Guerre en Ukraine : Quel bilan pour les élèves ukrainiens scolarisés en France en cette fin d’année ?

EDUCATION A la veille des vacances d’été, c’est l’heure de faire un point sur les conditions de scolarité des élèves ukrainiens qui sont accueillis dans nos établissements

Delphine Bancaud
Fin juin 2022, 18.832 élèves ukrainiens étaient scolarisés en France.
Fin juin 2022, 18.832 élèves ukrainiens étaient scolarisés en France. — Canva
  • Depuis le 24 février 2022, 18.832 élèves ukrainiens sont arrivés dans les établissements scolaires français.
  • Ils sont inscrits dans des classes ordinaires. Mais certains bénéficient aussi d’un enseignement renforcé en français, dans une unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A).
  • La rentrée prochaine signera encore une autre étape pour ces élèves qui ne sont pas prêts à rentrer dans leur pays. Et d’autres vont être accueillis en France.

Ce vendredi soir, ils seront en vacances comme tous les autres élèves de France. Mais les élèves ukrainiens ne les accueilleront avec le même enthousiasme que leurs camarades français. Rares seront ceux qui partiront, et pour ceux qui auront cette chance, difficile de laisser place à l’insouciance lorsque son pays est en guerre.

Quoi qu’il en soit, ils pourront se féliciter du parcours qu’ils ont déjà accompli dans notre pays. Car depuis le 24 février 2022, 18.832 élèves ukrainiens sont arrivés dans les établissements français : 19 % en maternelle, 39 % en élémentaire, 32 % en collège et 10 % en lycée, selon les données du ministère récoltées par 20 Minutes. Ce sont dans les académies de Nice, Versailles, Grenoble, Normandie, Strasbourg et Lyon que le nombre d’enfants accueillis est le plus important. Impossible de faire un tableau uniforme de leurs derniers mois en France, « car il existe une grande variabilité de situations. On est davantage dans le sur-mesure que dans le menu unique », constate Remy Sirvent, secrétaire national du SE Unsa.

Des conditions de scolarisation différente, d’une ville à l’autre

Certains élèves ukrainiens sont inscrits dans une unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A). Un dispositif qui permet d’être rattaché à une classe ordinaire pour suivre toutes les matières, tout en bénéficiant d’un enseignement renforcé en français. Hélas, tous n’en profitent pas : « Les UPE2A sont plus souvent concentrées dans les grandes villes. Or, les enfants sont accueillis là où il y a des places d’hébergement, donc généralement dans des petites villes qui n’en sont pas dotées », observe le syndicaliste. « Dans ce cas, les enfants sont en immersion totale dans des classes normales tenues par des enseignants qui n’ont généralement pas de langue commune avec eux », relate Guislaine David, porte-parole du SNUipp-FSU (syndicat du premier degré).

Pour le secondaire, les élèves les plus chanceux ont eu une place en UPE2A. « Et les collégiens et lycéens qui étudiaient le Français en LV2 en Ukraine ont été placés à plein temps dans des classes normales, en espérant qu’ils allaient se débrouiller. Avec des classes qui sont parfois déjà à 35 élèves, les conditions d’apprentissage n’ont pas été idéales », rapporte Sophie Venetitay, secrétaire du SNES-FSU.

Pour s’affranchir du barrage de la langue, les enseignants ont fait appel à la débrouille et utilisé le traducteur de leur téléphone, même si quelques rares municipalités ont embauché des traducteurs pour prêter main-forte aux profs. Pas évident pour eux d’adapter leur pédagogie à ces élèves qui n’avaient pas le même système scolaire. Les Casnav (Centres académiques pour la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés) des rectorats ont mis à leur disposition des outils pédagogiques en ligne. Le but : donner des conseils pour prendre en charge ces enfants qui ont vécu le traumatisme de la guerre et de l’exil, mais aussi pour se repérer dans le système éducatif ukrainien, connaître le vocabulaire scolaire dans la langue, bâtir des séquences… Bien sûr, certaines disciplines sont plus faciles à enseigner que d’autres à des enfants allophones : « Les enseignants arrivent facilement à leur transmettre des connaissances en maths, en langage numérique et en sport », constate Remy Sirvent.

« Plus ils sont jeunes, plus vite ils progressent en langue étrangère »

En complément des heures d’enseignement de la scolarité française, certains élèves ont pu bénéficier d’une continuité des apprentissages dans leur langue maternelle. Des cours de langue et culture ukrainienne, coordonnés par le Cned, ont été dispensés par des enseignants ukrainiens recrutés par les académies. Et certains profs restés en Ukraine ont continué à enseigner à distance. Afin de faciliter l’intégration des élèves, un système de tutorat des élèves a été souvent mis en place.

Certes, le démarrage n’a pas toujours été facile, comme le souligne Remy Sirvent : « Il n’était pas évident de mettre en situation d’apprentissage les enfants les plus perturbés par la guerre ». Mais après quelques mois, beaucoup ont trouvé leurs marques. Ceux qui ne connaissaient pas un mot de français ont bien progressé, observe Guislaine David : « Plus ils sont jeunes, plus vite ils progressent en langue étrangère ». Et même s’ils ont pris du retard par rapport aux programmes éducatifs ukrainiens, ce n’est pas le plus important, selon Remy Sirvent : « L’essentiel est qu’ils soient en situation d’enseignement. »

Une rentrée aux enjeux multiples

Signe positif : certains vont ou ont même passé le ZNO, le diplôme de fin d’études de l’enseignement secondaire supérieur ukrainien, l’équivalent du bac. « Au 7 juin, 823 candidats ont confirmé leur participation au test d’entrée en licence, soit près de la moitié des élèves inscrits en lycée en France à ce jour. Ces tests seront organisés dans les académies de Paris, Bordeaux et Marseille », informe le ministère.

Et la prochaine rentrée ? Ce sera un nouveau défi. Car si quelques-uns vont tenter de rentrer en Ukraine, une large partie ne le pourra pas. « La guerre risque de durer, donc les élèves aborderont cette rentrée avec l’idée qu’ils vont rester en France », souligne Remy Sirvent. Les enseignants savent aussi qu’il y aura de nouveaux élèves qui fouleront le sol français. « Il faut prévoir des ouvertures de places en UPE2A et recruter davantage d’enseignants en FLE (français langue étrangère) », insiste Guislaine David. « On a aussi besoin de davantage de psychologues scolaires pour accompagner ces élèves, qui sont confrontés à la disparition de certains de leurs proches et au fait que leur vie en France va durer », ajoute Sophie Venetitay.