Journée mondiale du vélo : La Bretagne divise par trois le prix pour embarquer son vélo dans ses trains

TRAIN TRAIN Pour éviter les conflits entre usagers, des places assises ont été supprimées dans certains trains pour accueillir des cyclistes et leurs vélos

Camille Allain
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En gare de Rennes, des panneaux indiquant le système de réservation pour embarquer son vélo dans les TER ont été installés.
En gare de Rennes, des panneaux indiquant le système de réservation pour embarquer son vélo dans les TER ont été installés. — C. Allain / 20 Minutes
  • Les Nations Unies ont fait du 3 juin la journée mondiale de la bicyclette, l’occasion « d’attirer l’attention sur les avantages de son utilisation – un moyen de transport durable simple, abordable, propre et respectueux de l’environnement ». 20 Minutes s’est donc lancé dans un tour de France de la pratique du vélo de Lille à Nice, de Nantes à Strasbourg, via Paris ou Toulouse.
  • A Rennes, la question du transport des vélos dans les trains est revenue sur la table. La région Bretagne vient d’imposer la réservation pour embarquer son deux-roues dans les TER cet été.
  • La région a consenti à diviser le prix de cette réservation par trois, après les critiques des usagers formulées l’an dernier.

Pas facile d’attraper les cyclistes en gare de Rennes le matin. A peine le train arrêté, ils descendent le quai à pied avant de vite enfourcher leur vélo pour aller au boulot. On fait quelques pas aux côtés de Pierre (on n’est pas sûr du prénom). Il vient presque tous les jours de Vitré en TER avec son vieux deux-roues de course rouge. « C’est vrai que c’est galère de trouver une place dans le train. Surtout le mercredi, il y a de plus en plus de monde. Mais ça reste le moyen le plus pratique pour moi », glisse le jeune homme.

Jean-Paul non plus n’a pas le temps. Gilet jaune sur le dos, le retraité doit partir à Nantes mais galère à réserver son billet sur la borne. Il court avec son VTC jusqu’au guichet avant de foncer vers le quai et d’attraper in extremis son train. Jean-Paul sait que depuis le 1er juin, il faut payer pour embarquer son vélo dans les trains régionaux de Bretagne. Mais il ignorait que cet achat était impossible aux bornes et même au guichet. Sa seule solution : attraper un contrôleur à bord au risque que le compartiment soit plein. L’idéal : réserver en ligne sur le site Internet de Breizhgo.


« J’aimerais bien prendre celui d’avant mais il est blindé »

Ce système de réservation relancé pour l’été avait été mis en place l’an dernier pour éviter que des cyclistes ne puissent pas monter dans le train. « A toutes les vacances, on avait des gens qui restaient à quai parce qu’il n’y avait pas de place pour leur vélo. On ne pouvait pas rester sans rien faire », reconnaît Benjamin Flohic, conseiller régional chargé du dossier.

Yohann le sait bien. Chaque matin, il emprunte le train de 8h40 à Guipry-Messac pour éviter la foule. « J’aimerais bien prendre celui d’avant mais il est blindé, surtout à partir de Bruz. C’est trop galère ». La gratuité a pourtant des avantages aux yeux de certains. Sarah, une Australienne en virée à Saint-Brieuc, adore les trains régionaux pour ça. « Dans les TGV, c’est pourri, tu dois absolument réserver et il n’y a que deux ou trois places par train. Dans les TER, c’est formidable, tu peux toujours monter ». Depuis le 1er juin, il lui est pourtant conseillé de réserver aussi pour les TER, au risque de rester à quai.

Des places assises condamnées pour les vélos

Pour ce deuxième été, la région a consenti un effort important en divisant par trois le prix du transport d’un vélo, passant de trois à un euro. « C’est un prix symbolique, un minimum pour garantir une place à chaque voyageur », embraye l’élu régional. Envisagée, la gratuité a été écartée en raison du risque de « surréservation » qui aurait pu pousser des usagers à retenir leur place dans plusieurs trains. « Je comprends l’argument mais je pense qu’on devrait quand même inciter les gens à prendre leur vélo en restant gratuits », estime Stéphane, en descendant du TER en provenance de Montauban-de-Bretagne.

Lui est abonné aux services de Breizhgo et n’est donc pas concerné par la réservation à un euro. Mais il galère un peu quand les estivants se font plus nombreux. Pour faire face à ce pic de fréquentation estival, la région Bretagne a accepté de « transformer » certains trains en recouvrant des places assises de bâches pour y accueillir des vélos. Les lignes vers Quimper, Brest et Saint-Malo sont concernées, à raison d’une centaine de trains par semaine.

L’an dernier, 18.000 réservations sur l’été en Bretagne.

« On s’est inspirés de ce qui s’est fait en région Nouvelle-Aquitaine pour le proposer à la région. C’est une adaptation peu coûteuse qui permet d’accueillir 16 vélos de plus dans chaque train », explique Frédéric François, représentant du collectif Bicyclette Bretagne et de l’association Rayons d’Action. Le système a parfois été critiqué, notamment pour son coût, mais il a trouvé son public. L’an dernier, on a compté 18.000 réservations rien que sur l’été en Bretagne.

Reste à régler l’épineuse question des trains du quotidien. Alors qu’ils sont presque neufs, les trains à étage Regio2N achetés par la région ne présentent que très peu de places pour les deux-roues. « C’est une contrainte aux heures de pointe. Pour les pendulaires, nous voulons nous inspirer de ce qui se fait aux Pays Bas en encourageant l’utilisation des parkings à vélos sécurisés dans les gares », détaille Frédéric François. Inconvénient : le voyageur doit disposer de deux vélos. Ou bien avoir la possibilité d’en louer un très facilement à proximité des quais. Les Néerlandais y parviennent. Les Bretons pas encore.