Ille-et-Vilaine : Après un accouchement à domicile, un couple se fait retirer son bébé et sa fille

PETITE ENFANCE La situation d’une famille résidant à Vitré, près de Rennes, a ému de nombreux internautes, relançant le débat sur les accouchements non assistés

Camille Allain
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A Vitré, en Ille-et-Vilaine, les parents de Lou ont vu leur bébé leur être retiré après un accouchement à domicile.
A Vitré, en Ille-et-Vilaine, les parents de Lou ont vu leur bébé leur être retiré après un accouchement à domicile. — Didier Pallagès/AFP
  • A Vitré, près de Rennes, des parents ont vu les gendarmes débarquer à leur domicile pour leur retirer leur bébé et leur fille aînée.
  • Le retrait des enfants s’est déroulé après un accouchement non assisté qui s’est déroulé au domicile du couple.
  • Le département d’Ille-et-Vilaine a alerté le procureur de la République, en raison « des éléments de risque de danger » sur la santé des deux enfants.

Elle ne peut contenir ses larmes. Samedi, une jeune maman a posté un message très relayé sur les réseaux sociaux pour dénoncer le placement du bébé qu’elle venait de mettre au monde quelques jours plus tôt à son domicile près de Vitré, en Ille-et-Vilaine. Agée de 2 ans, l’aînée de la petite Lou a également été placée dans une pouponnière, laissant les parents dans l’incompréhension. Une histoire qui a rapidement trouvé un écho sur les réseaux sociaux, notamment auprès des défenseurs des accouchements non assistés. Car c’est bien là le premier obstacle auquel Noémie et Raphaël, les parents de la petite Lou se sont heurtés. Et c’est pour cela qu’ils ont vu les gendarmes débarquer à leur domicile pour leur retirer leurs deux filles.

Le jeudi 7 juin, le père s’est présenté au service d’état civil de la mairie de Vitré pour déclarer la naissance de sa fille le 3 juin à son domicile. Lui et sa compagne ont fait le choix « mûrement réfléchi » d’un accouchement non assisté qui s’est « parfaitement déroulé » à leur domicile. La maman va bien, le bébé aussi. Sauf que ça, l’officier de l’état civil avait besoin d’en avoir la preuve. En l’absence d’attestation d’un médecin ou d’une sage-femme, le père est revenu le 8 juin avec sa compagne et son enfant, dernier jour possible pour déclarer la naissance « en indiquant qu’il n’avait pas trouvé de médecin ni de sage-femme pour établir un certificat médical », précise la maire de Vitré Isabelle Le Callennec. La déclaration de naissance a pu être enregistrée.

Ce jour-là, l’agent d’état civil a insisté pour rappeler l’importance de faire visiter l’enfant par un médecin afin de s’assurer de son état de santé « sans que ce conseil semble trouver d’écho favorable près du père », précise la municipalité vitréenne. L’agent a alerté la Protection maternelle et infantile de la naissance, l’informant de l’absence de visite médicale. « Le service état civil a ainsi respecté la réglementation », promet la municipalité.

La demande de placement des enfants a été effectuée par le département d’Ille-et-Vilaine, qui a adressé un signalement au procureur de la République de Rennes. Le motif ? « Des éléments de risque de danger sur la santé et le suivi médical de deux enfants d’une famille vitréenne », précise le département dans un communiqué.

C’est ensuite le parquet qui a ordonné le placement auprès des services de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) avant de saisir le juge des enfants qui devra statuer sur cette situation. Mais quand ? « On nous a dit qu’on ne pourrait pas voir nos enfants avant trois semaines », dénonce Noémie, qui n’est donc pas autorisée à l’allaiter.

Une avocate verra le juge ce mardi

Après discussion, elle a obtenu l’autorisation de tirer son lait pour qu’il soit donné à son bébé. Mais la tension est montée très fortement quand les parents ont exprimé leur incompréhension face à ce placement qu’ils jugent abusif. « L’aide sociale à l’enfance du département d’Ille-et-Vilaine continuera à accompagner les parents et les enfants concernés, dans le respect des décisions rendues par la justice », assure le département.

Grâce à une collecte de fonds organisée en ligne par des proches de la famille, une avocate a été engagée. Elle devrait voir le juge ce mardi. Les parents continuent de solliciter un droit de visite, estimant « qu’il n’y a pas de réelle raison » qu’ils ne voient pas leurs deux filles.