Lyon : Avec 20 ans de retard, le Lyon-Turin attend toujours d’être sur les bons rails

FERROVIAIRE Projet phare du Green Deal, la liaison ferroviaire Lyon-Turin affiche déjà 20 ans de retard, en dépit d’avancées du côté italien. La France doit créer une structure publique de coordination pour ne pas perdre les financements européens

Jennifer Lesieur
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Dans le chantier du tunnel côté français, à Saint-André, en septembre 2019.
Dans le chantier du tunnel côté français, à Saint-André, en septembre 2019. — JEAN-PIERRE CLATOT / AFP
  • La Transalpine, liaison ferroviaire entre Lyon et Turin, a été imaginée dès 1992 pour transporter voyageurs et marchandises dans un tunnel de 270 km, évalué à 9 milliards d’euros.
  • Le projet serait pourvoyeur d’emplois dans des régions (la Maurienne et le Piémont) touchées par le chômage, tout en assainissant et en désengorgeant certains axes routiers.
  • Mais le retard cumulé, principalement dû à un manque d’unité entre de trop nombreux intervenants en France et en Italie, risque de faire perdre les financements européens.

« J’aimerais voir ce projet achevé de mon vivant ! » Iveta Radicova supplie avec le sourire, mais sa frustration est palpable. La coordinatrice européenne de la Transalpine désespère de voir le chantier de sa carrière avancer enfin. « 20 ans de retard, ça suffit. Regardez à quelle vitesse la Chine bâtit sa connexion vers l’Europe ! Montrons que nous pouvons faire mieux que les Chinois. »

Ce mardi, une assemblée générale s’est réunie au Centre des Congrès de Lyon pour faire le point sur la Transalpine. A ce jour, il s’agit du plus grand chantier européen d’infrastructure de mobilité bas carbone, pour voyageurs et marchandises. Elle comprend trois portions : une section française (140 km entre Lyon et Saint-Jean-de-Maurienne), une section transfrontalière (65 km entre Saint-Jean de Maurienne et Bussoleno, dans le Piémont) et une section italienne (65 km entre le Val de Suse et Turin).

A l’origine, un projet économiquement prometteur

Le chantier, imaginé dès 1992 et évalué à 9 milliards d’euros, a reçu un financement important de l’UE. Or, il cumule les retards en raison de lourdeurs administratives – le projet relève de la responsabilité des Etats français et italien -, de procédures budgétaires différentes, de maîtres d’ouvrage différents. Sans compter le silence des opérateurs ferroviaires, cette désynchronisation entre les deux pays marque des enjeux différents dans des régions – la Maurienne et le Piémont – touchées par un fort chômage, et où un tel projet serait pourvoyeur d’emplois.

La section italienne creuse actuellement ses voies d’accès au tunnel. « Nous avons été ralentis, mais nous avons pu rattraper notre retard. », assure Marco Gabusi, assesseur en charge des transports dans le Piémont. « Ce couloir apporterait beaucoup d’opportunités pour notre région, qui restait un peu marginale. Une montagne nous séparait ; avec la Transalpine, ce ne sera plus le cas. L’aspect économique est certes important, mais il faut aussi rapprocher les gens. »

L’Etat prié de créer une structure pour unifier les décisions

Côté français, le ralentissement frôle le point mort : les voies d’accès françaises ne sont toujours pas tracées. Grégory Doucet, maire de Lyon, s’était même opposé au projet, plaidant la rénovation d’une ligne datant du XIXe siècle. La Transalpine a pourtant une visée écologique : elle faciliterait le report modal de la route vers le rail, améliorant ainsi la qualité de l’air et atténuant la saturation routière dans certains secteurs.

La Région Auvergne-Rhône-Alpes, elle, soutient le projet. Le problème est donc de réunir les acteurs français d’un projet qui compte trop d’intervenants, sans aboutir à aucune décision. Alors que le gouvernement italien a nommé un commissaire au projet, Jacques Gounon, président du comité pour la Transalpine, plaide donc pour « coordonner les nombreux intervenants. Nous souhaitons donc que l’Etat crée une structure publique qui regroupe toutes les parties concernées, pour les coordonner et aller enfin de l’avant. Il est impératif que ce soit avant la fin 2022. »

Faute de quoi, la Transalpine perdrait le financement européen. Plus de retard compromettrait également la réalisation technique de la ligne, et ruinerait les ambitions écologiques du programme. « Nous sommes trop lents pour la grande vitesse », se lamente Iveta Radicova. Le tunnel transfrontalier devrait être livré en 2030 : « Il est temps d’accélérer, sinon ce sera trop tard », prévient-elle.