Affaire Eric Coquerel : Le point sur les accusations de harcèlement sexuel qui visent le député LFI

TEMOIGNAGES Le député LFI, élu jeudi à la tête de la commission des finances de l’Assemblée nationale, est mis en cause depuis plusieurs jours pour des soupçons de comportements inappropriés avec les femmes. Une plainte a été déposée

M.P. avec AFP
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Eric Coquerel, photographié le 29 juin 2022, à Paris.
Eric Coquerel, photographié le 29 juin 2022, à Paris. — Jacques Witt/SIPA
  • Sophie Tissier a dénoncé publiquement dimanche un comportement « offensant, harcelant » envers elle du député insoumis Eric Coquerel, élu cette semaine président de la commission des finances de l’Assemblée. La militante de gauche a saisi les instances de LFI, après des « gestes déplacés » lors d’une soirée qui remonte à 2014, et a porté plainte lundi matin pour « harcèlement sexuel ».
  • De son côté, le député LFI a dénoncé dans une tribune au Journal du Dimanche des « rumeurs infondées » concernant son comportement envers les femmes.
  • Le comité contre les violences sexuelles de La France insoumise a, lui, défendu Eric Coquerel, assurant n’avoir jamais reçu de signalement à son sujet. 20 Minutes fait le point sur la polémique.

« Le mouvement envisage maintenant de porter plainte contre tous les gens qui se répandent en calomnies (…) sur les réseaux sociaux. » C’est en ces termes que le député LFI Eric Coquerel​, a rejeté dimanche les soupçons de comportement inapproprié avec les femmes le visant. Depuis jeudi, le fraîchement élu président de la commission des finances nie en bloc, alors que, dimanche, Sophie Tissier  a annoncé avoir déposé une « préplainte » et envisagé une plainte. La militante de gauche dénonce un comportement « offensant, harcelant », « des gestes déplacés, des mains baladeuses ». 20 Minutes revient sur « l’affaire Coquerel », alors que la députée EELV (Nupes) Sandrine Rousseau a assuré à BFMTV avoir personnellement enquêté : « On ne sait pas du tout l’ampleur, ni sur quoi est fondée cette rumeur, ce n’est pas faute d’avoir cherché, j’ai vraiment essayé (…) de trouver, car moi aussi, on m’a rapporté cette rumeur. »

Qui est Eric Coquerel ?

Eric Coquerel, né le 30 décembre 1958 à Courbevoie, est député LFI de Seine-Saint-Denis. Elu jeudi dernier au poste clé de  président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, il est présenté comme un défenseur des quartiers populaires, et l’un des promoteurs auprès de Jean-Luc Mélenchon de la lutte contre l’islamophobie. Même s’il assure en souriant qu’il a eu « 16/20 au bac sur le tournant de la rigueur de Mauroy », Eric Coquerel ne pouvait se prévaloir d’un pedigree aussi convaincant sur l’économie que l’ancienne cheffe des députés PS Valérie Rabault.


Pourtant, celle qui était la voisine d’Eric Coquerel en commission lors de la précédente législature témoigne : « Il était très présent, très assidu, ce n’est pas le cas de tout le monde. C’est quelqu’un qui a bossé ses dossiers. » Par sa disponibilité auprès des journalistes, il s’est imposé depuis une dizaine d’années comme l’un des mélenchonistes les plus médiatiques. Mais il est aussi omniprésent dans les manifestations, les piquets de grève, les luttes étudiantes ou dans les quartiers.

Que lui est-il reproché ?

Ce dimanche, la militante de gauche Sophie Tissier a dénoncé publiquement un comportement « offensant, harcelant » envers elle de la part du député Eric Coquerel. Cette ancienne figure des « gilets jaunes » a annoncé avoir déposé une « préplainte » et envisagé de porter plainte. Invitée de BFMTV le soir même, Sophie Tissier a décrit « des gestes déplacés, des mains baladeuses », lors d’une soirée organisée par le parti en 2014, évoquant « un regard salace, gluant », et lors de la soirée dansante « une drague lourdingue », un comportement « outrancier, offensant, harcelant » de la part du député.


Selon la militante, Eric Coquerel lui aurait également adressé des textos lui proposant de l’emmener à son hôtel. « Ce n’était pas une agression physique, dans le sens où il n’y a pas eu de violence physique, a-t-elle jugé, mais le harcèlement, c’était quand même traumatisant ». Sophie Tissier a également fait savoir en avoir parlé ouvertement dans le parti, notamment à l’eurodéputée LFI Leila Chaibi et l’attachée de presse Juliette Prados.

