A l'adoption ou sur Instagram, pourquoi le chat noir est-il laissé pour compte ?

MIAOU Si aujourd’hui on célèbre les chats de couleur noire, le reste de l’année, ces félins n’ont pas vraiment la côte

Marie De Fournas
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Et vous, ça vous gênerait d'avoir un chat noir ?
Et vous, ça vous gênerait d'avoir un chat noir ? — Canva
  • Ce mercredi 17 août, c’est la Journée mondiale du chat noir, qui vise à sensibiliser le public au sort de ces animaux discriminés en raison de leur couleur de poils.
  • Les associations de protection des animaux le constatent encore aujourd’hui : les chats noirs ont plus de chances d’être abandonnés et moins d’être adoptés.
  • L’esthétisme fait partie des raisons invoquées par les particuliers, mais les légendes et superstitions seraient également les causes du désamour pour ces petites bêtes.

Au début du mois, les refuges faisaient état d'un nombre particulièrement élevé d’abandons d’animaux​. Des chiens, des chats… Et plus particulièrement des chats noirs, comme l’affirme ce mercredi la Fondation 30 millions d’Amis. « Les refuges regorgent de chats noirs délaissés, victimes de superstitions », lâche l’association sur Twitter à l’occasion de la Journée mondiale des chats noirs. Même son de cloche du côté de la préfecture des Hauts-de-Seine qui assure que ces chats sont « les plus abandonnés et les moins adoptés ».


La Société protectrice des animaux (SPA) ne répertorie pas les chats en fonction de leur couleur et n’a donc pas pu nous fournir de statistiques. Elle rapporte cependant que les refuges ont souvent l’impression que les petites boules à poils noirs ont moins de succès que les autres. Pour se faire une idée, 20 Minutes est allé compter combien il y avait de chats noirs proposés à l’adoption sur le site. Il y en a malheureusement beaucoup trop (on s’est arrêté au bout d’une heure), mais sur les 1.023 chats que nous avons répertoriés, 186 avaient une robe entièrement noire, soit 18,1 %. Un chiffre conséquent, bien que, on le sait, difficile à interpréter sans connaître le nombre de naissances de chats noirs en France.

Pas assez instagrammables

Mais, alors, pourquoi les chats noirs sont-ils mal-aimés ? A Nîmes, post Covid-19, les bénévoles de la SPA assuraient que les futurs adoptants choisissaient leurs futurs compagnons bien plus en fonction de leur poil que de leur caractère. « Ils veulent une petite peluche à poils longs », rapportaient-ils à France Bleu. Car si Coco Chanel ne jurait que par le noir, pour d’autres, cette couleur ne serait pas assez esthétique, voire pas assez instagrammable. « Quand j’ai voulu adopter un chat, l’une de mes connaissances m’a dit de ne surtout pas prendre un noir, car ils étaient impossibles à photographier », nous raconte Diane, amoureuse des chats.

Coralie Lallier, présidente de l’association Féline de Cergy-Pontoise, confie à 30 Millions d’Amis que lorsque les adoptants ont le choix, « ils vont se tourner vers un autre animal ». Cette dernière assure que même au sein des bénévoles, « certaines familles d’accueils ont refusé d’accueillir des chats noirs ». S’ils n’avancent pas vraiment d’explications, c’est parce que beaucoup ont, selon Coralie Lallier, « honte d’être superstitieux et ne veulent pas l’avouer ».

Maîtres des orgies sataniques

Ces croyances autour du chat noir remontent pourtant à très très très loin et devraient faire lever quelques sourcils circonspects aujourd’hui. En Europe, cela a commencé en 1233 avec l’écrit Vox in Rama, dans lequel le pape Grégoire IX évoque le déroulé de cérémonies maléfiques, organisées par des hérétiques. Si vous parlez latin, voici le texte, sinon je vous résume : y sont décrites des orgies diaboliques dont le maître serait un chat noir à la queue tordue et de la taille d’un chien (un peu Marseillais ce Grégoire IX). A la suite de cette publication et pendant tout le Moyen-Âge, les chats noirs ont été considérés comme des incarnations du diable.

Bien que l’on n’écrive plus de tel récit aujourd’hui, le chat noir traîne encore sa réputation. Notamment dans la culture populaire où il est par exemple le fidèle compagnon des sorcières, comme Salem dans Sabrina l’apprentie sorcière (cette référence n’est pas pour vous les 2000). La SPA profite d’ailleurs régulièrement des fêtes d’Halloween pour casser quelques préjugés sur les chats noirs et rappeler que ces petites bêtes « sont victimes de superstition d’un autre temps ».