« Le détenu idiot, c’est vraiment une idée reçue », estime la coréalisatrice de « Prison : des vies derrière des barreaux »

INTERVIEW Ce jeudi, France 2 diffuse dans « Envoyé spécial » le reportage « Prison : des vies derrière des barreaux ». Réalisé par Maria Ladous et Etienne Huver, il ouvre les portes de la maison d’arrêt de Villepinte en Seine-Saint-Denis

Marin Daniel-Thézard
— 
Un mur de prison. (Illustration)
Un mur de prison. (Illustration) — snapshot-photography/F Boillot/S

Dans Envoyé spécial sur France 2, ce jeudi, est diffusé le reportage Prison : des vies derrière des barreaux. Ce docu de 52 minutes signé Étienne Huver et Marina Ladous plonge le téléspectateur dans l’univers carcéral de la maison d'arrêt de Villepinte en Seine-Saint-Denis. La réalisation montre le quotidien pénible des gardiens, en sous-effectif quasi constant face à une prison surpeuplée mais aussi la dure vie des prévenus. Le reportage permet d’assister également à une réunion d’évaluation, véritable plongeon dans les réseaux d’information dont dispose la direction d’une maison d’arrêt pour lutter contre la montée des extrémismes.

Marina Ladous, qui a précédemment réalisé Menace terroriste : plongée au cœur de nos prisons, explique à 20 Minutes comment avec Étienne Huver, ils se sont présentés aux détenus et la spécificité du bâtiment Respecto à Villepinte.

Vous avez pris beaucoup de précautions pour anonymiser le personnel. Quelles précautions avez-vous prises pour vous-même ?

Aucune. On est arrivé dans une démarche de vérité avec les prévenus. On pensait que c’était normal de jouer cette carte. On prend des précautions avec le personnel parce qu’eux sont là tous les jours. Ce sont eux qui risquent des représailles. Nous, on n’est que des visiteurs.

Vous avez assisté à une « réunion d’évaluation ». Comment cette chasse aux extrêmes est-elle organisée ?

C’est principalement du profilage. On réunit dans une salle des surveillants, des conseillers pénitentiaires, des psychologues qui ont pour mission de garder un œil sur les détenus qui sont mis en cause ou incarcérés pour des fautes de radicalisation, que ce soit d’islamisation, d’extrême droite ou d’extrême gauche. Certains détenus sont évalués tous les trois mois, d’autres tous les deux mois, etc.

Une loi de 2009 impose l’encellulement solitaire en maison d’arrêt. Le monde pénitentiaire croit-il à l’application un jour de cette loi alors que le problème de la surpopulation carcérale prégnant ?

Dans les faits, aujourd’hui, on ne peut pas l’appliquer. Dans les maisons d’arrêt, beaucoup de prisonniers sont détenus provisoirement, en attente du jugement. Quand on sait ça, on ne s’étonne plus du surpeuplement dans les prisons. A Villepinte, il y a 582 places. La plupart du temps, elle est remplie à 180 % de son effectif. Même s’il y a des projets d’agrandissement, le parc carcéral français reste très limité. Les surveillants qui passent leur temps à jongler entre les détenus et les cellules n’y croient pas trop.

Dans le documentaire, on voit que les détenus parviennent à introduire parfois de manière très ingénieuse des objets interdits. Comment les gardiens luttent-ils contre cela ?

Oui ils peuvent être très inventifs. Le détenu idiot, c’est vraiment une idée reçue. D’un autre côté, l’introduction de matériel peut parfois être dangereuse. Naturellement, on pense à des lames, mais même un téléphone peut être risqué. Si la plupart du temps c’est pour communiquer avec sa famille sans payer ni être écouté, parfois, les détenus s’en servent pour menacer des victimes. C’est pour ça que la fouille des cellules est si importante.

Dans la prison de Villepinte, il y a ce bâtiment Respecto où les détenus ont un travail, sont payés, et ont avec eux, la journée, la clé de leur cellule. Avez-vous ressenti une différence entre ces prisonniers et leurs codétenus ?

Bien sûr ! Il y a beaucoup moins de tension à Respecto. D’un autre côté, c’est aussi très surveillé et au moindre faux pas, on repart en détention. On responsabilise les détenus, il faut être calme et respecter les horaires. Quand on est à Respecto, on a un travail, on recommence à devenir quelqu’un. Je pense que c’est un excellent chemin vers la réinsertion.