L’Europe considère le vélo comme « un mode de déplacement à part entière et non plus comme un loisir »

UNION EUROPENNE En déplacement à Lyon, la présidente de la commission transports au Parlement européen, Karima Delli, a annoncé que la Commission européenne allait lancer une grande consultation sur la stratégie européenne du vélo

Caroline Girardon
— 
A Copenhague, 35% des habitants se déplacent à vélo quotidiennement, contre 4% en France.
A Copenhague, 35% des habitants se déplacent à vélo quotidiennement, contre 4% en France. — Grigory Dukor/Sipa
  • Karima Delli, la présidente de la commission Transports au Parlement européen a annoncé que la Commission européenne allait lancer une grande consultation sur la stratégie européenne du vélo.
  • Une proposition de résolution sera débattue en septembre devant le Parlement européen.
  • L’objectif : créer une filière vélo en Europe et lancer une grande politique industrielle pour booster les déplacements quotidiens qui ne sont que 8 %.

A Copenhague ou à Amsterdam, 35 % des habitants se déplacent quotidiennement à vélo. En France ? 4 % seulement. Le pays « accuse un retard énorme », observe Karima Delli, présidente de la commission transports au Parlement européen. Mais il n’est pas le plus mauvais élève d’ Europe. Si la Belgique, l’Italie ou la Pologne font mieux, le Portugal et Chypre, par exemple, enregistrent des moyennes encore plus basses : entre 1 et 2 % des déplacements s’effectuent chaque jour à bicyclette.

A l’heure de l'urgence climatique et de la crise énergétique, « le vélo ne doit plus être considéré comme un loisir, mais comme un mode de déplacement à part entière », insiste-t-elle. C’était pourtant le cas il y a 40 ans. En 1982, 82 % des écoliers européens se rendaient en classe à pied ou à bicyclette. Aujourd’hui, ils ne sont que 14 %. Un chiffre qui en dit long sur la sédentarisation du vieux continent.

Feuille de route concrète

En visite à Lyon, où elle participait aux « Connecting Europe Days », évènement phare de la mobilité et du transport en Europe, Karima Delli a annoncé que la Commission européenne allait lancer une « grande consultation » sur la stratégie européenne du vélo afin d’avoir « rapidement » une feuille de route « concrète » commune à tous les pays membres de l’Union et « gagner du temps ».

Une proposition de résolution sera débattue en septembre devant le Parlement européen. « L’objectif est d’aller vite en adoptant des textes contraints et des objectifs communs, dès le mois de janvier », ajoute-t-elle. Actuellement, 8 % des Européens utilisent leur bicyclette comme mode de transport. Un chiffre qui doit croître au plus vite. Et pour cela, il est nécessaire de créer une filière vélo, indique la présidente de la commission transports.

Relocalisation de la fabrication de vélos électriques en Europe

Pour l’heure, les mesures qui pourraient être adoptées restent à déterminer, de même que les budgets alloués. Mais les idées affluent. « Si les Français ne font pas de vélo, c’est parce qu’ils ont peur sur les routes. Elles ne sont pas assez sécurisées », souligne Karima Delli, qui voit déjà une première piste de travail.

Pour que l’Europe se mette à pédaler, il faudra néanmoins aller plus loin. « Cela passera nécessairement par une politique industrielle qui consiste à relocaliser la production de vélos, notamment les vélos électriques, en Europe », prévient-elle, précisant qu’un million d’emplois verts pourrait découler de cette filière. « Aujourd’hui, il faut entre 300 et 400 jours pour assembler un vélo, ici en France. Il y a désormais un réel enjeu à faire fabriquer toutes les pièces en Europe », appuie Bruno Bernard, le président de la métropole de Lyon.

La naissance d’une filière vélo passera également par le développement des infrastructures nécessaires comme les garages à vélo, les sites de maintenance ou de production de batterie électrique, l’installation de hubs à l’entrée des métropoles. « Il nous faut des territoires pilotes pour booster la filière », indique Karima Delli, citant en exemple Lyon. Et de conclure : « Mais il faut aussi réveiller l’Etat français et les régions. L’Europe peut les aider financièrement. L’objectif est de diminuer de 55 % les émissions de gaz à effet de serre en 2030. Le secteur des transports est le seul qui n’a pas réduit ses émissions. Désormais, il faut agir vite. Le temps nous est compté… »