Incendies : Non, la direction de l’Office national des forêts n’est pas une coquille vide depuis six mois

FAKE OFF Si le directeur de l'ONF avait bien été démis de ses fonctions en début d'année, il a bien été remplacé par intérim

Lina Fourneau
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En 2017, une manifestation des salariés de l'ONF s'était tenue à Paris
En 2017, une manifestation des salariés de l'ONF s'était tenue à Paris — Vincent Loison/SIPA
  • D’après le rédacteur en chef du média Gérard info, Mike Borowski, l’Office national des forêts (ONF) aurait pu agir contre les incendies, si sa direction n’avait pas été une coquille vide pendant six mois.
  • En mars, l’ancien directeur Bertrand Munch a bien été démis de ses fonctions, mais un directeur par intérim l’a très vite remplacé.
  • Si la direction de l’ONF a souvent été remise en cause, la cause des incendies est surtout liée au réchauffement climatique.

L’été 2022 bat des records en terme d'incendies en France. Après la Gironde, l’Aveyron et le Jura s’embrasent à leur tour. Cette année, 'après l'EFFIS (le Système européen d'information sur les feux de forêt), plus de 61.000 hectares ont été brûlés en France. Mais comment expliquer ce phénomène ? D’après le rédacteur en chef du média Gérard info, Mike Borowski, la direction de l’Office national des forêts (ONF) est en partie responsable du désastre dans l’Hexagone.

En citant CNews, celui-ci a révélé sur son compte Twitter ce lundi qu’il « n’y avait personne à la tête de l’Office national des forêts depuis mars 2022 ». Avant d’ajouter : « Des choses auraient pu être faites sur nos forêts si quelqu’un dirigeait cette institution entre mars et août, ça aurait évité le pire ».

La direction de l’ONF était-elle aussi vide que le prétend Mike Borowski ? Pas vraiment.

FAKE OFF

En mars dernier, il y a bien eu un changement à la tête de l’ONF. Dans un décret publié le 31 mars au Journal officiel, le gouvernement a annoncé mettre fin aux fonctions du directeur général de l’ONF, Bertrand Munch - en poste depuis janvier 2020. Le lendemain,  le média Reporterre publiait une enquête avec le titre suivant : « "Management de la terreur" : le directeur de l’ONF est limogé ».

On y apprend qu’une commission d’enquête a été lancée quelques mois plus tôt par le ministère de l'Agriculture après plusieurs témoignages recueillis par un médecin révélant un « profond mal être [des salariés] lié au comportement personnel du directeur général ». Seulement, Reporterre explique aussi que l’organisation n’en est pas à son premier management chaotique. Le prédécesseur de Bertrand Munch, Christian Dubreuil, aurait également maltraité des salariés… avant d’être gentiment mis à la porte par le biais d'un départ à la retraite anticipé.

Un directeur par intérim

Cependant, lorsque Bertrand Munch a quitté son poste en mars, la place du directeur général n’a pas été laissée vacante. Au mois d’avril, le Directeur général adjoint Olivier Rousset devient Directeur général par intérim. Ce dernier est bien connu à l’ONF, où il est entré il y a plus de dix ans. Il a notamment occupé le poste de directeur de l’agence territoriale de Bourgogne-Est, avant d’arriver à la tête de l’agence territoriale de Méditerranée.

Par ailleurs, on ne peut pas réellement dire que le risque d’incendie n’est pas pris en compte dans les missions de l’ONF. Une agence à part entière de l’ONF est dédiée au risque d’incendie, c’est la DFCI (Défense des forêts contre l’incendie). Elle est chargée de faciliter l’accès aux massifs forestiers, tout en assurant un accès à l’eau permanent. C’est aussi cette agence qui met en œuvre le dispositif de surveillance d’alerte pendant l’été. « L'intérim n'a rien changé au nombre d'agents dédiés à la DFCI en période à risque. La prévention et la gestion des forêts contre les incendies est une mission centrale assurée au quotidien par 300 personnes mobilisés chaque jour », assure l'ONF.

« Il va falloir s’équiper encore plus »

Il est surtout difficile d’imputer à une seule direction d’organisation - aussi mouvante soit-elle - toute la responsabilité des incendies actuels. La sécheresse et la multiplication des vagues de chaleur favorisent les feux de forêt et sont avant tout des conséquences du réchauffement climatique. « Certains arbres se retrouvent en stress hydrique. Ils manquent d’eau, s’affaiblissent et peuvent mourir. Cela génère de plus en plus de masse combustible sèche […]. Les arbres ne peuvent pas s’adapter du jour au lendemain à un nouveau climat », expliquait le directeur de la DFCI Jean-Louis Pestour dans les colonnes de l'Express, en juillet dernier.

D’après ce dernier, les forêts ont même tendance à s’affaiblir au fil du temps et des conséquences climatiques. « En 2010, 30 % de la forêt française était à risque. Les projections se situent à 50 % à l’horizon 2050 », alertait Jean-Louis Pestour auprès de l’Express.

Même constat chez les pompiers. « Il va falloir s’équiper encore plus. On ne peut plus parler de saison des feux. C’est désormais l’ensemble du territoire métropolitain qui est concerné, du 1er janvier au 31 décembre, jusqu’à l’Alsace ou la Franche-Comté », alertait Grégory Allione, le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, dans un entretien à l’AFP en juillet dernier. Il appelait à l’époque à une augmentation des moyens aériens, mais aussi à une meilleure politique de prévention. Et l'ONF de conclure : « Les incendies en forêt sont le fruit d’incivilités, d'imprudences, d’actes malveillants, augmentés par la sécheresse et la crise climatique ».