« Laboratoire des contre-cultures », Berlin capitale de la liberté sexuelle et de la fête sans prise de tête

ET PLUS SI AFFINITES (6/8) « 20 Minutes » vous accompagne durant l’été et avec sa série « Et plus si affinités ». On vous aide à vivre deux mois « sans tee-shirt, sans maillot » mais avec le mot et le geste justes pour avoir toujours chaud

Xavier Regnier
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La Pride de Berlin réunit chaque année des milliers de participants.
La Pride de Berlin réunit chaque année des milliers de participants. — STEFANIE LOOS / AFP
  • La rédaction de 20 Minutes vous accompagne durant l’été. Parce que cette période est souvent celle du grand n’importe quoi côté cœur et côté cul, le « club des 4 » à votre service vous donne quelques « hot stuff » pour passer deux mois « tchatchatcha », tous les lundis soir à 19h30. Alors si vous ne savez pas de quoi parler à l’heure de l’apéro, on est là et, dans l’oreillette, on vous parle nudes, vacances Tinder, peau et sable chaud.
  • Dans ce sixième épisode de notre série « Et plus si affinités », on prend des vacances à Berlin, élue cinquième ville la plus sexuelle du monde. Idéale pour aller explorer sa sexualité en terrain vierge, tout en voyagant malin pour la planète.
  • Véritable « laboratoire des contre-cultures » depuis des décennies, Berlin « pauvre, mais sexy » a une longue tradition de fête et de liberté sexuelle, que décryptent pour 20 Minutes deux spécialistes de l'Allemagne, Elisa Gourdin et Hélène Camarade. Et avec un peu de chance, comme notre lectrice Marie, vous ne verrez « jamais autant de petites fesses en une soirée » qu'à Berlin.

C’est bon, vos congés payés sont posés. Une goutte de sueur coulant le long de votre nuque, canicule oblige, vous préparez votre valise : un short, une boîte de préservatifs. On est bons. Alors, on va où ? A la hâte, vous lancez une recherche Internet en quête d’inspi pour un été chaud du maillot. D’après un classement établi par le site pour adultes Lazeeva, s’appuyant des critères allant de l’accès à la contraception à la consommation de porno, Paris serait la ville la plus sexuelle du monde. Ok, mais on rêve de dépaysement nous ! Vous ne pouvez plus voir un Londonien (3e) en peinture depuis le Brexit, Rio de Janeiro (2e) et Los Angeles (4e) demandent des heures d’avion… Reste Berlin, cinquième.

Une surprise ? Plutôt une tradition de liberté sexuelle qui remonte loin. « Par exemple, l’histoire de la scène LGBT à Berlin remonte au moins aux années 1920 », narre Hélène Camarade, professeure en études germaniques à l’université Bordeaux-Montaigne. La deuxième plus grande agglomération du monde développe à l’époque un « culte de la fête », et un « mouvement avec des clubs de lesbiennes » et une presse spécialisée se mettent déjà en place. Quinze années de national-socialisme auraient pu tout détruire. Mais Berlin s’est retrouvée, au lendemain de la guerre, dans une situation inédite.

Deux villes, deux identités sexuelles fortes

Coupée en deux, la ville va développer pendant quarante ans deux identités sexuelles marquées. « A Berlin Est, les femmes avaient une plus grande autonomie financière », rappelle d’abord Elisa Gourdin, maîtresse de conférences en civilisation allemande contemporaine à l’université Paris-3. En découle « une plus grande autodétermination érotique, car les facteurs économiques n’entrent pas en compte dans le choix du partenaire », et donc une meilleure « satisfaction sexuelle ».

De l’autre côté du Mur, Berlin Ouest est un îlot de liberté, rare endroit où « le service militaire n’était pas obligatoire, ce qui a attiré une jeunesse antimilitariste, contestataire, bien au-delà de l’Allemagne ». Dans les années 1970, ces jeunes vont mener des « expériences de vies en communautés libres sexuellement », inspirées des communautés hippies, explique l’autrice de La RDA après la RDA. La ville devient un « laboratoire des contre-cultures », ajoute Hélène Camarade, du mouvement punk à la scène gay qui se fixe dans le quartier de Schöneberg.

A la chute du Mur, ces deux villes vont se « rencontrer » pour créer une « énergie particulière », reprend Elisa Gourdin. Les barres d’immeubles vides de l’Est, désertées par les habitants de l’ex-RDA, vont à nouveau attirer des jeunes du monde entier. « On pouvait vivre pratiquement sans travailler, obtenir un bail auprès de la mairie, récupérer des meubles dans la rue. » Les squatts, la culture underground et le sens de la fête prospèrent dans les années 1990.

