Nice : Avec son camion consultation, l’Ordre de Malte soigne les personnes sans-abri

REPORTAGE Grâce à ce véhicule équipé « comme une salle de consultation », depuis septembre, 1.000 patients ont pu être pris en charge par des médecins, infirmiers et pharmaciens bénévoles de l’Ordre de Malte à Nice

Elise Martin
Le camion se présente comme « une petite salle de consultation » avec médecin, infirmier et pharmacien bénévole
Le camion se présente comme « une petite salle de consultation » avec médecin, infirmier et pharmacien bénévole — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Deux fois par semaine, à deux endroits différents de la ville où des distributions alimentaires sont effectuées, un camion équipé et des médecins bénévoles sont mobilisés pour fournir des soins médicaux aux personnes sans-abri grâce à l’Ordre de Malte.
  • Ce projet pilote, encore unique en France, devrait bientôt se déployer dans d’autres départements.

Gérald, 54 ans, sort tout sourire de l'« antenne sanitaire mobile », installée avenue du XVe corps à Nice. « Je viens vraiment quand j’ai besoin. Là, j’ai mal à la gorge et le nez parce que je dors dehors. Et puis comme je suis cardiaque, on m’a aussi donné un peu de médicaments. J’ai déjà fait deux infarctus. »

Tous les lundis matin et les jeudis soir, la branche locale de l’Ordre de Malte va à la rencontre des personnes sans-abri de Nice aux points de rendez-vous de distribution alimentaire. Grâce à un véhicule équipé « comme une salle de consultation » et des médecins, infirmiers et pharmaciens bénévoles, l’association prodigue des « petits soins » à « ceux qui sont dans la rue », décrit Amicie de Saint-Louvent, déléguée départementale et instigatrice du projet encore unique en France. « Depuis sept mois et le lancement de l’opération, on a vu plus de 1.000 patients, à raison de 15 à 20 consultations par soir », indique la responsable.

« Sans eux, on serait dans le pétrin »

Parmi les médecins bénévoles, le Dr Pierre Gidel. Il a rejoint l’aventure après la demande d’Amicie, qui n’est autre que sa patiente. « On a tout ce qu’il faut dans le véhicule en termes d’appareils et de nécessaires de soins, et si jamais c’est trop grave, on a un deuxième camion pour aller aux urgences, précise-t-il. On traite le tout-venant des personnes qui vivent dehors : des problèmes d’alcools, des blessures et beaucoup de problèmes dermatologiques et dentaires. »

Au fil des semaines, ce médecin généraliste de 69 ans revoit certains patients avec qui « une relation s’établit ». « On a l’impression de faire quelque chose. Personnellement, je m’étais toujours dit que je ferai de l’humanitaire. C’est ma manière de donner un peu de ce que la médecine m’a donné », sourit-il timidement.

Depuis que le van s’est installé, Henri, anciennement à la rue qui est devenu membre de plusieurs associations d’aide aux sans-abri, a bénéficié « trois ou quatre fois » du service. « C’est formidable ! Sans eux, on serait dans le pétrin. Avec tous les problèmes qu’on a dans la rue, on n’a littéralement pas les moyens de s’en sortir. En plus, ils sont à l’écoute. Tant qu’ils sont là, on est heureux ».

Bientôt le projet du camion déployé dans d’autres départements

A l’origine du concept, la déléguée départementale, bénévole depuis vingt ans dans l’association. « Quand on fait partie de l’Ordre, notre but est de secourir les malheureux, développe Amicie de Saint-Louvent. Je voulais faire quelque chose de médical car il existe déjà des maraudes avec des médecins qui partent avec des sacs à dos mais ils arrivent à soigner quatre ou cinq personnes par sortie. Il fallait quelque chose qui aide plus de monde. En tout, il a fallu un an pour avoir toutes les autorisations et c’est le résultat d’une synergie d’acteurs qui a permis de monter ça. »

Et notamment, Eric Odienne, bénévole en charge du véhicule, qui s’est occupé du projet avec Amicie de Saint-Louvent. Il ajoute : « Malgré les structures qui existent comme la Croix-Rouge, Médecins du monde ou encore le service spécial à l’hôpital pour les personnes sans Sécurité sociale, les gens n’y vont pas. On a compris que la solution était d’aller vers eux ».

Bientôt un troisième rendez-vous par semaine ?

Lorsque vient l’heure de la distribution alimentaire, avec un autre bénévole, il se rend dans la foule et explique ce que l’Ordre de Malte peut faire pour eux. Ils remplissent alors une fiche pour avoir « un suivi » même si « avec les personnes de la rue, c’est très compliqué », souligne-t-il.

« On pensait ne faire que des soins de bases mais on doit aller plus loin que ça, poursuit-il. On fait du lien social, ce qui remplit déjà un énorme manque. On a aussi réussi à collaborer avec une podologue qui réserve toutes les deux semaines des créneaux pour accueillir et soigner gratuitement les personnes sans-abri que nous lui amenons. » Vu les besoins et la demande, les équipes réfléchissent à mettre en place un troisième rendez-vous par semaine. Très prochainement, cette antenne sanitaire mobile sera également déployée dans d’autres départements, assure-t-on du côté de la communication de l’association.