Vol à l’arraché, par « opportunisme » ou cambriolage… Les chiens de plus en plus prisés par les voleurs

NOS AMIS LES BÊTES Certaines portées de chiots pure race peuvent se revendre jusqu’à 10.000 euros, un business très lucratif que les voleurs ont choisi d’exploiter

Manon Aublanc
— 
Plusieurs chiens ont été empoisonnés dans le Bas-Rhin
Plusieurs chiens ont été empoisonnés dans le Bas-Rhin — Winsker / Pixabay
  • Spitz nain, Chihuahua, Bouledogue français, Staffie, American Staffordshire Terrier, American Bully… Très à la mode, certaines races sont particulièrement convoitées par les voleurs.
  • Et pour cause, certaines portées de chiots peuvent se revendre sous le manteau jusqu’à 10.000 euros en fonction de leur race, leur couleur et leur pedigree.
  • Pour parvenir à leurs fins, les voleurs sont prêts à tout, des cambriolages aux vols organisés en passant par de violentes agressions en pleine rue.

Le 21 septembre 2021, Josie, une petite bouledogue française d’un an et demi est kidnappée au bois de Vincennes par un couple d’une soixantaine d’années. « Elle se promenait avec une éducatrice chez qui je l’avais mise en stage, qui avait une dizaine d’autres chiens. Ils étaient tous détachés. Josie s’est approché d’un couple d’une soixantaine d’années, de bonne allure, elle a joué quelques minutes avec eux. L’éducatrice a détourné le regard un instant et quand elle s’est retournée, elle a vu le couple au loin partir avec Josie », raconte son propriétaire, Anthony, un coiffeur d’une trentaine d’années.

Quatre jours plus tard, l’animal est retrouvé dans un bois de l’Aisne, à plus de 100 kilomètres de Vincennes. « Un vétérinaire m’a appelé en me disant que des promeneurs lui avaient ramené Josie, qu’ils l’avaient trouvé dans la forêt. Ils faisaient un barbecue, la chienne s’est approchée d’eux, elle était épuisée, elle n’avait plus de collier et elle était couverte de tiques », poursuit le jeune homme.

Des vols « d’opportunisme »

S’agit-il d’un réseau de voleurs de chiens ? Si l’enquête s’est arrêtée quand Josie a retrouvé son propriétaire, pour Nathalie, la vice-présidente de la Brigade de protection animale (BPA), une association majoritairement composée de policiers et gendarmes bénévoles, la petite chienne a été volée par « opportunisme », le vol le plus courant. « Ce sont des gens qui passent, qui voient des chiens seuls dans une forêt ou attachés devant un commerce, ils les prennent, ils se disent qu’ils pourront le vendre quelques centaines d’euros », explique la policière. « Le plus souvent, c’est simplement que l’occasion se présente. Ils volent un chien comme ils voleraient un portefeuille », confirme une autre source policière.

Pour Catherine, fondatrice d’une association spécialisée dans la traque de ces chiens volés : « Ce n’est pas une mafia, ce sont des gens lambda, ça peut être n’importe qui, un jeune de 18 ans, un couple ou une mère de famille qui veulent arrondir leurs fins de mois ».

Certains voleurs, eux, sont bien plus organisés et n’hésitent pas à voler les canidés directement dans les jardins des propriétaires ou dans les voitures voire en pleine rue. « On a observé une hausse des vols à l’arraché. Ils vont même jusqu’à couper la laisse, à menacer ou à frapper les maîtres avec une arme au moment de la promenade pour récupérer l’animal. Ces vols-là sont de plus en plus violents », décrypte Nathalie. C’est le cas d’Océane, 24 ans, violemment frappée et traînée au sol sur plusieurs mètres par deux hommes qui lui ont volé Ryuk, son American Bully de six mois, en mars 2021 à Villiers-sur-Orge (Essonne), une race qui peut coûter « jusqu’à 10.000 ou 15.000 euros ».

D’autres chiens, eux, ont même des contrats sur leurs têtes. « Certains voleurs ont besoin d’un chien précis, d’une certaine race, d’une certaine couleur. Ils emploient des commanditaires, qui repèrent l’animal, le propriétaire, les moments où il est absent, parfois même le chemin de balade. Et puis ils mettent en place des surveillances du domicile pour aller voler le chien quand le maître s’absente », explique la vice-présidente de la BPA. Si les rapts par des réseaux organisés existent, il s’agit « d’un phénomène très marginal », nuance, de son côté, la police nationale.

Des chiens « à la mode »

Certains chiens volés sont immédiatement revendus sur Internet, « souvent en moins de 24 heures », précise Catherine, mais d’autres servent à la reproduction. « Ils volent une chienne qui n’est pas pucée et pas stérilisée pour la faire reproduire et revendre les chiots derrière, qui sont intraçables », explique Nathalie. Et pour cause, autant pour les éleveurs que pour les voleurs, le business est très lucratif. Si les chiens se vendent entre 1.500 et 3.500 euros chez les professionnels, les voleurs, eux, peuvent récupérer jusqu’à 10.000 pour certaines portées de races populaires.

Parmi elles, des petits chiens comme le Spitz Nain, le Chihuahua, le Yorkshire ou le Bouledogue français ou des chiens plus imposants, à l’image du Staffie, du American Staffordshire Terrier ou du American Bully. « Ce sont les races à la mode qui sont volées », estime la police nationale, qui rappelle que ce délit est passible d'une peine allant jusqu'à trois ans de prison et 45.000 € d'amende.

Mais entre les propriétaires qui ne déposent pas plainte et ceux dont les bêtes ont fugué, « difficile de quantifier précisément » les vols de chiens en France, estime la police nationale. Certaines associations, elles, évoquent 75.000 vols par an - un chiffre impossible néanmoins à vérifier. En 2020, la page Facebook ADA (Alerte Disparition Animaux) a reçu 267 signalements de vols de chien, 269 en 2021, affirme Nathalie, qui centralise les alertes. Les bénévoles ont même élaboré une carte de France pour recenser les vols à travers le territoire.

Un Spitz nain lors d'un concours en 2015.
Un Spitz nain lors d'un concours en 2015. - VYACHESLAV OSELEDKO / AFP

L’identification, la clef pour retrouver l’animal

« C’est devenu de l’argent extrêmement facile », poursuit Catherine, pour qui le business a augmenté de manière exponentielle ces cinq dernières années, et plus particulièrement pendant le confinement.

« Pendant cette période, les achats et les adoptions ont grimpé en flèche. Fatalement, quand il y a plus de demandes, ça fait exploser le marché des vols de chiens », selon la vice-présidente de la BPA, rappelant que le trafic d’animaux est le troisième trafic derrière celui des armes et des stupéfiants. « Comme ils ne pouvaient plus rentrer dans les maisons puisque tout le monde était chez soi, les cambrioleurs se sont rabattus sur les animaux dans les jardins », note Catherine.

Les acteurs de la protection animale sont formels : l’identification et la stérilisation restent les meilleurs moyens de protection contre les vols. « Un chien qui n’est pas pucé, c’est très difficile de le retrouver, ça divise drastiquement les chances. C’est la même chose pour la stérilisation, une chienne stérilisée intéressera moins les voleurs pour de la reproduction », justifie Nathalie. C’est d’ailleurs ce qui a sûrement permis à Anthony de retrouver la petite Josie, qui était stérilisée et pucée : « En plus, ce n’est pas une pure race, elle ne servait à rien pour les voleurs, donc ils l’ont abandonnée ».