Coronavirus : Face à la flambée de l’épidémie, « il faut se ressaisir » pour l’épidémiologiste Mircea T. Sofonea

EPIDEMIE L'épidémiologiste montpelliérain a répondu aux questions de « 20 Minutes »

Nicolas Bonzom
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L'épidémiologiste montpelliérain Micea T. Sofonea
L'épidémiologiste montpelliérain Micea T. Sofonea — Micea T. Sofonea
  • Pour l’épidémiologiste montpelliérain Mircea T. Sofonea, le « déclin immunitaire » a favorisé la reprise de l’épidémie de Covid-19 que l’on constate en France.
  • Cet affaiblissement du bouclier immunitaire est si fort, en France, qu’une reprise épidémique « aurait eu lieu, de toute façon, même en l’absence de BA.4 et de BA.5 ».
  • Face à cette flambée des cas, selon ce spécialiste, « il faut se ressaisir ».

On l’avait sans doute un peu trop vite oubliée. Avec l’émergence des deux nouveaux sous-variants d’Omicron, BA.4 et BA.5, l’épidémie de Covid-19 a repris de plus belle, cette semaine, en France. Selon les chiffres publiés mercredi par Santé Publique France, il y a eu, en sept jours, 77.967 nouveaux cas, soit une hausse de plus de 50 %. 20 Minutes a demandé à Mircea T. Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et en évolution des maladies infectieuses à l’université de Montpellier (Hérault), s’il fallait craindre la perspective d’une septième vague.

Un boom du Covid-19 provoqué par un « déclin immunitaire »

Cette flambée de l’épidémie, « on pouvait s’y attendre », confie Mircea T. Sofonea. Au sein de l’Équipe de modélisation de l’épidémiologie et de l’évolution des maladies infectieuses, avec son collègue Samuel Alizon, directeur de recherches au CNRS, il a vu arriver de loin cette nouvelle vague, poussée par l’émergence des nouveaux sous-variants, en particulier BA.5, au détriment de BA.2, qui était jusqu’alors majoritaire. Selon Mircea T. Sofonea, le « déclin immunitaire » a favorisé ce boom des cas de Covid-19. Après plusieurs mois, les personnes qui ont été vaccinées, ou malades, sont moins résistantes, face au virus. Cet affaiblissement du bouclier immunitaire est si fort, en France, qu’une reprise épidémique « aurait eu lieu, de toute façon, même en l’absence de BA.4 et de BA.5 », indique l’épidémiologiste montpelliérain.

BA.5 est sans doute plus contagieux

Il est encore trop tôt pour savoir s’il faut craindre le sous-variant BA.5, qui semble gagner du terrain en France. Mais selon les premières constatations, il pourrait être plus contagieux que BA.2. Selon Mircea T. Sofonea, une étude japonaise, à prendre avec des pincettes, met en évidence « in vitro une pathogénicité plus importante de BA.5, par rapport à BA.2. C’est un signal. Maintenant, savoir quelle sera la traduction dans la vie réelle, c’est autre chose. Et ça, cela mettra du temps. Car il faut généralement que les vagues soient bien avancées, voire passées, dans plusieurs pays » pour s’en rendre compte. Dans le cas du sous-variant BA.1, il a fallu attendre plusieurs mois, avant que des données scientifiques permettent de conclure qu’il était moins virulent que Delta.

On a moins peur du Covid-19 qu’avant

Rares sont encore ceux, aujourd’hui, qui portent un masque, dans les rues, et même dans les espaces clos. Depuis la levée des dernières mesures sanitaires, au printemps, le Covid-19 ne semble plus faire peur à personne. Pour Mircea T. Sofonea, « la peur, ou la perception du risque infectieux, sont largement modulées par deux aspects. D’abord, l’entourage. Connait-on beaucoup de cas de Covid-19 parmi nos proches ? Ces cas sont-ils symptomatiques ? Y a-t-il eu des hospitalisations ? Y a-t-il eu des décès ? »

Ensuite, les médias, et les politiques. « Il est clair que la couverture médiatique [du Covid-19] a varié en raison de la guerre en Ukraine, et des élections, note l’épidémiologiste montpelliérain. Sans doute une forme de lassitude, aussi. Quant aux politiques, la campagne électorale a eu, c’est clair, un effet important sur la considération apportée à cette maladie. Est-ce que l’on doit remettre en question la légèreté que l’on s’est donnée, collectivement, ces derniers mois ? Je pense que oui. » D’autant plus, poursuit le professeur, dans un contexte de tension, dans les hôpitaux.

Il faut se ressaisir

Avec la flambée de l’épidémie, la question de la mise en place de nouvelles mesures se pose, en France. Pour Mircea T. Sofonea, il est clair qu'« il faut se ressaisir ». « Au moins dans les interactions que l’on a, confie le spécialiste. Renforcer sa vigilance. Avoir recours à des autotests réguliers, à une démarche d’isolement réactive. Ne pas attendre que les symptômes soient importants, pour prévenir son entourage, et limiter ses contacts. » Le retour du masque obligatoire dans les transports en commun ? Cela pourrait peut-être contribuer à freiner le boom de l’épidémie, note Mircea T. Sofonea. Mais « l’impact risque d’être marginal, poursuit le professeur. Les transports n’ont jamais été identifiés comme l’endroit où l’on se contamine le plus. »

Le Covid-19 n’est pas près de disparaître

A chaque fois que les indicateurs chutent, on a l’impression que l’on en a fini, avec le Covid-19. Et pourtant. La maladie tue encore. Selon les derniers chiffres de Santé Publique France, publiés le 18 juin, 217 personnes sont décédées à l’hôpital en une semaine. En finira-t-on, un jour, avec cette épidémie ? « Le Covid-19 "critique", celui qui nous amène en réanimation, c’est possible, peu à peu, qu’il soit de plus en plus marginal, confie Mircea T. Sofonea. De là à en finir, non. » On n’a pas, note l’épidémiologiste montpelliérain, « les moyens de le faire disparaître ».