Rentrée scolaire 2022 : Comment Pap Ndiaye aborde-t-il son baptême du feu ?

EDUCATION En cette rentrée, des dossiers délicats attendent le nouveau ministre de l’Education, tels que la revalorisation salariale des profs, la crise des vocations enseignantes…

Delphine Bancaud
Le ministre de l'Education, Pap Ndiaye à
Paris, le 24/08/2022.
Le ministre de l'Education, Pap Ndiaye à Paris, le 24/08/2022. — Jacques Witt/SIPA
  • Le nouveau ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye, animera sa première conférence de presse de rentrée ce vendredi. Un exercice particulièrement scruté.
  • Si les syndicats enseignants lui reconnaissent une rupture sur la forme par rapport à son prédécesseur, ils craignent que le ministre ne s’inscrive dans la continuité de Jean-Michel Blanquer sur le fond.
  • Et ils s’interrogent sur son poids politique pour remporter des arbitrages.

C’est une grand-messe auquel il s’est préparé tout l’été. Pap Ndiaye présentera ce vendredi sa première conférence de presse de rentrée en tant que ministre de l’Education. Un exercice sensible, à la fois technique et politique pour tout nouveau locataire de la rue de Grenelle, ses premiers pas étant scrutés à la loupe, tant par les enseignants que par les journalistes. Sauf que l’effet de surprise risque d’être un peu galvaudé. Car contre toutes attentes, Emmanuel Macron est intervenu ce jeudi matin à la réunion de rentrée des recteurs d’académie à la Sorbonne. Et il ne s’est pas contenté d’un exercice de représentation, mais a détaillé sa feuille de route pour l’Education, en distillant quelques informations inédites.

Une manière de tutorer son ministre, selon Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du syndicat enseignant Snes-FSU : « Ce n’est pas anodin de prendre la parole la veille de la conférence de presse du ministre. Cela démontre la volonté d’Emmanuel Macron de la cadrer et de reprendre la main sur le sujet de la rentrée. Cela ne laisse aucune marge de manœuvre à Pap Ndiaye pour faire des annonces le jour J. Juste la possibilité d’assurer le service après-vente ». Stéphane Crochet, secrétaire général du Se-Unsa, estime aussi que l’intervention du président ce jeudi a une forte portée symbolique : « Emmanuel Macron accompagnait déjà Pap Ndiaye à Marseille en juin pour faire la promotion de "l’école du futur". Là, il s’adresse aux recteurs à sa place. Ce qui interroge : Pap Ndiaye a-t-il réellement la main sur la politique éducative ? ».

Une rentrée aux enjeux importants

Les interrogations des syndicats sont d’autant plus vives que les défis qui attendent le nouveau ministre sont énormes. « La crise du recrutement est à une hauteur inédite, les personnels sortent de deux ans de Covid et de cinq ans de Blanquer. Le cocktail est explosif », prévient Sophie Vénétitay. En effet, en juillet, 4.000 postes étaient restés vacants à l’issue des concours de l’enseignement (1.686 en primaire et 2.267 dans le secondaire). Ce qui a obligé les rectorats à recruter davantage de contractuels. « Mais cette solution d’urgence ne suffira pas. Notamment quand il faudra assurer les remplacements d’enseignants en arrêt maladie », prévient Stéphane Crochet. « Ce métier n’attire plus », affirme aussi Guislaine David, porte-parole du SNUipp-FSU, qui réclame des mesures structurelles pour susciter des vocations.

La revalorisation des salaires des enseignants est l’autre sujet brûlant de la rentrée. Si le ministre et le président ont répété leur intention d’arriver à un salaire net de 2.000 euros nets par mois pour un enseignant débutant et de mieux rémunérer les missions spécifiques, des inconnues demeurent. Certains enseignants gagnent encore aujourd’hui 2.000 euros après quinze ans de carrière, et Pap Ndiaye a déclaré en août que toute la grille salariale des professeurs devait être revue. Mais l’on ne sait ni comment, ni quand ce sera le cas. « Il va falloir mettre le paquet sur les débuts et les milieux de carrière, insiste Guislaine David, porte-parole du SNUipp-FSU. Quant aux augmentations liées à des missions supplémentaires, nous ne voulons pas que soit réintroduit le "travailler plus pour gagner plus" ».

D’autres chantiers seront aussi sur le bureau du ministre : la réforme de la voie professionnelle, des changements à prévoir dans la formation des enseignants, l’extension des expérimentations de "l’école du futur", un collège plus ouvert au monde de l’entreprise…

« On sent une rupture de méthode par rapport à Jean-Michel Blanquer »

Pour relever les défis qui s’imposent à lui, Pap Ndiaye devrait miser sur le fameux « changement de méthode » promis par l’exécutif. Celui-ci implique notamment une autre manière d’aborder les relations sociales. Ce qui est bien perçu par les syndicats. « On sent une rupture de méthode par rapport à Jean-Michel Blanquer. Pap Ndiaye est plus à l’écoute », estime Sophie Vénétitay. « Il consulte énormément chez les enseignants et dans la société civile. On arrive aussi à obtenir des audiences dans son cabinet », ajoute Guislaine David. Et pour Stéphane Crochet, « il respecte les enseignants et prend le temps de se construire une opinion personnelle. »

Si l’art du dialogue du nouveau ministre semble donc faire l’unanimité pour l’instant, il pourrait être insuffisant pour lui permettre d’incarner pleinement la fonction. Et c’est sans doute davantage sur sa capacité à agir qu’il sera jugé à cette rentrée. « Pap Ndiaye ne peut pas se contenter d’être un symbole. Aura-t-il le poids politique et les réseaux suffisants au sein du gouvernement pour obtenir ses arbitrages ? », interroge Sophie Vénétitay.