LGV Bordeaux-Toulouse : Encore de la friture sur la ligne sur la question du financement du projet GPSO

GROS SOUS La Commission européenne n’a pas retenu les lignes à grande vitesse Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax, dans les 135 projets d’infrastructures qui seront financés par l'UE, ce qui fait exulter les Verts, quand les régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie relativisent la portée réelle de ce refus

Mickaël Bosredon
— 
Les TGV en circulation seront rares sur certains axes.
Les TGV en circulation seront rares sur certains axes. — PATRICK LEVEQUE/SIPA
  • L’Union européenne a décidé de ne pas financer, à ce stade, le projet de lignes à grande vitesse GPSO.
  • L’Europe doit financer ce projet à hauteur de 20 %, soit 2,8 milliards d’euros pour les deux lignes du projet GPSO, entre Bordeaux et Toulouse d’une part, et Dax d’autre part.
  • Pour les Verts, farouchement opposés à ce projet, le GPSO deviendrait intenable financièrement et il conviendrait de l’arrêter. L'Etat indique toutefois que le projet GPSO se poursuit et la région Nouvelle-Aquitaine précise que cette demande de subvention ne portait que sur des études environnementales pour 17 millions d'euros.

De la friture sur la ligne à grande vitesse ? L’Union européenne a annoncé mercredi qu’elle n’avait pas retenu le Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO) dans une liste de financement portant sur 135 projets d’infrastructure. C’est potentiellement une manne de 2,8 milliards d’euros qui menace ainsi de s’évaporer, pour l’ensemble du projet qui prévoit une ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse et une autre entre Bordeaux et Dax.

GPSO ne figure en effet pas dans la liste de ces financements, dans le cadre du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE). Dans un communiqué diffusé par la mairie de Bordeaux jeudi, la présidente de la Commission transports au Parlement européen, l’écologiste Karima Delli, estime que « nous n’avons pas retenu le projet de nouvelle ligne à grande vitesse GPSO » parce qu’il « nous a semblé que des alternatives, fondées sur les lignes existantes, permettraient de diminuer fortement l’empreinte environnementale du projet et seraient plus utiles à la mobilité quotidienne des habitants ».


« Grand projet inutile », selon Hurmic

Il n’en fallait pas plus au maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, pour réclamer l’abandon du projet. L’écologiste, l’un des plus fervents détracteurs au GPSO, alerte depuis des mois sur un plan de financement incomplet pour boucler ce projet. « L’Etat doit aujourd’hui prendre acte qu’il faut arrêter ce grand projet inutile et destructeur de la biodiversité », estime Pierre Hurmic. Un autre écologiste, le nouveau député de la 2e circonscription de la Gironde, Nicolas Thierry, demande lui aussi l’arrêt du projet face à un financement qui devient « intenable. »


Le conseil départemental de la Gironde, présidé par le socialiste Jean-Luc Gleyze, un élu du sud-Gironde où les oppositions au projet sont fortes, estime que « c’est une sortie des rails inédite que vient de provoquer la Commission européenne pour ces projets ». Et d’ajouter qu’elle « évoque surtout la pertinence ainsi reconnue de travailler plutôt sur l’aménagement des lignes existantes, moins impactantes sur le plan environnemental et plus utiles aux déplacements quotidiens des habitants. »

Les régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie relativisent la situation

Du côté de la région Nouvelle-Aquitaine, on relativise toutefois la portée réelle de ce refus de l’Union européenne, qui ne reposait, selon la région, que sur 17 millions d’euros pour des études environnementales. Idem du côté du groupe des élus centristes et indépendants du conseil régional Nouvelle-Aquitaine, qui nuancent aussi cette annonce. « Il ne s’agit en rien d’un renoncement de l’Europe au financement du projet : la Commission n’a retenu que les projets avancés en phase travaux, ce qui n’est pas encore le cas du GPSO. »

Présidente de la région Occitanie, Carole Delga (PS) parle même « d’information erronée diffusée par certains élus », pointant du doigt sans les nommer les Verts. « Le dossier de demande de financement du GPSO n’a pas encore été déposé par l’Etat auprès de l’Europe, assure-t-elle. Cette demande interviendra dans les prochains mois. Et ce projet figure bien dans le réseau structurant de transport européen identifié par la Commission. » Jean-Luc Moudenc (LR), le maire de Toulouse, ne paraît pas inquiet non plus. « Le maire de Bordeaux est spécialiste, et je le regrette, de déclarations tonitruantes et inquiétantes, heureusement pas suivies d’effet », pointe-t-il.

Réinterrogé ce vendredi matin par 20 Minutes, Pierre Hurmic balaie ces arguments d’un revers de manche, même s’il confirme que la demande de subvention portait bien sur 17 millions d’euros. « Ils [la région Nouvelle-Aquitaine] essaient de minimiser la situation, mais il était demandé pour la première fois à l’Union européenne de se prononcer sur le GPSO, la commission a refusé les 17 millions, vous pensez que demain elle va accepter les 2,8 milliards d’euros ? C’est une première demande formulée à l’Union européenne qui a été retoquée, car cela ne correspond pas à ses priorités qui sont les transports du quotidien et la protection de la biodiversité, pour un projet qui qui n’est même pas transfrontalier », lance le maire de Bordeaux.

« Le projet GPSO se poursuit »

Dans tous les cas, un nouvel appel à projets de la Commission européenne doit être lancé en septembre prochain. Et c’est bien là que les responsables du GPSO espèrent se remettre sur les rangs des financements européens. « Le résultat de l’appel à projet 2021 ne préjuge en rien de la suite qui sera réservée par la Commission aux demandes de subvention européenne à venir pour le projet ferroviaire du Grand Sud Ouest, dont font partie les aménagements ferroviaires au sud de Bordeaux. Sur l’intérêt porté au projet GPSO, le professeur Carlo Secchi, coordinateur pour l’Union européenne du corridor Atlantique a déclaré le 29 juin à Lyon lors des journées européennes des « Connecting Europe » que le projet GPSO était jugé particulièrement indispensable », indique Etienne Guyot, le préfet de la Haute-Garonne, coordonnateur du Grand Projet Sud-Ouest.

Dans un communiqué, les services de l’État précisent que « le projet GPSO se poursuit et franchira une étape majeure ce lundi 4 juillet avec la réunion d’installation de la société du GPSO, qui sera suivie de la réunion du comité de pilotage. L’État reste pleinement mobilisé aux côtés des collectivités signataires du plan de financement afin de faire aboutir ce projet majeur pour les mobilités du quotidien et le développement du territoire ».

Mise en service de la ligne espérée en 2032

Le coût du projet de LGV est estimé à 14,3 milliards d’euros, avec un financement prévu à 40 % par l’État, 40 % par des collectivités locales d’Occitanie et de Nouvelle-Aquitaine et 20 % par l’Union européenne. La subvention européenne représente donc un montant de 2,8 milliards d’euros pour les deux lignes, dont deux milliards d’euros rien que pour la branche Bordeaux-Toulouse, la plus onéreuse du GPSO.

Le coup d’envoi du chantier de la branche entre Bordeaux et Toulouse, qui prévoit la création de 222 km de ligne nouvelle et des travaux pour les aménagements ferroviaires au sud de Bordeaux et au nord de Toulouse, doit être donné début 2024, pour une mise en service des premiers trains espérée en 2032. L’ambition est de ramener le temps de trajet en train entre Toulouse et Paris de 4h10 actuellement, à 3h10 avec la LGV.