Bébé empoisonné dans une crèche à Lyon : « Ce drame me hante », confie une mère de famille

REPORTAGE Trois jours après avoir appris la mort d’une fillette de 11 mois, victime d’empoisonnement par une agent petite enfance à Lyon, certains parents ont eu des difficultés à laisser leur enfant dans leur microcrèche lundi

Jérémy Laugier
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La crèche Danton Rêve du réseau People & Baby est fermée depuis mercredi dernier.
La crèche Danton Rêve du réseau People & Baby est fermée depuis mercredi dernier. — J.Laugier / 20 Minutes
  • Le mercredi 22 juin, une fillette de 11 mois est décédée après l’ingestion d’un produit toxique au sein de sa crèche, située à Lyon 3e.
  • La terrible affaire a brutalement basculé d’un homicide involontaire à un homicide volontaire, l’employée de la crèche présente au moment des faits ayant reconnu avoir « aspergé, puis fait ingérer un produit caustique » à l’enfant.
  • Trois jours après ces révélations, les parents étaient sous le choc, lundi à Lyon, et ont eu des difficultés au moment de déposer leur enfant dans les différentes microcrèches du réseau People & Baby.

« Il n’y a pas de mot, je suis bouleversée. » Cette carte de condoléances à l’écriture tremblante repose sur trois bouquets de fleurs, devant l’entrée de la crèche Danton Rêve (Lyon 3e). Ce lundi soir, on distingue de nombreuses plumes accrochées au plafond, dans une ambiance d’attrape-rêves si éloignée du drame vécu par une famille lyonnaise mercredi dernier. Une trentaine de minutes après son arrivée, dans cette microcrèche privée du réseau People & Baby (700 établissements en France, dont 32 dans le Rhône), une fillette de 11 mois a été mortellement empoisonnée par une agent petite enfance, toute seule sur les lieux ce 22 juin au matin.

« Excédée par les pleurs de l’enfant, elle l’a aspergée, puis lui a fait ingérer un produit caustique », en l’occurrence du Destop pour WC, a indiqué le parquet de Lyon vendredi, après les aveux de la suspecte de 27 ans, décrite comme « fragile » par son avocat. Ce terrible décès a profondément choqué tant de jeunes parents en France, notamment à Lyon, et plus encore auprès de ceux qui confient leur enfant aux crèches People & Baby.


« On a envie de connaître la politique de réglementation exacte »

Hormis Danton Rêve, qui accueille normalement 10 enfants dans le quartier de la Part-Dieu, tous les autres établissements People & Baby étaient bien ouverts lundi à Lyon. « Cela fait évidemment flipper, explique une maman préférant rester anonyme, au moment de récupérer sa fille dans sa microcrèche du 7e arrondissement. Personnellement, j’ai une grande confiance dans l’équipe en place ici, qui a très bien communiqué avec nous depuis vendredi. Une telle horreur aurait aussi bien pu se produire chez une assistante maternelle. L’inquiétude est là dès qu’on est parent, mais elle n’est pas liée à cette structure. »

Une autre mère de famille, engagée avec la crèche La Belle Cour (Lyon 2e) depuis quelques mois pour son bébé, est plus nuancée : « Nous n’avons pas encore reçu la moindre communication formelle de la part de People & Baby. On a beau avoir confiance en toute l’équipe, on a envie de connaître la politique de réglementation exacte. Car quand j’y repense, il n’y avait parfois qu’une personne pour s’occuper de huit enfants quand je déposais ma fille, est-ce bien normal ? ».

Au moins deux intervenants toute la journée désormais ?

C’est l’une des interrogations majeures qu’ont cette semaine plusieurs parents, qui n’osent pas réellement demander par ailleurs si toutes ces structures peuvent réellement abriter un produit aussi dangereux que le Destop WC. En l’occurrence, la réglementation dont bénéficient les microcrèches permet à un professionnel de se retrouver seul avec un à trois enfants, à certains moments de la journée. Mais comme l’a constaté cette maman lundi matin, People & Baby a cette fois choisi de mobiliser trois professionnels (« une première depuis plusieurs mois »), comme pour tenter de rassurer toutes ces familles à Lyon.

