Incendies en Gironde : Non, la suspension des pompiers non-vaccinés n’a pas de conséquence sur la gestion des feux

FAKE OFF Depuis septembre dernier, les pompiers non vaccinés ne peuvent plus exercer leurs fonctions. Mais cela-t-il un impact sur la gestion actuelle des feux en Gironde ?

Lina Fourneau
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Manque-t-il des pompiers dans les effectifs ?
Manque-t-il des pompiers dans les effectifs ? — /AP/SIPA
  • Depuis la survenue des incendies en Gironde, des internautes demandent la levée de l’interdiction d’exercer pour les pompiers non vaccinés contre le Covid-19.
  • Selon eux, il est injustifiable de ne pas laisser les 5.200 pompiers suspendus réintégrer leurs rangs.
  • Mais ce n’est pas le problème principal actuellement, assure-t-on chez les pompiers de Gironde.

« Réintégrez les pompiers suspendus ». Depuis le début des incendies en Gironde il y a plus d’une semaine, un cri de colère se fait entendre sur les réseaux sociaux. En cause : l’interdiction pour les pompiers non-vaccinés contre le Covid-19 de pouvoir exercer. En tout, ils seraient 5.000 pompiers volontaires et 200 pompiers professionnels… de quoi peser dans les effectifs, qui comptaient 251.900 sapeurs-pompiers en décembre 2020 [dont 41.800 sapeurs-pompiers professionnels et 197.100 sapeurs-pompiers volontaires].

« On manque de pompiers pour s’occuper des grands feux de forêt en cours. Et pendant ce temps, 5.000 d’entre eux sont toujours interdits de travailler, suspendus car non injectés ! Réintégrez les pompiers, et tous les suspendus, vite », a notamment interpellé le président des Patriotes Florian Philippot sur Twitter le 16 juillet. Mais d’où viennent ces chiffres, et sont-ils justifiables ? Peut-on réellement dire que la suspension des pompiers non-vaccinés a eu une incidence sur la gestion des feux en Gironde ?

FAKE OFF

« C’est un sujet de niche », répond d’emblée le Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de Gironde, contacté par 20 Minutes. Lors des récents incendies, le service départemental ne note pas de manque dans ses effectifs, et encore moins à cause de la suspension des pompiers non vaccinés. « C’est une donnée vraiment à la marge », souligne le SDIS. Les chiffres de 5.000 pompiers volontaires et de 200 pompiers professionnels semblent pourtant importants. Seulement voilà, au SDIS de la Gironde, on assure ne pas pouvoir quantifier le nombre de suspensions. « Nous n’avons aucune certitude sur cette statistique », maintient notre interlocuteur.

Ces nombres ne viennent pas de nulle part. Il faut remonter au mois d’octobre 2021 pour trouver les premières traces de ces données. Elles provenaient alors du syndicat CGT des SDIS, qui tablait à cette période sur la suspension de 140 sapeurs pompiers professionnels et 5.000 pompiers volontaires. Du côté de la CGT des SDIS, on assure que depuis, ces statistiques ont bien vieilli. D’autant que depuis le début de l’année, le ministère de l'Intérieur ne publie plus de décompte mettant à jour le nombre d’agents suspendus. « Nous avons seulement eu l’information qu’il y avait une tendance à la baisse », nous informe Sébastien Delavoux, membre de la CGT.

Pas seulement des suspensions

Au-delà de l’évolution possible de ces chiffres ces derniers mois, il faut surtout l’analyser avec précaution. Le nombre d’absents dans les rangs des pompiers est en effet très difficile à quantifier à cause de la diversité de leurs profils. « Pour les sapeurs-pompiers professionnels, être suspendu, c’est avoir un arrêté administratif. Mais il y a peut-être des personnes non vaccinées qui sont seulement en arrêt maladie. Enfin, il y a des sapeurs-pompiers qui sont en disponibilité, mais qui exercent une autre activité ou en détachement qui n’ont pas à justifier leur activité », explique Sébastien Delavoux. Le nombre ne doit donc pas être surinterprété. « Ça serait un raccourci », affirme la CGT.

Du matériel manquant

Si notre interlocuteur admet qu’il y a bien un problème d’effectif dans les rangs des pompiers, il assure que ce n’est pas seulement la conséquence de cette suspension récente. « Nos besoins d’effectifs sont beaucoup plus importants que cela. Nous avions déjà vu le problème lors des incendies de 2017 », se souvient le membre de la CGT. Et selon lui, les limites vont en réalité bien plus loin qu’un seul problème d’effectif. Le matériel, notamment, manquerait à l’appel. « Entre 2006 et 2020, le nombre d’engins spécialisés a largement diminué », note Sébastien Delavoux. S’ajoute le nombre d’incendies grandissant en raison du réchauffement climatique, ainsi que la disponibilité de plus en plus limitée des pompiers volontaires. « Le système est en surchauffe », regrette la CGT.

Toutefois, depuis l’instauration de la vaccination obligatoire pour les pompiers et encore aujourd’hui, la CGT se dit favorable à la levée de cette interdiction gouvernementale. Mais Sébastien Delavoux le sait : la réintégration des pompiers suspendus depuis plusieurs mois n’agira pas comme une recette miracle et d’autres solutions seront à trouver pour réduire les multiples carences.