Alpes-Maritimes : Omar, l’homme tué par balle lors d’une course-poursuite, vivait en France depuis 13 ans

TEMOIGNAGE Le 15 juin, Omar, un Egyptien de 35 ans, a été tué par balle lors d’une course-poursuite avec la police aux frontières entre Nice et Sospel. Interrogés par Mediapart, ses proches racontent ce qu’ils ont vécu lors de ce trajet mais aussi la vie que menait depuis treize ans la victime

Elise Martin
— 
Le quartier des Moulins à Nice, où la course-poursuite s'est arrêtée (Illustration)
Le quartier des Moulins à Nice, où la course-poursuite s'est arrêtée (Illustration) — Syspeo / Sipa
  • Le 15 juin dernier, Omar est décédé après avoir été touché à la tête par un tir d’un agent de la police aux frontières lors d’une course-poursuite depuis Sospel jusqu’à Nice.
  • Il était l’un des cinq passagers clandestins d’une camionnette frigorifique partie d’Italie pour traverser la frontière.
  • Les proches de la victime ont raconté à Mediapart ce qu’il s’est passé ce soir-là mais aussi qui était cet homme de 35 ans, qui vivait et travaillait en France depuis treize ans.

Dans la nuit du 14 au 15 juin dernier, Omar était dans une camionnette frigorifique qui partait d’Italie pour rejoindre la France. Quelques minutes après le départ, le véhicule est poursuivi par la police, d’abord italienne, puis celle aux frontières française. Lors de cette course-poursuite, un policier a utilisé son arme en direction du véhicule qui « aurait accéléré en direction de la police ». Une des balles a atteint la tête de cet Egyptien de 35 ans, parti en Italie pour obtenir un titre de séjour. Il est décédé quelques heures plus tard à l’hôpital de Nice.

Mediapart a rencontré plusieurs de ses proches. D’après ses colocataires, l’homme de 35 ans avait entrepris ce voyage en Italie parce qu’il « savait qu’il serait impossible de prouver son existence [en France] sur treize ans. Mais surtout, il savait qu’il était impossible d’avoir un simple rendez-vous en préfecture. […] Il voulait pouvoir faire des allers-retours librement. » Et retourner voir ses proches en Egypte.

Une course-poursuite « quinze minutes » après le départ

Ce jour-là, sans train pour la France et devant retourner travailler sur des chantiers, Omar et Momein se font approcher par un rabatteur qui propose de les aider à traverser contre 250 euros. En tout, cinq passagers clandestins sont dans la partie frigorifique du véhicule avec trois passeurs à l’avant.

Momein raconte à Mediapart que seulement quinze minutes après leur départ, la course-poursuite a commencé avec la police italienne. « On demandait aux passeurs de s’arrêter mais ils accéléraient », explique-t-il. « On frappait sur la paroi de séparation en hurlant que l’un de nous était blessé à la tête, mais ils continuaient à accélérer. […] On a tous cru qu’on allait mourir », continue l’ami de la victime, relaté par Mediapart. Arrivés dans le quartier des Moulins, à Nice, les passeurs s’enfuient et les passagers clandestins sont interpellés par la police.

Ce n’était pas un « migrant »

Mediapart a également rencontré les colocataires d’Omar, qui vivait à Sarcelles depuis quatre ans. Ils veulent alors que « le monde entier sache qu’il n’était pas un « migrant ». Il vivait en France, il n’avait jamais eu d’ennuis avec la police. Il ne méritait pas de mourir ainsi ».

Deux enquêtes ont été ouvertes. Une, confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) des « d’homicide volontaire » concernant la victime du tir policier. Une autre des chefs d'« aide à l’entrée et à la circulation en France d’étrangers en situation irrégulière dans des conditions incompatibles avec la dignité humaine », « refus d’obtempérer aggravé par la mise en danger d’autrui » et « tentative d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique », confiée à un juge d’instruction.