La militante de gauche a porté plainte ce lundi matin pour « harcèlement sexuel », selon des documents consultés par l’AFP. Cette plainte, révélée par Europe 1 et dont l’AFP a pu confirmer le dépôt au commissariat de Vanves (Hauts-de-Seine), dénonce des faits « pouvant s’apparenter à une agression sexuelle » datant du 23 août 2014 à Grenoble.

Quelle est l’origine de ces accusations ?

Invitée jeudi soir sur RTL, Rokhaya Diallo a évoqué, sans plus de précisions, des « sources au sein de LFI » mettant en cause le comportement d’Eric Coquerel. Alors qu’elle réagissait à la nomination du député à la tête de la commission des finances, l’auteure et militante, qui a assuré avoir « conscience que ce sont des accusations », a fait part de son « étonnement » et a évoqué la question « assez sensible » de témoignages concernant « la personnalité » du député : « J’ai plusieurs sources au sein de LFI, j’ai entendu plusieurs fois des femmes qui m’ont parlé du comportement qu’il aurait avec les femmes. »


En décembre 2018, le magazine Causette avait déjà publié dans un article intitulé « La France insoumise les préfère soumises ? ». Dans cette enquête au long cours, se penchant sur le sexisme ambiant à LFI, la journaliste, citant deux témoignages anonymes (dont celui de Sophie Tissier), avait assuré qu’un « responsable, aujourd’hui député LFI » était accusé de « dérapages connus et courants » par plusieurs jeunes militantes de l’époque.

Que disent LFI et Eric Coquerel ?

Interrogé par BFMTV, Eric Coquerel a contesté tout comportement déplacé envers les femmes, évoqué un « flirt » et amorcé une contre-offensive. « Je vais regarder le dossier, je vais voir. Je n’exclus pas de porter plainte pour diffamation (…) Même une cause juste comme #MeToo peut être instrumentalisée », a expliqué le député, estimant à propos de son accusatrice qu’ils allaient « faire pschitt ». Eric Coquerel a également défendu son innocence dans une  tribune publiée dans le Journal du Dimanche, assurant n’avoir « jamais exercé une violence ou une contrainte physique ou psychique pour obtenir un rapport, ce qui caractérise la porte d’entrée d’un comportement délictuel dans le domaine des violences sexistes et sexuelles ».


De son côté et sur son blog, le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, a apporté son soutien au député, dénonçant une « infâme opération de calomnies », et disant son « écœurement » face à « cette vile bassesse ». Il a estimé que les accusations étaient « opportunément relayée[s] sans retenue, ni enquête, ni vérifications d’aucune sorte » et avaient « permis de « faire parler d’autre chose », s’en prenant notamment à un journaliste de BFMTV. Il a jugé « urgent de débarrasser » la lutte contre les violences sexistes et sexuelles « des personnes qui en ont fait un moyen d’instrumentalisation de leurs rancœurs politiques contre LFI ».


Quelles suites donner à ces accusations ?

Sophie Tissier, 43 ans, a donc porté plainte ce lundi matin pour « harcèlement sexuel » contre le député LFI pour « faire avancer la cause des femmes, notre place dans la société et surtout en politique », estimant que le dépôt de plainte était l’unique moyen d’être prise en compte « sérieusement ». La militante a assuré avoir été « méprisée » par le parti La France insoumise « depuis des années » et regrette des « conséquences terribles » sur sa vie et son parcours de militante depuis les « agissements » datant de 2014.

Sophie Tissier a effectué un signalement au comité de suivi des violences sexuelles de LFI, chargé de recevoir les alertes concernant des membres du mouvement, d’éventuellement enquêter. « Je viens de saisir le comité violences sexistes sexuelles (CVSS) de la FI, afin d’entériner mon témoignage attestant des comportements inacceptables d’Eric Coquerel. C’est une forme d’agression qui doit être dénoncée car cela entre dans le continuum des violences envers les femmes », a tweeté la militante.

A noter que le comité avait assuré, jeudi, n’avoir jamais reçu de signalement au sujet d’Eric Coquerel. « Plusieurs rédactions ont mené des enquêtes journalistiques, a rappelé dimanche le proche de Jean-Luc Mélenchon. Rien n’est jamais sorti faute d’avoir trouvé un témoignage pouvant s’apparenter à un comportement délictuel, a fortiori criminel. » De son côté, Danièle Obono a confirmé que le comité de suivi du mouvement était « saisi » et qu’il allait « voir quelles sont les caractéristiques qui sont dans ce signalement ». Et la députée LFI de préciser à BFMTV : « Il est important qu’on sache exactement de quoi il s’agit. »