Des bouquets de fleurs ont été déposés devant l'entrée de la crèche Danton Rêve, dans le quartier de la Part-Dieu.
Des bouquets de fleurs ont été déposés devant l'entrée de la crèche Danton Rêve, dans le quartier de la Part-Dieu. - J.Laugier/20 Minutes

Certaines d’entre eux ont d’ailleurs reçu dimanche soir un mail de la direction régionale dans ce sens, afin d’uniformiser, à partir du 27 juin, les ouvertures et fermetures d’établissements à au moins deux professionnels. Un dispositif qui aurait peut-être pu permettre d’éviter l’empoisonnement mortel de la semaine passée. Ce mail, Alice s’étonne de ne pas l’avoir reçu avant d’emmener son fils Joseph (4 mois) lundi à la crèche La Belle Cour.

Une plainte déposée en novembre auprès d’une microcrèche

« On ne peut évidemment pas parler de ça devant les enfants mais j’aimerais savoir quel accompagnement est prévu pour nous comme pour le personnel, évoque-t-elle. C’est ma première expérience et même mon premier mois en crèche, donc j’avais vraiment la boule au ventre au moment de laisser mon garçon ce matin. C’est difficile de faire la part des choses après cette horreur mais les professionnelles ont su me rassurer à mon arrivée. A nous de tous faire preuve de bienveillance dans une telle période. » La mort de ce bébé de 11 mois a fait remonter beaucoup de souvenirs douloureux pour Emilie et Steeve Grégoire. Parents depuis juillet 2021 d’une petite Louise, ceux-ci ont rejoint l’une des crèches People & Baby, Nido de Sévigné (Lyon 3e), trois mois plus tard.

« Quand on est arrivé, il y avait quatre intervenantes plus une directrice que nous apprécions, raconte Emilie Grégoire, neuropsychologue à l’Hôpital Femme mère enfant (HFME) de Bron. Celle-ci reconnaissait qu’elle avait beaucoup de difficultés pour recruter du personnel et elle est très vite partie. D’un coup, il n’y a plus eu que deux salariés, dont on ne connaissait pas les fonctions exactes. Je trouvais que l’organisation n’était guère rigoureuse. » Puis le 22 novembre 2021, ce couple de trentenaires récupère Louise « avec de grosses traces à la tempe et autour de l’œil ». Emilie Grégoire a fourni des éléments à 20 Minutes, comme cette photo ci-dessous.

Louise, ici à l'âge de 4 mois, en novembre dernier, lorsque ses parents l'ont retrouvée avec d'importances traces à la tempe et autour de l’œil.
Louise, ici à l'âge de 4 mois, en novembre dernier, lorsque ses parents l'ont retrouvée avec d'importances traces à la tempe et autour de l’œil. - Famille Grégoire

« Des enfants sont peut-être depuis en danger dans cette crèche »

Les explications du personnel divergent alors, autour d’un choc avec d’autres enfants, et font redouter le pire aux jeunes parents. « Ça ressemblait à une gifle et lorsque j’ai eu la nouvelle directrice au téléphone, elle ne m’a jamais assurée qu’aucun membre de l’équipe n’avait pu frapper Louise, pointe Emilie Grégoire. Nous n’avons ensuite pas reçu la version écrite du déroulé des faits qu’avait convenu de nous envoyer la crèche. » La jeune femme dépose dans la foulée une main courante au commissariat de police puis une plainte auprès de la brigade de protection des familles, tout en retirant son bébé du Nido de Sévigné.

Je n’ai eu aucune nouvelle des suites éventuelles. Des enfants sont peut-être depuis en danger dans cette crèche, et c’est l’absence de réaction de l’entreprise qui m’a le plus choquée. J’étais effondrée vendredi en découvrant que cet empoisonnement était dans une crèche People & Baby. Je ne dors plus depuis plusieurs nuits, comme si j’avais moi-même perdu un membre de ma famille. Ce drame me hante. »

Louise, qui fêtera son premier anniversaire le mois prochain, est depuis ce 22 novembre 2021 gardée par sa grand-mère. Le seul mode de garde dans lequel Emilie et Steeve Grégoire ont entièrement confiance aujourd’hui.