Rentrée scolaire 2022 : Les courses de fournitures, une affaire de femmes ?

PAS MON GENRE Dans les couples hétérosexuels, les courses de la rentrée scolaires font encore partie de ces tâches qui incombent aux femmes

Mathilde Desgranges
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Une mère de famille en compagnie de ses enfants achètent les fournitures scolaires pour la rentrée, le 17 août 2016, à Englos.
Une mère de famille en compagnie de ses enfants achètent les fournitures scolaires pour la rentrée, le 17 août 2016, à Englos. — PHILIPPE HUGUEN / AFP
  • Cette année, la rentrée scolaire a lieu le 1er septembre. Et durant les deux semaines à venir, la plupart des familles vont préparer les cartables.
  • Ce mardi, 20 Minutes s’est adressé à ses lecteurs, avec l’appel à témoignages « Les courses de rentrée vous coûtent trop cher ? Racontez-nous ». Et il s'avère que seules des mères ont répondu à la rédaction.
  • Alors les courses de la rentrée, un affaire de femmes ? « Ce sont encore les femmes qui s’occupent des enfants en majorité », répond, entre autres, le vice-président de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (Peep).

Alors que ce mardi était versé le second volet de l’allocation de rentrée scolaire (ARS), 20 Minutes a demandé à ses lecteurs d’évoquer l’augmentation du prix des calculatrices, des stylos et autres feuilles perforées à petits ou grands carreaux. L’appel à témoignages « Les courses de rentrée vous coûtent trop cher ? Racontez-nous » est lancé, et les premières réponses tombent. « Début juillet, j’ai acheté les cartables, stylos, colles. J’en ai eu pour 75 euros », raconte alors Amandine, mère de deux enfants. « J’ai anticipé en commençant les courses scolaires en juin et juillet », se félicite Lydie quand Claire nous explique faire « fi des demandes spéciales, du type « cahier rouge à couverture bleue » ». Sur les dizaines de témoignages et commentaires reçus, seules des femmes s’expriment.

Mais alors ne trouve-t-on toujours pas de papas en rayons ? « Je ne suis pas vraiment étonnée que l’appel à témoignages ait beaucoup plus suscité l’enthousiasme des mères », commente Dominique Epiphane, chercheuse au Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) et spécialiste des inégalités entre femmes et hommes. « Effectivement, ce sont encore les femmes qui s’occupent des enfants en majorité. C’est un fait », renchérit Laurent Zameczkowski, vice-président de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (Peep).

« Cela ne changera jamais »

« D’une année à l’autre, mes enfants échangent leurs cahiers et classeurs entre eux pour combler les vides. [… ] On garde tout ! Et on récupère, c’est gaspillage scolaire ! », a répondu Aurélie à l’appel à témoignages. Rappelée par 20 Minutes, cette maman de deux enfants ajoute : « Je m’occupe de tout. Je me suis toujours occupée de tout, même quand j’étais mariée. » « Et dans les magasins de sport ou les supermarchés, quand je vais acheter les fournitures scolaires et les chaussures de foot, je ne croise que des femmes dans les rayons, détaille-t-elle encore. Ça me fait halluciner. Je me dis que ça ne changera jamais. »

« Ce n’est plus ce que c’était il y a dix ans quand même, nuance Laurent Zameczkowski. Mais il est vrai que dans les familles dites « traditionnelles », il y a souvent qu’un des deux parents qui s’occupe des enfants. Un rôle souvent assumé par des femmes. » Les courses scolaires « font pourtant partie des tâches dites « négociables », soient les mieux réparties entre l’homme et la femme, soutient Dominique Epiphane. On peut donc penser, du moins espérer, que les hommes s’en occupent autant ».

La rentrée scolaire, « grand moment de charge mentale »

« La rentrée scolaire reste un moment de grande charge mentale, souligne la sociologue. Il faut penser aux courses, à l’inscription à la gym, à faire l’attestation chez le médecin, etc. Et même lorsque ces tâches sont réparties de manière équitable, la charge mentale incombe quasiment exclusivement aux femmes. C’est une chose qu’on ne délègue pas. »

D’autant qu’avoir des enfants replace souvent les couples dans le schéma genré, selon de récentes études menées par le Cereq. « Les femmes font l’ensemble des tâches ménagères dans seulement 36 % des couples interrogés en 2017, précise notre expert des inégalités. Mais quand le couple a des enfants, un clivage se dessine très vite. Elles effectuent seule la plupart des tâches dans 42 % des couples avec un enfant, et dans 51 % des couples avec au moins deux enfants. »

Reste que ce modèle vaut pour le couple hétérosexuel, mais « aujourd’hui, on voit davantage de combinaisons, et une multiplication des formes familiales », complète le vice-président de la Peep. Laurent Zameczkowski estime que la propagation du modèle des familles monoparentales ou recomposées, souvent accompagnées de gardes alternées, contribue à mobiliser davantage de pères. « De plus, les hommes sont moins présents en nombre mais, lorsqu’ils sont présents, ils sont souvent plus impliqués que la moyenne », estime-t-il. Pour que la situation continue d’évoluer, « il faut que plus de pères prennent un rôle plus prépondérant dans l’éducation des enfants, estime pour sa part Aurélie. Les courses de la rentrée scolaire reflètent énormément ce qu’il se passe tout au long de l’année. »