Charente-Maritime : Le chauffeur de camion qui avait renversé puis passé à tabac un cycliste jugé à Saintes

VIOLENCE Le cycliste qui avait été renversé par le chauffeur d’un camion-benne sur une petite route de Charente-Maritime, puis violemment frappé, avait filmé toute la scène

20 Minutes avec AFP
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Un cycliste. (Illustration)
Un cycliste. (Illustration) — Clément Follain / 20 Minutes

Un procès rendu possible parce que le cycliste avait actionné la caméra qu’il portait à son blouson. Un chauffeur de camion qui avait renversé délibérément puis passé à tabac un cycliste lui ayant fait signe de se serrer sur une petite route de campagne, comparaît ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Saintes (Charente-Maritime).

Les faits s’étaient déroulés en janvier dernier. Les images prises par le cycliste avaient ensuite été postées sur internet où elles sont devenues virales. « C’est une rareté de pouvoir poursuivre l’auteur de tels faits pour violences volontaires », se félicite Michel Benezra, l’avocat de l'association Mon vélo est une vie, qui a été saisie de l’affaire par la victime. « Aujourd’hui, assure-t-il, dans 80 % des cas, lorsqu’un cycliste est heurté, c’est volontaire. Mais c’est très dur à prouver sauf si la scène est filmée ».

Les images montrent le camion-benne le serrer au point de le faire tomber

Les images montrent une route étroite de Charente-Maritime, entre Royan et Sémussac. Lorsqu’elles débutent, le cycliste a déjà croisé le camion-benne à qui il a fait signe de rouler plus doucement et de se serrer de son côté de la chaussée. En vain, racontera-t-il, puisqu’il est obligé de rouler sur le bas-côté herbeux.

Le cycliste reprend sa route, mais entend bientôt un moteur derrière lui. Inquiet, il branche sa caméra. Les images montrent le camion-benne le doubler et le serrer au point de le faire tomber, puis s’arrêter. Le chauffeur et son passager, qui est son fils mineur, descendent du camion, invectivent le cycliste et commencent à le rouer de coups, cassant la caméra.

« Les gens utilisent leur véhicule pour se faire justice »

Ce court film a permis au procureur de la République de Saintes de poursuivre le chauffeur pour violences volontaires avec arme par destination, en l’occurrence un camion-benne, ayant entraîné une interruption temporaire de travail supérieur à huit jours (30 jours au total).

Pour Téodoro Bartuccio, président de « Mon vélo est une vie », ce genre de faits divers « est régulier. Ça n’arrête pas. (…) Les gens utilisent leur véhicule pour se faire justice ». Il entend se servir de cette affaire pour faire évoluer la loi et les mentalités, en plaidant le durcissement des peines contre les chauffards. Dans un communiqué, son association a appelé « les amoureux de la petite reine à venir soutenir la victime, en assistant au jugement en tenue de cycliste ».

Le cycliste vit dans la peur

Le cycliste, selon son avocat, vit aujourd’hui dans la peur car ses agresseurs présumés « habitent à côté et passent régulièrement devant chez lui ». « D’autant que le chauffeur est connu de la justice et a un casier judiciaire », assure le défenseur.

Le chauffeur encourt trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende. Il comparait seul, son fils, moins impliqué, ayant fait l’objet d’une mesure d’alternative aux poursuites devant le délégué du procureur.