Pornographie : Qui est Michel Piron, le très mystérieux patron du site « Jacquie et Michel » ?

PORTRAIT Michel Piron, le fondateur du site pornographique «Jacquie et Michel», a été mis en examen dans le cadre d’une enquête ouverte en juillet 2020 à Paris pour viols et proxénétisme

Manon Aublanc
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Le tee-shirt du site pornographique amateur « Jacquie et Michel ».
Le tee-shirt du site pornographique amateur « Jacquie et Michel ». — Jacquie et Michel Facebook
  • Michel Piron, le propriétaire du site pornographique « Jacquie et Michel » a été mis en examen vendredi pour complicité de viol et traite d’être humain en bande organisée dans une enquête sur des soupçons de dérives dans le porno amateur.
  • Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris en juillet 2020 et confiée à la police judiciaire parisienne, après un signalement adressé par Osez le féminisme, les Effronté-es et le mouvement du Nid.
  • Mythe du secret, inexistence de « Jacquie », ascension fulgurante… 20 Minutes s’est penché sur Michel Piron, le patron le plus osé du porno amateur français.

« On dit merci qui ? ». Cette phrase, l’entreprise Jacquie & Michel a réussi à la mettre dans la tête d’une bonne partie des Français. Au point de devenir, au fil des ans, l’incarnation du porno amateur et de concurrencer Dorcel, parmi les leaders du milieu. Pourtant, si le nom et le slogan sont connus de tous, le visage de son fondateur, Michel Piron, n’a jamais été dévoilé. L’homme de 64 ans, habituellement si mystérieux, est sous le feu des projecteurs depuis sa mise en examen, vendredi​, pour complicité de viol et traite d’être humain en bande organisée dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de dérives dans le porno amateur. Il a été placé sous contrôle judiciaire.

Près de vingt ans après le lancement de Jacquie & Michel, Michel Piron, n’a jamais donné d’interview, alimentant un peu plus les légendes autour de la création de la petite entreprise, devenue un géant du porno français. « Sur la création de Jacquie & Michel, il y a autant d’histoires que d’interlocuteurs », explique Robin d’Angelo, journaliste et auteur du livre-enquête Judy, Lola, Sofia et moi (Edition Goutte d'Or, 2018), qui a infiltré l’industrie du porno amateur français.

Le mythe de « Jacquie »

C’est à la fin des années 1990 que la saga Jacquie & Michel débute. A l’époque, Michel Piron est instituteur dans la commune d’Odos, près de Tarbes, et suit une formation de webmaster avec l’Education nationale, selon un livre qui lui a été consacré, Avis aux amateurs, le journal de Jacquie et Michel (Tana éditions, 2006), désormais introuvable. Selon les auteurs, qui n’ont pas répondu à nos sollicitations, c’est en 1999 que Michel Piron, sa nouvelle compétence informatique en poche, crée une page Internet et y met quelques photos osées de ses propres vacances, étant lui-même adepte du libertinage. Face au succès, il lance trois ans plus tard, en 2002, un site de partage de photos libertines « jacquieetmichel.net », où ses amis de la communauté libertine peuvent poster leurs clichés.

Et Jacquie dans tout ça ? D’abord citée par plusieurs médias comme étant son épouse, elle est présentée ensuite comme une ancienne conquête. Mais finalement, ce n’est rien de tout ça. « Tout le monde s’est emballé en disant que Jacquie & Michel étaient un couple. Mais en fait, Jacquie est celle qui a envoyé ses premières photos à Michel sur l’une des premières messageries instantanées quand il a décidé de faire un site Web », explique Robin d’Angelo dans son livre.

L’épouse de Michel, Araceli Piron, elle, n’a « jamais eu de responsabilité dans l’histoire et la création de Jacquie & Michel », a raconté Thibaut, le fils du couple – désormais directeur général de la marque – au journaliste. Si elle n’a visiblement pas participé à la création du site, Araceli Piron, est aujourd’hui l’une des actionnaires, avec son mari et son fils, de la marque, selon les statuts consultés par 20 Minutes. A l’inverse de son époux, Araceli n’a pas été mise en examen, mais placée sous le statut intermédiaire de témoin assisté. Elle est ressortie libre à l’issue de sa garde à vue vendredi.

S’il gérait seul son site au début, Michel Piron est rejoint par Abel en 2007, qui deviendra son collaborateur pendant une dizaine d’années. « Michel et Abel alimentaient eux-mêmes dans la presse ce mythe du petit couple de cinquantenaires de province », poursuit le journaliste.

De l’entreprise familiale au géant du porno

Après le succès du site de partage de photos coquines, la marque « Jacquie & Michel » est déposée en 2004 à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI). En 2007, grâce à la démocratisation de l’Internet haut débit, le site prend un tournant majeur avec l’ajout de vidéos pornographiques d’amateurs. Et c’est une véritable réussite. La marque est transférée à la société Tawenda – devenue Arès depuis - avec, à sa tête, Michel Piron et son fils Thibaut, 34 ans, directeur général du groupe.

A partir de ce moment-là, l’entreprise familiale ne cessera jamais de s’étendre en créant plusieurs entreprises, dont « Jacquie & Michel TV » diffusée par Canal+ - dont la diffusion a été suspendue ce lundi par Canal + en raison de l’enquête qui vise Michel Piron -, « Jacquie et Michel Elite », une version haut de gamme avec des scénarios et des acteurs professionnels ou encore PornEverest.com, un site de VOD illimitée calqué sur le modèle de Netflix. L’entreprise enchaîne également les rachats, comme avec Hot Vidéo, un magazine pornographique, ou encore Colmax, une société de production et de distribution de films X. Ajoutez à cela l’ouverture de dizaines de sex-shop, la création de produits dérivés ou, tout récemment, le lancement d’une cryptomonnaie, le Jimizz (JMZ).

En quelques années, la petite entreprise familiale est devenue « la tête de gondole du secteur pro-amateur », estime Robin d’Angelo, qui évoque un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros en 2016 pour le groupe Arès.

Le culte du secret

Mais ce qui caractérise la marque quand on interroge les acteurs du secteur, c’est le culte du secret. « Ce sont des gens très discrets. J’ai déjà rencontré Thibaut Piron, le fils, mais je n’ai jamais vu Michel Piron, il ne rencontre personne, il refuse toute interview, il n’existe même pas de photos de lui », raconte Robin d’Angelo.

Même impression de mystère chez les actrices de films pour adultes, Alba Lala et Nikita Belluci, qui ont tourné à plusieurs reprises pour Jacquie & Michel : « Je n’ai jamais vu Michel. Mais je sais qu’il a quand même la main sur les films, c’est lui qui valide les profils des acteurs et des actrices et les scénarios », décrit Alba, qui a cessé de travailler avec la marque en raison d’irrégularités dans ses contrats.

Nikita Belluci, elle non plus, n’a jamais rencontré le patron de Jacquie et Michel, mais elle a déjà échangé, seulement par message, avec le fils : « Thibaut semble avoir pris la place de son père. Certains dans le milieu disent que Michel Piron s’est mis en retrait de l’entreprise, qu’il a passé totalement la main à son fils », ajoute la star du X. Thibaut Piron va-t-il succéder à son père à la tête de l’entreprise familiale ? En tout cas, le trentenaire, déjà directeur général et actionnaire du groupe Arès, n’est pas visé dans l'enquête ouverte par le parquet de Paris en juillet 2020.