « C’était devenu une nécessité absolue », estime Patrick Lefrançois qui place, « comme les familles, les enfants et les enseignants, beaucoup d’espoir » dans ces écoles innovantes.

Une autonomie pédagogique qui pourrait aller au-delà d’un simple axe fort dans l’enseignement, avec l’élaboration d’un calendrier adapté : « Dans l’expérimentation, deux écoles nous ont proposé une évolution de leur calendrier scolaire car c’est un fait que, dans certaines écoles, les enfants qui ont de la famille loin partent le 15 juin et rentrent plus tard en septembre. Je parle avec prudence, mais pourquoi pas », a avancé Bernard Beigner.

Un fonds de 500 millions pour accélérer

Se pose alors la question de l’évaluation de cette expérimentation déjà appelée à être généralisée et pour laquelle Emmanuel Macron a annoncé le 25 août, dans son discours de la Sorbonne devant les recteurs d’académie, un fonds de dotation de 500 millions d’euros dédié aux projets pédagogiques. « Il n’y a ni cahier des charges, ni audit ou inspection. Nous allons prendre le temps pour que ces projets se développent et laisser une part d’autoévaluation », a expliqué le recteur.

Après un début de mise en place qui semblait chaotique, rencontrant l’opposition de Benoît Payan, le maire (PS) de Marseille, et des syndicats d’enseignants assurant que les directeurs d’école ne se bousculaient pas au portillon, les « écoles laboratoires » sont désormais bien en place, conformément au vœu du président. Avec, déjà, d’autres écoles qui souhaitent intégrer le programme, a assuré Vincent Stanek, le directeur académique des services de l’Education nationale des Bouches-du-Rhône.