Greffée des mains aux Etats-Unis, elle se bat pour se faire rembourser près d’un million de dollars par la Sécu

ASSURANCE Laura Nataf avait été amputée des quatre membres à l’âge de 19 ans après un choc septique

20 Minutes avec agences
Façade de la Cour d'appel de Paris (illustration).
Façade de la Cour d'appel de Paris (illustration). — THOMAS SAMSON / AFP

C’est un dossier à plus d’un million de dollars que la cour d’appel de Paris va étudier ce jeudi. Greffée des deux mains aux Etats-Unis en 2016, car elle jugeait ce type d’opération alors impossible en France, une jeune femme poursuit en effet la Sécurité sociale pour obtenir le remboursement de sa facture.

En première instance en juillet 2021, le tribunal judiciaire de Paris a annulé le refus de prise en charge et condamné la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) de Paris à payer les deux tiers de la somme, mais cette dernière a fait appel.

Amputée des quatre membres après un choc septique

La plaignante, Laura Nataf, avait été amputée des quatre membres en 2007 à l’âge de 19 ans après un choc septique. En 2013, elle avait été inscrite sur la liste des patients en attente de greffe, dans le cadre d’un programme de recherche de l’hôpital Georges-Pompidou à Paris (AP-HP). Mais un an plus tard, aucune donneuse compatible n’avait été trouvée. Les autorités sanitaires ne reconduisent pas l’autorisation du programme et Laura est radiée de la liste, a expliqué à l’AFP son avocate, Valérie Sellam Benisty.

Son chirurgien, Laurent Lantieri, lui propose alors de se faire opérer aux Etats-Unis et médiatise l’affaire, fustigeant une « surcharge administrative et bureaucratique » et déplorant le manque de financement « pour faire ces innovations » en France. En février 2016, la Sécurité sociale envoie un refus de prise en charge. Mais la jeune femme se fait malgré tout opérer en août à l’hôpital Penn Medicine de Philadephie, qui lui adresse l’année suivante une facture de 1,13 million de dollars.

La Cnam se défend

Dans son courrier de refus de prise en charge aux Etats-Unis, la Caisse nationale d’assurance maladie explique avoir dirigé Laura Nataf « vers un programme expérimental ouvert aux Hospices civils de Lyon portant sur l’allogreffe bilatérale de mains et d’avant-bras, qui lui aurait permis d’obtenir les soins nécessaires en France et l’assurance d’une prise en charge », a avancé la Cnam auprès de l’AFP. « Mme Nataf n’a pas fait le choix de recourir à cette option. Nous estimons, à ce titre, que le refus de prise en charge opposé est valablement motivé », a ajouté l’établissement public.

« C’est complètement faux » de dire que « Laura aurait pu être opérée dans les mêmes conditions en France », estime au contraire Me Sellam Benisty en rappelant sa radiation de la liste d’attente. En 2016, « les greffes ont été suspendues en France faute de financement des projets de recherche, du fait du manque de donneurs et de contraintes économiques », assure l’avocate. « Le monde médical est unanime sur l’infaisabilité d’une telle greffe en France durant la période qui occupe cette affaire ».

Me Sellam Benisty argue aussi du fait que le refus de prise en charge doit être adressé en recommandé, être signé et être accompagné d’un « avis médical circonstancié », ce qui n’était pas le cas du courrier « laconique » reçu par sa cliente.

La première greffe d’une main réalisée en France en 1998

La France a été la pionnière de ce type d’opération, avec la première greffe d’une main réalisée en 1998 aux Hospices civils de Lyon (HCL) par Jean-Michel Dubernard sur un patient néo-zélandais victime d’un accident de tronçonnage. En 2000, nouvelle première mondiale, avec la première greffe des deux mains et d’une partie des avant-bras, sur un peintre en bâtiment de 33 ans amputé après s’être gravement blessé dans l’explosion d’une fusée artisanale.

Mais jusqu’en 2016, seuls six autres patients ont ensuite bénéficié de cette double greffe, autorisée au cas par cas dans le cadre du programme des Hospices civils de Lyon (HCL). En 2017, à la suite notamment du cas de Laura Nataf, la France a entrepris de mieux définir le cadre juridique et financier de ce type de greffes.