Législatives 2022 à Paris : A l’approche du second tour, le projet de centre pour toxicomanes du 16e arrondissement bloqué

POLITIQUE Le projet de centre de soins pour toxicomanes du XVI est au point mort, faute de « concertation suffisante ». A l’approche de dimanche et du second tour des élections législatives, cette décision fait débat.

L.G. avec AFP
Une manifestation contre l'insécurité causée par les consommateurs de crack à Paris, en octobre 2021.
Une manifestation contre l'insécurité causée par les consommateurs de crack à Paris, en octobre 2021. — Photo d'illustration Olivier CORET
  • Le projet de création d’un centre de soin dans le XVIe arrondissement parisien pour toxicomanes « stabilisés » et ayant « déjà effectué un parcours de soins » a été suspendu en pleine campagne pour les élections législatives.
  • Le candidat LR et maire de l’arrondissement, Francis Szpiner, accuse la majorité présidentielle de s’immiscer dans la campagne en faveur de son adversaire : le macroniste Benjamin Haddad.
  • L’appel à projet est toujours en cours, tout comme la concertation avec les élus et les habitants du quartier.

A deux jours du second tour des élections législatives, le projet de création d’un centre de soin  pour toxicomanes dans le 16e arrondissement de Paris s’invite dans la campagne. Annoncé par la mairie mais rejeté par la droite locale, ce projet « ne peut être validé en l’état » faute notamment d’une « concertation suffisante », a indiqué ce jeudi le ministère de la Santé.

La prise en charge des « usagers de drogues » s’éloigne des beaux quartiers de la capitale. Un appel à projet lancé en janvier par l'agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France devait désigner un site pour l’accueil de 35 lits médicalisés destinés à des toxicomanes sans domicile fixe.

Un projet de centre pour consommateurs « stabilisés »

Mi-mai, l’adjointe à la santé d’Anne Hidalgo, Anne Souyris, avait annoncé le choix de l’ancien hôpital Chardon-Lagache, proposé par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et précisé que le lieu recevrait des consommateurs de crack « stabilisés » et ayant « déjà effectué un parcours de soins ».

Reconnaissant « qu’il existe un besoin de santé pour ces populations », le ministère considère que « pour autant, en l’état, le projet ne peut être validé, au vu des inquiétudes qui s’expriment et en l’absence d’une concertation suffisante ».

Pas de consommation de drogues prévue sur place

Le sujet a entre-temps pris un tour politique : début juin, l’opposant local Rudolph Granier (LR) avait accusé la majorité municipale de gauche de « gangrener le XVIe » et de « poursuivre la diffusion du crack à Paris » – bien que la structure n’ait pas pour objet la consommation sur place de stupéfiants.

Dans le camp macroniste aussi, le candidat aux élections législatives Benjamin Haddad a récemment demandé à la ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, de surseoir à ce projet pouvant selon lui « porter atteinte à la sérénité du quartier ». A plus forte raison avant un second tour serré dimanche face au maire (LR) de l’arrondissement, Francis Szpiner.

« Non-assistance à personne en danger »

A ce stade, « l’appel à projet est toujours en cours d’instruction », ajoute le ministère et « aucune décision définitive ne sera prise sans qu’une concertation avec les acteurs concernés, les élus et les habitants ne soit menée ». Cette concertation est d’ailleurs « déjà en cours », a précisé l’ARS, qui « envisage de la poursuivre et de l’approfondir ».

Un délai supplémentaire dénoncé comme une « non-assistance à personne en danger » par Anne Souyris, car il est question « de gens très malades qui nécessitent d’être en situation médicalisée et on ne va pas le faire parce que c’est l’avant-veille des législatives ».

Le candidat macroniste crie victoire

Benjamin Haddad s’est de son côté félicité sur Facebook que le projet soit « bloqué », promettant à ses électeurs d’être « un élu qui (les) protégera (…) avec le gouvernement pour défendre nos valeurs ».

Une déclaration qui n’a pas manqué de faire réagir dans le camp LR, rapporte Le Monde : « Je suis scandalisé que la ministre de la santé se fasse l’agent électoral de M. Haddad. Mais M. Haddad n’a rien réglé. La concertation continue et le projet n’a pas disparu », a déclaré Francis Szpiner.

La présence dans l’espace public des consommateurs de crack – dérivé bon marché et très addictif de la cocaïne – est un sujet ultrasensible pour certains quartiers du nord-est parisien, confrontés aux nuisances, ainsi que pour la mairie et l’Etat, qui peinent à se mettre d’accord sur des sites pour résoudre cette problématique.