Les préfets ne veulent pas du tour de France cycliste naturiste

RHABILLEZ VOUS La « World naked bike ride », course revendicative à vélo en mode naturiste, voit son nombre d’étapes réduit à peau de chagrin au fur et à mesure que les arrêtés préfectoraux d’interdiction tombent

Mikaël Libert
Les participants à la « World naked bike ride » France 2022 lors de l'étape lyonnaise.
Les participants à la « World naked bike ride » France 2022 lors de l'étape lyonnaise. — WNBR
  • La « World naked bike ride », course revendicative naturiste à vélo, se tient en ce moment en France.
  • Les préfets de sept départements ont pris des arrêtés interdisant le passage de cette manifestation sur leurs territoires.
  • A la volonté de liberté d’expression des organisateurs, les représentants de l’Etat opposent l’exhibition sexuelle et les troubles à l’ordre public.

Qui veut pédaler loin enfile au moins un string de bain. Si le Tour de France est accueilli en grande pompe dans tous les territoires qu’il traverse, il n’en est pas de même pour la « World naked bike ride ». Organisé en France par le Mouvement naturiste, ce road trip tout nu à vélo se décrit comme une façon « originale et festive » de manifester pour le climat, la biodiversité, les libertés et la paix. Sauf qu’il n’est pas du goût de certains préfets de voir se balader des cyclistes en tenue d’Adam et Eve dans leurs départements. Ainsi, de nombreuses étapes ont été interdites par arrêtés préfectoraux, le dernier en date concernant l’étape entre Tournai, en Belgique, et Lille, dans le Nord.

L’édition 2022 de la « World naked bike ride » (WNBR) devait comporter 16 étapes, avec un départ de Rennes, le 14 juillet, et une arrivée à Paris le 4 août. Mais la vingtaine de participants inscrits pour faire toute la course, sans compter les sympathisants (jusqu’à 200) qui se greffent au cours du parcours, a dû composer avec la raideur des représentants de l’Etat. Les trois premières étapes ont ainsi été interdites par les préfets d’Ille-et-Vilaine, de Loire-Atlantique et de Charente-Maritime.

Liberté d’expression contre exhibition sexuelle

Dans les déclarations de manifestations transmises aux autorités par les organisateurs, c’est toujours la même phrase qui fait bugger les préfets : « Venez aussi nu que vous osez. » Une phrase qui implique forcément que des participants seront aussi habillés que des vers. Et contre cela, les préfets brandissent systématiquement l’article 222-32 du Code pénal qui punit d’un an de prison et de 15.000 euros d’amende « l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible au regard du public ».

Certes, les arrêtés préfectoraux font état de plusieurs jurisprudences, notamment de la Cour européenne des Droits de l’Homme et de la Cour de cassation, qui reconnaissent en la nudité une forme de liberté d’expression. Mais contre cela, les préfets dégainent l’argument des « troubles à l’ordre public susceptibles d’intervenir » pour justifier leurs interdictions de manifester, du moins de manifester tout nu.

A ce jour, une dizaine d’arrêtés préfectoraux d’interdiction ont été pris, le dernier concernant l'étape 13, qui devait partir de Belgique pour arriver à Lille, samedi. A chaque fois, les autorités ont proposé aux organisateurs de trouver une solution pour éviter l’interdiction. Autrement dit, s’habiller a minima pour cacher leurs parties intimes. Selon le préfet du Nord, l’organisateur a refusé cette proposition, arguant que cela était « contre le principe même de la "World naked bike ride" ». Forcément, comment revendiquer le naturisme dès lors que l’on est habillé ?