« Je n’ai jamais autant de petites fesses en une soirée de toute ma vie »

Ville-région, Berlin dispose de son propre gouvernement, dominé pendant de longues années par la gauche. Les crèches y sont gratuites, l’inclusion des LGBT une priorité et longtemps « la législation sur la prostitution était différente, les grandes maisons closes étaient tolérées, des cinémas pornos avaient pignon sur rue », indique Hélène Camarade, co-autrice de Les mots de la RDA. Klaus Wowereit, homosexuel et maire de gauche de la ville entre 2001 et 2014, déclare en 2003 que Berlin est « pauvre, mais sexy » (« arm aber sexy »), ce qui devient vite un slogan pour le tourisme.

Aujourd’hui, c’est surtout la scène techno qui porte la culture alternative de Berlin. Marie, lectrice de 20 Minutes, a vécu quelques mois dans la capitale allemande, et y retourne régulièrement pour faire la fête. Elle raconte une expérience récente vécue au Sisyphos, « un des temples de la techno à Berlin », symbolique de la légèreté sexuelle qui règne dans ces soirées. « Les tenues sont très libres, c’est assez dénudé mais pas forcément topless, y compris pour les hommes. Il y a des meufs qui s’habillent en cuir, avec des lanières, des tenues moulantes ou très courtes ». Cette nuit-là, « je n’ai jamais vu autant de petites fesses de toute ma vie », sourit-elle.

Berlin, la ville où la drague n’existe pas

La jeune femme a une explication à ce sentiment de liberté et de légèreté qui flotte dans les soirées berlinoises. « Dans pas mal de boîtes de nuit, les photos sont interdites », et l’on colle même des stickers sur les objectifs des téléphones à l’entrée. L’objectif est double : « garder le lieu un peu secret et que les gens puissent en profiter sans risquer de se retrouver sur les réseaux sociaux ». Dans le classement établi par Lazeeva, Berlin pointe d’ailleurs en tête sur le critère des clubs échangistes. Pour les fans de latex, le KitKatKlub est une adresse immanquable. La ville attire aussi la scène porno internationale. Chez les Françaises, Lucie Blush, réalisatrice de films pornographiques féministes, et Olympe de G, autrice de Jouir est un sport de combat et fondatrice de la plateforme Voxxx, y ont ainsi vécu plusieurs années.

Mais tout n’est pas que sexe à Berlin. « C’est aussi le plus grand néant de mon histoire de célibataire en ratio soirée/chope », plaisante notre lectrice Marie. Car la liberté sexuelle consiste aussi à ne pas avoir envie, parfois, ce que les locaux respectent parfaitement. « Dans une ville marquée par le féminisme ouest-allemand, les garçons ne pratiquent pas la drague, explique Hélène Camarade. Les rencontres se font sur des modalités différentes, il y a moins de compliments lourds, moins de contact physique avant de conclure. » Ainsi, un Berlinois ne « vous draguera pas autour d’une bière, mais en club ça peut aller très vite ». Ce que confirme Marie, ajoutant que « c’est plutôt les filles qui font le premier pas ».

La nudité « décorrélée de la sexualité »

« Tu sens que si quelque chose doit se passer, ça viendra d’un consentement très mutuel. » Une heureuse notion qui s’étend au-delà des boîtes de nuit, précise celle qui n’a « jamais eu peur de rentrer seule, bourrée et en tenue de soirée ». Peut-être aussi parce que « le rapport au corps et à la nudité est décorrélé de la sexualité » dans le nord de cette Allemagne protestante, analyse Hélène Camarade. « Il y a une pratique massive du nudisme, qui a commencé à la fin du dix-neuvième siècle et s’est beaucoup développé en RDA », et demeure aujourd’hui bien vivace.

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Voici donc la recette pour aller clubber les fesses à l’air sans se faire importuner, choisir avec soin votre partenaire pour la nuit, vous lâcher, vous découvrir. La capitale allemande, symbiose de deux héritages, « laboratoire des contre-cultures » et terrain de jeu de la jeunesse, s’offre à vous. De la fêtarde en quête de liberté au membre de la communauté LGBT participant à l’immense Marche des Fiertés devant la porte de Brandebourg, Berlin vous embrasse.