Grippe aviaire : Avec une production réduite de moitié, il n'y aura pas de foie gras sur toutes les tables à Noël

EPIZOOTIE Après l'épidémie de grippe aviaire qui a touché de nombreux élevages de canards en France au cours des derniers mois, les responsables de la filière s'attendent à une baisse de près de la moitié de la production de foie gras d'ici à la fin de l'année

Béatrice Colin
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Une tranche de foie gras français.
Une tranche de foie gras français. — Vincent Damourette - Sipa
  • Touchée par une épidémie de grippe aviaire importante, la filière connaît une situation « dramatique » après avoir enregistré au cours des derniers mois l’abattage de 16 millions de palmipèdes et volailles.
  • Les éleveurs de canards estiment que la production de canetons dédiés au foie gras sera moitié moindre cette année, avec des conséquences pour les fêtes de fin d’année.
  • Si aucun foyer d’influenza aviaire n’a été détecté depuis plus d’un mois, la production met du temps à reprendre et ne pourra revenir à son rythme normal qu’au cours de l’année prochaine selon les acteurs de la filière foie gras.

Depuis plusieurs semaines, aucun cas de grippe aviaire n’a été détecté dans des fermes sur le territoire français. Mais la dernière vague d’épizootie a mis à mal de nombreux élevages au cours des derniers mois, près de 16 millions de palmipèdes et volailles ayant dû être abattus depuis la découverte du premier foyer en novembre 2021 dans le Nord. Des fermes y ont laissé des plumes et les conséquences se font aussi sentir dans les rayons des supermarchés, ceux proposant des cuisses ou des magrets de canards sont souvent moins bien approvisionnés.

Si les élevages reprennent progressivement, la situation va mettre encore une bonne année à se rétablir, si aucune nouvelle crise ne refait surface. « Mais il faut être honnête, il n’y aura pas de foie gras pour tout le monde à Noël. L’an dernier, nous avons produit 28 millions de canards et nous avions baissé les stocks dans nos entreprises. Nous avons débuté l’année avec des niveaux de stock extrêmement bas et nous allons avoir une production réduite de moitié à périmètre identique », relève Eric Dumas, le président du Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog) qui rassemble tous les acteurs de la filière.

Manque de canetons et de stocks

Réunis en fin de semaine dernière en assemblée générale, ils ont dressé un bilan peu encourageant de la situation dans leurs élevages. La situation est même « dramatique » selon leur représentant. Car après avoir essuyé quatre crises d’épizootie successives dans le Sud-Ouest, cette année, les autres bassins de production du Pays-de-la-Loire, du Périgord et du Quercy ont aussi été touchés.

En amont, l’arrêt de la production a aussi touché les accouveurs, ces spécialistes qui transforment les œufs en poussins et fournissent les éleveurs. Il manque donc des canetons mais aussi des grands parentaux, qui servent à faire des petits canards, et des parentaux, qui servent à faire des canetons.

« Non seulement nous avons été obligés de faire un abattage massif pour éviter que ce virus s’installe dans le temps sur le territoire mais, en même temps, nous avons eu nos reproducteurs pour les futurs canetons qui ont aussi été détruits. Il va falloir pratiquement un an pour retrouver les parentaux qui vont produire un caneton et un caneton qui va produire un foie gras et un magret », expose Eric Dumas.

Pour essayer d’endiguer le phénomène, les aviculteurs ont décidé d’exploiter aussi les canettes. Habituellement, le foie gras est produit à partir de canard mulard mâle, les foies des femelles étant plus petits et plus veineux. Mais depuis quelques années, en sélectionnant les souches, leur qualité s’est améliorée. Et face à la situation de crise, sur les 19 à 20 millions de canetons qui seront produits cette année par la filière, 6 millions seront des femelles.

Il y aura donc moins de canards et de foie gras dans les prochains mois sur les tables des particuliers et des restaurants. Comme tout ce qui est rare, le prix en sera certainement plus élevé. « L’inflation que l’on vit est due à l’influenza. Mais pas que. Il y a le contexte ukrainien qui fait que l’ensemble du prix des énergies augmente. Mais aussi la partie céréale et alimentation avec une hausse des prix de 35 à 50 % », souligne Eric Dumas. Mais les autres pays européens sont aussi touchés par les mêmes maux et désormais leurs prix avoisinent ceux des producteurs français. Leur concurrence, notamment sur les magrets ou confits, est donc moins perceptible. L’objectif de la filière est de fournir en priorité le marché français et tenter de revenir à une production à un bon niveau pour ne pas finir le bec dans l’eau.