Pourquoi la fresque d’Avignon représentant Jacques Attali et Emmanuel Macron est-elle jugée antisémite ?

FAKE OFF Une fresque réalisée ce mercredi à Avignon est jugée antisémite par de nombreux internautes, au point que le préfet de la région demande qu’elle soit recouverte

Romarik Le Dourneuf
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Jacques Attali au 102e congrès des maires de France, en 2019 (illustration).
Jacques Attali au 102e congrès des maires de France, en 2019 (illustration). — Lionel GUERICOLAS /MPP/SIPA
  • Une fresque découverte ce mercredi à Avignon fait polémique sur les réseaux sociaux.
  • Elle représente Jacques Attali en marionnettiste manipulant Emmanuel Macron. De nombreux internautes y voient une représentation antisémite, quand d’autres n’y voient qu’une moquerie envers le président.
  • L’iconographie utilisée par l’artiste fait référence à des affiches antisémites utilisées à différentes périodes de l’Histoire pour dénoncer un « grand complot juif pour dominer le monde ».

Depuis ce mercredi 22 juin, une fresque suscite la polémique sur les réseaux sociaux. Peinte sur la façade d’un immeuble à Avignon, elle montre Jacques Attali en marionnettiste dirigeant les mouvements d’un Emmanuel Macron grimé en Pinocchio.

Depuis sa découverte, la fresque suscite une grande polémique sur les réseaux sociaux. Une partie des internautes y voient un dessin antisémite quand d’autres ne voient qu’une caricature moqueuse d’Emmanuel Macron et du « Conseiller des présidents ».


Pas de désignation directe des Juifs, pas de symbole religieux, un dessinateur qui n’est pas connu pour des propos antisémites… Qu’est-ce qui peut amener certains à crier à l’antisémitisme ?

FAKE OFF

Selon la signature qui est visible sur la fresque, celle-ci a été réalisée par l’artiste Lekto. Sur son compte Instagram, on peut voir des portraits de Francis Lalanne, Jean-Michel Blanquer, Olivier Véran, Frida Kahlo, Van Gogh ou Didier Raoult.

Si plusieurs de ces graffs portent visiblement un message politique, aucun ne fait ne montre de connotation antisémite. Comme ce dernier montrant Jacques Attali et Emmanuel Macron… A première vue.

Mais c’est l’iconographie de la fresque qui ramène les protestataires à l’antisémitisme. Car l’image du marionnettiste qui manipule les puissants et le monde est utilisée depuis des décennies pour « dénoncer » un grand « complot juif sur le monde » comme l’explique Renée Dray-Bensousan, historienne et présidente de l’Association pour la recherche et l’enseignement de la Shoah (ARES) : « Cette représentation du juif fait référence au Protocole des sages de Sion, un texte inventé par la police du Tsar russe en 1903 pour discréditer et persécuter les Juifs et les Francs-maçons. »

L’image a ensuite été très populaire en France à l’époque d’Edouard Drumont, un des fondateurs de la Ligue nationale antisémite de France, puis elle est revenue la Seconde Guerre mondiale dans des journaux comme Gringoire, Emancipation nationale, où on voyait un juif manipuler Churchill et Staline. « Ce sont des cycles, ces images disparaissent puis reviennent régulièrement », précise l’historienne.

Renée Dray-Bensousan ne veut pourtant pas assurer que la fresque a été créée avec un caractère antisémite : « Habituellement, il y a des symboles juifs directement montrés. Des étoiles de David, un nez crochu… Pas ici. Je ne connais pas l’artiste ni son œuvre. Il est possible que l’auteur n’ait pas conscience du caractère antisémite de son œuvre. Peut-être qu’il a juste voulu dénoncer Jacques Attali et Emmanuel Macron. Ou alors c’est fait de manière sous-jacente, pernicieuse, en filigrane. C’est peut-être une perversité. »


D’autres éléments permettent toutefois aux internautes d’être plus certains du caractère antisémite de la fresque. La présence de Jacques Attali d’abord. Critiqué pour être celui qui souffle à l’oreille des présidents depuis François Mitterrand, il est aussi, très souvent, une des cibles favorites des antisémites. Une figure parfaite de ce « juif qui contrôle le monde ».

L’autre élément est l’emplacement de cette œuvre. Selon nos confrères de BFM Marseille Provence, la fresque se situe « à proximité du parking relais des Italiens situé sur la rue de la Synagogue ».

Alors que la Ville d’Avignon avait invoqué la liberté d’interprétation en « l’absence de mention relative au judaïsme », le préfet de la région est intervenu pour demander qu’elle soit recouverte, selon le Grand Avignon propriétaire du parking des Italiens.