Incendies : Fascination pour le feu, excitation sexuelle, acte cathartique… Qui sont les pyromanes ?

FEU Selon une étude américaine, on estime à 1 % la prévalence de pyromanes dans la population générale, un trouble du comportement qui reste très rare

Manon Aublanc
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Sur le front des incendies de Gironde, en juillet 2022.
Sur le front des incendies de Gironde, en juillet 2022. — SDIS33/AP/SIPA
  • Ces dernières semaines, les incendies se multiplient un peu partout en France. Certains sont dus au climat, quand d’autres sont d’origine humaine.
  • Parmi ces derniers, la plupart sont déclenchés involontairement. Mais quelques-uns sont l’œuvre de pyromane.
  • S’il reste rare, ce trouble du comportement se manifeste par plusieurs critères bien précis. « 20 Minutes » fait le point sur le profil des pyromanes.

EDIT du 16 août 2022 : Depuis le début de l'été, 26 individus ont été interpellés sur en France pour des faits de pyromanie, selon le ministère de l'Intérieur. Quatre d'entre eux ont reçu une condamnation et six ont été placés en détention provisoire, selon Le Figaro. Les unités de gendarmerie ont été fortement mobilisées pour prévenir le départ de nouveaux incendies et que 320 gendarmes départementaux étaient déployés ce week-end, 20 Minutes vous propose à la relecture cet article détaillant le profil des pyromanes.

L’incendie dans les Monts d’Arrée (Finistère) la semaine dernière, celui à La Hague (Manche) ce week-end, le feu à Landiras (Gironde) qui sévit depuis le 12 juillet ou encore celui à Sernhac (Gard) au début du mois… Leur point commun ? Ce sont tous des incendies déclenchés volontairement.

Si les incendies sont quasiment tous d’origine humaine – dans neuf cas sur dix –, mais involontaires, 10 % des 300.000 incendies qui surviennent chaque année résultent d’un acte volontaire, selon l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN). Et dans certains cas, les auteurs ont un trouble bien connu, celui de la pyromanie.

Des critères très précis

« Les pyromanes ne sont pas des malades mentaux, ils ont un trouble de la personnalité », explique Mickaël Morlet-Rivelli, expert judiciaire en psychologie à la cour d’appel de Reims et doctorant en psychologie à l’université de Caen Normandie et au centre international de criminologie comparée de Montréal, qui rappelle qu’il faut le distinguer de l’incendiaire. Ce dernier « est quelqu’un qui allume délibérément un incendie par vandalisme, par intimidation, par vengeance, par terrorisme, pour détruire des preuves ou encore pour des fraudes à l’assurance », ajoute le chercheur.

Mais alors comment reconnaît-on un pyromane ? Selon le manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders – DSM), « la caractéristique essentielle de la pyromanie est le fait de mettre plusieurs fois le feu de manière délibérée et réfléchie ». L’ouvrage, la bible mondiale des troubles mentaux, a répertorié d’autres critères à la pyromanie. « Les pyromanes ont une tension ou une excitation émotionnelle avant le passage à l’acte, une fascination pour le feu, une gratification et un soulagement en l’allumant et en le contemplant », poursuit le psychologue. Et ce n’est pas tout. Les pyromanes n’allument pas d’incendie dans un but précis – commercial, idéologique, politique, criminel – et leur acte ne peut pas être expliqué par un autre trouble, précise Mickaël Morlet-Rivelli.

En 1840, déjà, lors de la création de la notion, les psychiatres l’avaient défini comme un trouble du comportement. « Il y a eu un processus de pathologisation. A l’époque, les psychiatres se sont intéressés aux délires sur des objets uniques, comme la pyromanie, mais aussi la cleptomanie. Ils ont qualifié ça de folie partielle », décrypte Laurence Guignard, professeure d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC).

« Un acte cathartique »

Mais que recherchent les pyromanes ? Selon Marjorie Sueur, psychologue clinicienne, experte auprès de la cour d’appel d’Aix en Provence et consultante en criminologie, il s’agit d’un moyen d’expression. « Ils ont une tension émotionnelle, nerveuse, qu’il va falloir qu’ils expriment. Il y a le plaisir d’allumer un incendie et le soulagement d’avoir mis un terme à la tension », analyse-t-elle. « C’est une régulation psychique, presque un acte cathartique », ajoute Mickaël Morlet Rivelli. Et pour certains pyromanes, ce plaisir revêt aussi une dimension ou une excitation sexuelle, poursuit Marjorie Sueur.

Mais l’une des caractéristiques du pyromane, c’est de revenir sur les lieux de l’incendie, notamment pour porter secours aux éventuelles victimes. « Il y a presque une double jouissance, le plaisir de voir son œuvre – l’incendie – et celui d’aider », décrypte la psychologue clinicienne, qui liste les différents éléments déclencheurs : « Ils ont besoin d’attirer l’attention, de passer pour un sauveur, de transgresser la loi, de se penser au-dessus, ils ont un sentiment toute puissance ». Et dans certains cas, les profils sont plus étonnants que d’autres, notamment les – très rares – cas de pompiers pyromanes. « Ils vont créer l’incendie et l’éteindre, ils ont une maîtrise complète dessus », complète-t-elle.

Pas plus tard qu’hier, un homme – pompier volontaire de l’Hérault – a été interpellé. Il est suspecté d’être à l’origine de plusieurs départs de feu dans le département depuis plusieurs semaines, a indiqué le parquet de Montpellier qui a ouvert une enquête sur les causes de l’incendie.

Une pathologie très rare

Néamoins, la pyromanie reste une pathologie très rare, ajoute Mickaël Morlet-Rivelli, qui cite l’une des rares études sur le sujet, mené par Carlos Blanco, publié en 2010 dans The Journal of Clinical Psychiatry. On estime à 1 % la prévalence de pyromanes dans la population générale. Si le risque de récidive est important, la pyromanie peut se soigner, notamment par les thérapies cognitivo-comportementales. « On va apprendre au pyromane à modifier son comportement déviant par un comportement adapté à la société », explique Marjorie Sueur.

A quelques exceptions près, malgré l’aspect pathologique de leur comportement, la grande majorité des pyromanes sont déclarés pénalement responsables de leurs actes. Depuis 2004, les incendies volontaires de forêts ou bois sont punis jusqu’à quinze ans de prison – une peine qui peut aller jusqu’à la perpétuité si l’incendie entraîne des décès –, et de 150 à 200.000 euros d’amende.

La semaine dernière, le tribunal de Valence a condamné un pyromane de 18 ans à une peine de deux ans de prison, dont 18 mois avec sursis et mise à l’épreuve, et obligation de soins pour avoir déclenché trois départs de feux volontaires en quinze jours.