Lycée : Les élèves de seconde vont-ils s’emparer de la nouvelle option maths en 1re ?

EDUCATION Les maths qui avaient disparu du tronc commun au lycée, font leur retour dès la rentrée, mais sous forme d'option

Delphine Bancaud
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Au lycée Louis Feuillade de Lunel, le 11 mai 2022.
Au lycée Louis Feuillade de Lunel, le 11 mai 2022. — Alain ROBERT/SIPA
  • Emmanuel Macron a annoncé jeudi dernier, lors d’une visite à Marseille, le retour des mathématiques « en option », « non obligatoire », en classe de 1re dès la rentrée prochaine.
  • Une nouvelle qui tombe tardivement, alors que beaucoup d’élèves de seconde n’ont plus qu’une semaine de cours.
  • Certains élèves ayant choisi la spécialité maths en 1re pourraient changer leurs plans et en prendre une autre, en s’inscrivant en option maths en parallèle. Ce qui pose question.

Une nouvelle qui prend les proviseurs et les lycéens de court. Emmanuel Macron a annoncé jeudi, lors d’une visite à Marseille, le retour des mathématiques « en option », « non obligatoire », en classe de 1re dès la rentrée prochaine. « Cet enseignement permettra aux non-spécialistes de consolider l’apprentissage et la maîtrise des notions fondamentales et de poursuivre le cas échéant avec l’option mathématiques complémentaires en terminale », a précisé le ministère de l’Education nationale, dans un communiqué.

Problème : cette information tombe alors que beaucoup de lycéens de seconde ont déjà eu leur conseil de classe et qu’ils ont souvent déjà rendu leur fiche dialogue dans laquelle ils ont déterminé quelles spécialités ils souhaitent prendre en 1re. Or, certains de ceux qui ont choisi la spécialité maths, mais n’ont pas un excellent niveau dans la matière, pourraient être tentés de changer leur fusil d’épaule : « Ils peuvent se dire que l’option maths leur suffira pour la suite et finalement choisir une autre spécialité dans laquelle ils sont plus à l’aise », indique Eric Labastie, secrétaire général de la FCPE.

Difficile de conseiller les élèves…

Certains proviseurs ont déjà envoyé un mail aux élèves afin d’inciter ceux inscrits en spécialité maths (réputée très exigeante) à réviser leur choix. Mais d’autres misent sur la prudence, à l’instar de Christelle Kaufmann, proviseure du lycée Louis-Rascol à Albi et membre du SNPDEN : « C’est difficile de leur conseiller d’abandonner la spécialité maths au profit de l’option, car on ne connaît pas encore le programme de cette dernière qui ne sera publié que fin juin. On sait juste qu’elle abordera les statistiques, les probabilités et le traitement des données. On ne voudrait pas qu’ils se retrouvent bloqués par la suite dans le choix de leurs études supérieures ».

Selon Mélanie Guenais, vice-présidente du collectif des sociétés savantes et associations des professeurs et universitaires scientifiques : « Penser que l’option maths suffira pour se diriger vers la gestion, l’économie, les Staps, la filière santé, la psycho, voire même le droit est très risqué. Car dans ces filières, on privilégie davantage, sur Parcoursup, les dossiers de candidats qui ont suivi la spécialité maths », indique-t-elle.

Quid de l’option maths complémentaires en terminale ?

Autre interrogation : si l’option maths peut permettre d’accéder à l’option maths complémentaires en terminale, les élèves auront-ils le niveau pour suivre cette dernière ? Car, à l’origine, cette option de terminale est destinée aux élèves qui abandonnent la spécialité maths en fin de 1re mais qui ont tout de même besoin de maîtriser quelques bases de mathématiques pour leur poursuite d’études. « Les élèves qui auront fait 1h30 d’option maths par semaine en 1re vont se retrouver avec des camarades qui en auront suivi 4h par semaine. Les groupes risquent d’être très hétérogènes », souligne Eric Labastie.

« Or, les maths nécessitent une pratique régulière. C’est comme cela qu’on acquiert des automatismes. Donc suivre 1h30 à par semaine dans des groupes qui seront peut-être composés de 40 élèves, cela risque d’être insuffisant pour y parvenir », souligne Mélanie Guenais. « Dans l’idéal, il faudrait que les lycées mettent en place des séances de remise à niveau en terminale pour que les élèves ayant juste suivi l’option maths puissent rattraper leurs camarades. Mais auront-ils les moyens de le faire ? », interroge Christelle Kaufmann.

Tous les lycées pourront-ils proposer l'option ?

Les lycées qui n’ont pas choisi la spécialité maths auront moins de questions à se poser. « Dans mon lycée, ils représentent 30 % des élèves de 1re. J’espère vraiment que beaucoup d’entre eux suivront l’option maths », confie Christelle Kaufmann. « Encore faut-il que l’information passe bien, puisque les élèves de seconde finissent les cours vendredi », ajoute Eric Labastie. « L’enjeu est surtout de savoir si les filles et les lycéens issus de milieux défavorisés inscrits dans d’autres spécialités, voudront suivre cette option. Car la réforme du bac a accru les inégalités en ce qui concerne l’accès aux mathématiques », ajoute Mélanie Guenais.

Last but not least. Reste à savoir si tous les établissements seront en capacité de proposer cet enseignement facultatif. « Il y a une telle pénurie de profs de maths, qu’il va falloir jouer sur les heures supplémentaires que les enseignants pourront prendre », souligne Eric Labastie. « Dans certains lycées, on aura très certainement recours aux contractuels pour assurer toutes les heures », ajoute Christelle Kaufmann.