Lyon : Dans les piscines, la gestion délicate des ados perturbateurs

NAGE LIBRE Très fréquentées en période de canicule et de vacances scolaires, les piscines de Lyon et de la métropole sont parfois débordées par les incivilités de jeunes usagers. Quand le règlement ne suffit plus, d’autres mesures se mettent en place

Jennifer Lesieur
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La piscine du Rhône, à Lyon, interdit son accès aux moins de 12 ans non accompagnés.
La piscine du Rhône, à Lyon, interdit son accès aux moins de 12 ans non accompagnés. — C. Girardon / 20 Minutes
  • Les piscines lyonnaises accusent un pic de fréquentation estival qui fait le bonheur des jeunes… mais pas toujours celui d’usagers plus âgés en quête de tranquillité.
  • Dans les bassins municipaux de Lyon, la délinquance juvénile fait l’objet d’attentions particulières depuis le début des années 2000.
  • En métropole lyonnaise, où les mesures peuvent varier d’une piscine à l’autre, le dialogue reste difficile, mais préférable à l’intervention des forces de l’ordre.

A la piscine, il n’y a pas que l’eau qui déborde. Le 7 juillet, la piscine de Caluire-et-Cuire ( Rhône) décidait d’interdire son accès aux usagers de moins de 16 ans non accompagnés d’un adulte. Face aux jeux bruyants des enfants et des adolescents, la direction voulait assurer plus de calme à sa clientèle. Tandis que les vacances d’été et la canicule poussent les foules vers les bassins, les responsables des piscines s’adaptent comme ils peuvent pour garantir la sécurité et la tranquillité de ses usagers.

Dans toutes les piscines municipales lyonnaises, le règlement est le même. Mais Pierre Cianfarani, responsable de la piscine de La Duchère, dans le 9e arrondissement, précise que « la direction ne prend vraiment en compte la délinquance d’été dans les piscines que depuis les années 2000, où il y a eu une reprise en main ». Dans certains sites comme Mermoz, dans le 8e, ou La Duchère, « on a eu besoin de forces de police à l’intérieur des bassins », reconnaît-il.

Chaque lundi, les responsables des sites se réunissent avec leur direction pour des « cellules de vigilance ». « On y passe en revue la semaine écoulée, dont les incidents », explique Pierre Cianfarani. « En cas de problème avec un ado, on peut l’exclure pour un ou plusieurs jours, selon la gestion de bon père de famille du responsable du site. Quand c’est plus grave, on peut l’exclure définitivement, mais ça ne se fait que par arrêté municipal », explique-t-il.

Comment filtrer les catégories d’usagers

Les mardis, une autre cellule réunit les acteurs de la ville, la police, les animateurs de quartier, et les agents de sécurité omniprésents dans les piscines municipales lyonnaises, « sauf à celle de Vaise, où ce n’est pas nécessaire car elle est ouverte de 7 heures à 14 heures », précise Pierre Cianfarani. Enfants et adolescents privilégient l’après-midi. « On demande juste à ce que les enfants de moins de 12 ans soient accompagnés d’un parent, ou d’un adulte référent. Après 12 ans, on peut venir seul, mais il faut se conformer au règlement : la tenue de bain, et la police des plages », ajoute-t-il.

Autre filtre à usagers indélicats : l’obligation, depuis le Covid-19, de réserver son entrée et son créneau en ligne. « Ça a fait baisser la fréquentation, car des jeunes comme ceux de La Duchère ne veulent pas donner leur identité », remarque Pierre Cianfarani, qui rappelle les récents vandalismes au plan d’eau d’Anse (Rhône). « Une partie des jeunes s’est déroutée sur cette zone, mais pas dans un bon esprit », regrette-t-il.

La pédagogie précède les exclusions

En métropole, les mesures peuvent différer en fonction des sites. A la piscine des Minguettes Auguste-Delaune (Vénissieux), « on a des ados qui sont parfois pénibles », reconnaît Christian Beslin, son directeur. « Ce n’est pas évident tous les jours, mais on essaie de les gérer avec les équipes, que ce soit le personnel titulaire et le personnel de sécurité. C’est beaucoup de dialogue, de pédagogie. »

Quand Christian Beslin a pris son poste, il y a une dizaine d’années, l’âge minimum pour venir seul à la piscine était de 9 ans. Il a été repoussé à 12 ans. « Plus on a d’adultes au bord du bassin, plus c’est calme », reconnaît-il. « Après, c’est une piscine de quartier ici, et les gens se connaissent, donc si un enfant fait une bêtise, le parent peut être vite prévenu. » Les exclusions ne font pas peur aux jeunes fautifs, qui n’hésitent pas à revenir le lendemain comme si de rien n’était. Le personnel, doté d’une bonne mémoire photographique, peut leur interdire l’entrée. « Mais en août, tout mon personnel va changer, donc ils retenteront le coup ! », avance le directeur résigné.

Des enfants difficiles à raisonner

En cas de violences, les agents de sécurité eux-mêmes peuvent être pris à partie. « On a du mal à en trouver pour travailler en piscine, car ils sont confrontés à une délinquance juvénile, alors qu’ils ont l’habitude de gérer des adultes, constate Christian Beslin. Ils ne sont pas habitués à se faire insulter par des gamins de 9 ans, qui savent que presque rien ne peut leur arriver. »

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Les bagarres, fréquentes, partent d’un rien, d’une éclaboussure. « Même avec dix agents de sécurité, la piscine, parfois, ça tient à un fil », résume Christian Beslin. « Mais les jeunes savent aussi qu’on peut fermer, et là, ils n’auront plus rien. C’est ce qu’on essaie de leur faire comprendre : vous ne partez pas en vacances, vous avez une piscine, alors respectez-la ! Et ça, ils ont du mal à l’intégrer. »