Rentrée : Pourquoi faire des études coûtera plus cher cette année ?

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR L’Unef et la Fage demandent au gouvernement de revoir le système d’aides pour lutter contre la précarité étudiante

Delphine Bancaud
Le coût de la rentrée va augmenter pour les étudiants selon plusieurs organisations représentant la jeunesse.
Le coût de la rentrée va augmenter pour les étudiants selon plusieurs organisations représentant la jeunesse. — Canva
  • Les frais de rentrée scolaire sont en augmentation en 2022 pour les étudiants, à cause de l’inflation et des répercussions de la crise sanitaire, prévient mardi la Fage dans son indicateur annuel.
  • L’Unef a fait le même constat dans une enquête parue lundi.
  • Les deux organisations réclament au gouvernement des mesures urgentes pour aider les étudiants.

Faire des études supérieures n’est décidément pas à la portée de toutes les bourses. Cette année plus encore, comme le montre l’indicateur du coût de la rentrée étudiante 2022 de la Fage paru ce mardi. Selon ce dernier, le coût de la rentrée étudiante s’élève à 2.527 euros. Soit une hausse de 7,38 % par rapport à l’an dernier, contre une augmentation de 1,32 % à la rentrée 2021. « On n’a jamais connu une hausse aussi forte d’une année sur l’autre », observe Paul Mayaux, le président de l’organisation étudiante. De son côté, l’Unef fait un constat proche : dans une enquête publiée lundi, le syndicat étudiant estime que le coût de la vie étudiante augmente de 6,47 % pour l’année 2022-2023.

Si l’on regarde le budget des étudiants dans le détail, on observe que toutes les lignes de dépenses enflent cette année. La Fage s’est intéressée d’abord aux frais de vie courante, que chaque étudiant doit assumer tous les mois de l’année : loyer, alimentation, loisirs, transports, téléphonie et Internet, vêtements et produits d’hygiène et d’entretien. Or, ils vont globalement augmenter de 1,92 %. « L’inflation qui atteignait 6,1 en juillet, a fait flamber les prix des produits alimentaires et d’hygiène », souligne Paul Mayaux. La crise ukrainienne a eu aussi des répercussions fortes sur le prix des produits de première nécessité. De son côté l’Unef estime que le prix du logement a augmenté de 1,37 % au niveau national et de 2,04 % dans les grandes villes, notamment à cause de la flambée des charges locatives.

« La revalorisation des bourses n’est que de 4 % »

Et du côté des frais spécifiques à la rentrée universitaire (frais d’inscription, frais d’agence, assurance logement, complémentaire santé et matériel pédagogique), les prévisions sont encore plus pessimistes. La hausse est estimée à 13,04 %. « Elle est notamment due à l’augmentation de 32,21 % des frais de complémentaires santé, de 15,82 % du coût du matériel pédagogique, de 11,83 % des frais d’assurances logement », analyse Anne-Laure Syrieix, vice-présidente en charge des affaires sociales de la Fage. L’augmentation du prix des complémentaires était attendue en raison notamment du déploiement du plan 100 % santé avec le reste à charge zéro et de l’effort réalisé par les mutuelles en raison de la pandémie.

Face à ces prévisions peu réjouissantes, les organisations étudiantes sont bien décidées à taper à la porte de leur nouvelle ministre de l’Enseignement supérieure, Sylvie Retailleau. Le gouvernement a déjà annoncé une revalorisation des bourses de 4 % dès la rentrée 2022, ainsi que la revalorisation des aides au logement (APL) de 3,5 %. Sans oublier le maintien pendant toute l’année universitaire du dispositif de repas à 1 euro dans les Crous pour les étudiants précaires. Mais le compte n’y est pas pour l’Unef et la Fage, qui réclament des mesures plus durables et plus fortes. « La revalorisation des bourses n’est que de 4 % alors que l’inflation a atteint 6,1 %. Par ailleurs, ces aides ne concernent qu’une partie de la population étudiante », souligne Paul Mayaux.

Des revendications qui diffèrent

De son côté, l’Unef souligne que « 73 % des étudiants sont exclus de ce système [de bourses] qui ne prend pas en compte la situation sociale de l’étudiant, mais celle de ses parents et qui est conditionné par un critère de nationalité ». Les deux organisations proposent des solutions différentes pour résoudre la question de la précarité étudiante. « Il faut élargir l’assiette des bourses, les revaloriser et les indexer sur l’inflation, sans oublier de les étendre sur 12 mois au lieu de 10 », estime Paul Mayaux. « On demande aussi que l' encadrement des loyers soit élargi à toutes les zones tendues et que les APL prennent en compte les disparités de loyers selon les villes », poursuit le président de la Fage. L’organisation souhaite aussi le rattachement de droit à la Complémentaire santé solidaire lorsqu’un étudiant est boursier ou qu’il en fait la demande.

L’Unef réclame, elle, une allocation autonomie « d’un montant suffisant pour vivre (à hauteur de 1.110 euros par mois) et calculée sur leurs revenus propres plutôt que celui de leurs parents ». Les deux organisations ont cependant la même revendication concernant la construction de nouveaux logements étudiants. « Lors du premier quinquennat, le gouvernement Macron avait promis 60.000 logements étudiants, mais il n’y en a eu que 38.000 », déplore Paul Mayaux. Des suggestions auxquelles Sylvie Retailleau devrait répondre lors de sa première conférence de presse de rentrée fin septembre.