Reims : Cinq maisons ont été construites grâce à l’impression 3D, une première en France

IMMOBILIER Cette technique de construction permet notamment de développer la créativité et de réduire l’impact environnemental

20 Minutes avec agence
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L?impression 3D a été utilisée pour concevoir 35 murs des cinq maisons reliées entre elles (Illustration).
L?impression 3D a été utilisée pour concevoir 35 murs des cinq maisons reliées entre elles (Illustration). — Daniel Sangjib Min/AP/SIPA

C’est une première en France. Cinq maisons bâties grâce à une technique novatrice d’impression du béton en 3D ont fait leur apparition à Reims ( Marne), au coût pour l’instant 25 % plus élevé que les bâtiments traditionnels, mais qui pourrait à l’avenir considérablement faciliter la tâche des constructeurs. « C’est simple et beau. Parfois la simplicité n’est pas facile à obtenir » : devant un mur d’apparence texturée, composé de fins boudins de béton empilés horizontalement les uns sur les autres, Rochdi Zardi, 60 ans, locataire qui emménagera le 1er juillet avec sa famille, affiche un large sourire.

Développement de la créativité

« Ça fait un an que je cherchais un logement social de plain-pied », explique cet ancien enseignant et ancien gestionnaire de supermarché, qui ne travaille plus pour pouvoir s’occuper de sa femme lourdement handicapée. Le loyer pour sa future maison comportant trois chambres et un jardin, bâtie dans l’éco-quartier Rema’Vert sur un ancien site ferroviaire, s’élève à 920 euros par mois, au lieu de 700 pour son actuel appartement en étage. « Ici, ce sera un peu plus cher comme loyer, mais quand on compare ce qu’on a, c’est très correct. Quand on voit les prix dans le privé ! En plus, une maison comme ça, neuve ! », s’exclame-t-il. De fait, les murs montés par l’aller-retour d’une tête d’imprimante chargée de béton liquide qui se solidifie en cours de formation, permettent la créativité. Notamment d’imaginer des murs courbes à la carte, un luxe pour un logement social.

50 % de béton de moins qu’une construction traditionnelle

Ici, l’impression 3D n’a pas été utilisée partout, seulement pour 35 murs des cinq maisons reliées entre elles (cuisines, salles de bains, toilettes utilisant des murs classiques). Un mur entier 3D, réalisé par la start-up XtreeE, basée à Rungis dans le Val-de-Marne, fait une vingtaine de centimètres d’épaisseur. Il est composé de deux parois de quelques centimètres, reliées entre elles par des raidisseurs (sortes de zigzag de béton) qui assurent la cohésion du tout. L’espace au centre est vide, et peut être utilisé pour accueillir un isolant, soit en laine de roche, soit en matériaux biosourcés comme le chanvre. « Cela permet un chantier sec, en atelier, pas de béton coulé sous les intempéries, pour construire plus vite avec moins d’aléas et sans porter de parpaings, car les murs sont transportés en camion et portés à la grue », souligne Romain Duballet, directeur de XtreeE Studio. La technique permettrait surtout d’utiliser 50 % de béton de moins qu’une construction traditionnelle avec un mur de béton armé coulé entre deux éléments de coffrage verticaux appelés banches, font valoir ses promoteurs.

« Liberté des formes »

Un à trois murs ont été imprimés par jour. « Ce que la 3D permet surtout, c’est d’aller plus vite, de réduire la pénibilité de la construction », dit Florent Haas, directeur de l’agence Champagne du constructeur Demathieu Bard Construction qui a coordonné le chantier. La méthode permet aussi de réduire le gâchis. « En moyenne de l’ordre de 30 % de matières sont gâchées sur un chantier classique », estime Emmanuel Coste, l’architecte du projet, pour qui son principal avantage est « la liberté des formes ».

L’initiative de la technique revient au bailleur social Plurial Novilia, installé en Champagne-Ardenne et en Ile-de-France, qui s’est battu pour obtenir une certification du procédé 3D par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTV). Cette homologation garantit « l’assurabilité » aux cinq maisons en leur assurant la précieuse « garantie décennale » engageant la responsabilité des constructeurs, architecte compris, pendant dix ans contre des malfaçons, norme de construction française qui figure parmi les plus strictes du monde.

Un impact environnemental réduit

Pour la 3D, « nous avons développé un béton de haute performance pour résister aux pressions, mais moins dosé en ciment pour réduire les émissions de gaz à effet de serre », explique Olivier Martinage, responsable de l’impression 3D béton du groupe cimentier Vicat qui a participé à l’aventure. Son prochain défi, utiliser aussi des granulats recyclés dans l’imprimante, pour réduire encore l’impact sur le climat, le processus de fabrication du ciment étant très émetteur de dioxyde de carbone. Mais pour l’architecte Emmanuel Coste, le principal défi à relever sera certainement d’arriver « à imprimer des murs avec autre chose que du béton ». « Le béton c’est la solution qu’on a sous la main pour l’instant, mais il émet encore énormément de gaz à effet de serre, il est clair qu’il faudra en sortir ».