Affaire Delphine Jubillar : Cédric Jubillar reçoit le soutien de sa compagne à l'audience de remise en liberté

JUSTICE Les avocats de Cédric Jubillar ont à nouveau plaidé la remise en liberté de leur client, qui a pu voir sa compagne quelques minutes. Elle était présente dans la salle d'audience avant le prononcé du huis clos

Béatrice Colin
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Cédric Jubillar, ici lors d'une marche à Albi, est mis en examen depuis le 18 juin 2021 pour le meurtre de sa femme.
Cédric Jubillar, ici lors d'une marche à Albi, est mis en examen depuis le 18 juin 2021 pour le meurtre de sa femme. — F. Scheiber / AFP
  • Ce mardi, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse examinait l’appel du renouvellement de mandat de dépôt de Cédric Jubillar, en détention provisoire depuis plus d’un pour le meurtre de sa femme.
  • Avant que le huis clos ne soit prononcé, le plaquiste tarnais a pu entrapercevoir sa compagne, Séverine, venue le soutenir.
  • A l’issue de l’audience, les avocats de Jubillar ont martelé que le dossier restait vide, rappelant que la liberté était la règle.

Une nouvelle fois depuis son placement en détention provisoire le 18 juin 2021 pour le meurtre de sa femme, Delphine, Cédric Jubillar se trouvait ce mardi devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse pour demander sa remise en liberté. Chose plus inhabituelle, cette nouvelle audience lui a permis d’apercevoir durant quelques minutes celle qui partageait sa vie avant son incarcération.

« Il était content, il a été surpris, il ne s’y attendait pas du tout. Il m’a dit je t’aime », raconte Séverine, sa compagne qui ne l’avait pas vu depuis un an et son placement en détention provisoire. Ils ont pu échanger quelques mots à distance, il lui a envoyé des bises de loin juste avant que l’audience passe au huis clos. Elle l’a trouvé fatigué.

« S’il a besoin de moi, je suis là », affirme Séverine, son amie

« Je me suis dit que j’allais venir le voir, peut-être que ça va le requinquer un peu. Il n’a pas vu de visage familier depuis un an, n’a pas de nouvelles de ses enfants. Je suis la seule à être venue le voir. Je lui ai dit que je le soutiendrai, je respecte la présomption d’innocence en fait », assure la quadragénaire qui a vu sa vie bouleversée suite à sa rencontre avec celui qui fait figure de suspect numéro 1 dans la disparition de Delphine Jubillar, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac-les-Mines.

Séverine, la compagne de Cédric Jubillar, était présente au Palais de Justice de Toulouse le 28 juin 2022.
Séverine, la compagne de Cédric Jubillar, était présente au Palais de Justice de Toulouse le 28 juin 2022. - B. Colin / 20 Minutes

En décembre dernier, Séverine avait été placée en garde à vue, les enquêteurs voulant savoir si son compagnon avait pu lui confier des choses, notamment où la dépouille de l’infirmière pourrait se trouver. Une suspicion née des aveux que Cédric Jubillar aurait faits à un codétenu, un dénommé « Marco ». A sa sortie de détention, il avait pris contact avec Séverine et lors d’une rencontre lui avait demandé si elle savait où se trouvait le corps comme Cédric le laissait sous-entendre. « Ce type n’est pas digne de confiance. Cédric a jamais parlé en un an, il ne va pas parler à quelqu’un qu’il ne connaît pas », tranche-t-elle.

Mais depuis cette garde à vue qui l’a « séchée », elle a « pris un peu de recul ». « S’il a besoin de moi, je suis là. Après je suis obligée de m’éloigner, je me protège. Sur mon quotidien, cela a eu un sacré impact, ma vie ne sera plus la même maintenant. Je gère, on fait comme on peut », explique-t-elle. Elle continue tout de même à échanger avec lui et a reçu encore le week-end dernier une lettre. Aujourd’hui, Séverine ne pense « pas qu’il va sortir » et imagine que la justice va continuer à le garder en détention « le temps de faire des recherches ».

Un téléphone éteint, plusieurs explications

Sur le terrain, en ce début de semaine, les gendarmes sont en effet à nouveau à pied d’œuvre pour tenter de retrouver le corps de la jeune infirmière et des indices qui pourraient conforter la thèse de l’accusation. « A chaque fois que l’on plaide la demande de remise en liberté, on nous sort qu’on fait des recherches. Ces recherches peuvent se faire alors même que Cédric Jubillar est dehors, on peut justifier d’une adresse, loin de Cagnac-les-Mines. Il y en a d’autres, dans d’autres affaires, qui ont recouvré la liberté », a réagi Alexandre Martin, l’un des conseils du plaquiste de 34 ans.

Mais pour les avocats de la partie civile, le dossier comporte déjà assez d’éléments pour justifier son maintien en détention. Les analyses du téléphone de Cédric Jubillar la nuit de la disparition en fournissent quelques-uns selon Laurent Boguet, qui représente les intérêts des enfants du couple.

Les experts ont montré que ce portable avait été éteint entre 22h08, avant que le petit Louis aille se coucher, et 3h53, moment où le plaquiste le réactive pour joindre les amies de Delphine puis alerter la gendarmerie. Ce dernier a indiqué qu’il l’avait mis en charge et en mode avion, afin qu’il puisse sonner pour le réveil. Mais pour Laurent Boguet cette version ne colle pas. Selon l’avocat toulousain, Cédric Jubillar a bien coupé son téléphone volontairement, « ce qui est un usage inhabituel pour lui ». Et s’il l’a éteint avant le moment où il aurait pu s’en prendre à sa femme, « c’est que l’on peut redouter la préméditation », soupçonne l’avocat.

Le spectre de l’erreur judiciaire

« Je ne sais pas si on nous prend pour des imbéciles, mais on est en train de nous expliquer que cet homme à 22h08 a volontairement éteint son téléphone parce qu’il savait déjà qu’à 23 heures il allait surprendre sa femme en discussion avec son amant, il savait à 22h08, 50 minutes avant, qu’il allait péter les plombs, qu’il allait porter des coups sur Delphine, qu’il allait la tuer. De qui se moque-t-on ? Et il n’est pas poursuivi pour assassinat, il est poursuivi pour meurtre. Il n’y a pas de cohérence dans l’accusation », a déploré à la sortie de l’audience Jean-Baptiste Alary, l’un des trois avocats de Cédric Jubillar.

Pour les défenseurs du plaquiste, le dossier reste « vide ». « C’est une justice qui finit par faire peur, c’est la justice que l’on redoute pour soi-même et pour ses proches, la justice qui s’entête, qui analyse tous les éléments comme étant systématiquement à charge, quitte à se contredire, à mentir. On sait depuis un an qu’elle ne peut conduire qu’à un désastre, une erreur judiciaire », a renchéri sa collègue Emmanuelle Franck.

L’avocat général a requis le maintien en détention du suspect. Le jugement de la cour d’appel a été mis en délibéré au lundi 4 juillet.