Biloute, y a des branquignoles sur la route, on s'escampe... Waze c'est désormais avé' l'accent

TELEGUIDAGE L'application Waze lance trois nouvelles voix de guidage. Désormais, les conducteurs peuvent suivre leur trajet avec l'accent toulousain, ch’ti ou provençal. Un moyen de banaliser plutôt que de stigmatiser pour une sociolinguistique toulousaine

Béatrice Colin
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Waze propose à ses utilisateurs d'être guidé par des voix avec accent
Waze propose à ses utilisateurs d'être guidé par des voix avec accent — Geeko
  • Etre guidé par une voix à l’accent toulousain, ch’ti ou provençal est désormais possible sur l’application de navigation Waze qui compte 17 millions d’utilisateurs en France.
  • Lancés aujourd’hui, ces trois choix de langues régionales, et de leurs expressions typiques, ont été plébiscités par les usagers.
  • Pour Elatiana Razafi, sociolinguistique à l’Université Jean-Jaurès de Toulouse, il est important de pouvoir avoir une visibilité des diversités linguistiques et déconstruire les stéréotypes.

« Y’a danger là, si tu veux pas finir dans le bartas, attention ». Adieu la voix presque métallique et monotone qui vous prévient du danger lorsque vous roulez. Désormais, celle d’Antonin peut amener un grain de folie dans l’habitacle d’une voiture lorsque son chauffeur décide de lancer l’application Waze. Depuis ce mardi, l’application de navigation propose l’accent toulousain et des expressions typiques des berges de la Garonne pour déjouer les pièges de la route. « À m’en donné », « boudu » ou encore « branquignole » font désormais partie du vocabulaire de cet assistant à la conduite bien occitan.


Mais les 17 millions d’utilisateurs français peuvent aussi choisir de faire appel à Mireille et son accent provençal pour contourner les embouteillages quand « y a tarpin » de monde sur l’autoroute. Ou bien solliciter Biloute et son inimitable accent ch’ti, à tel point qu’on a l’impression que Dany Boon est assis sur le siège passager.

« On voulait des voix qui nous ressemblent »

Après les voix non officielles d’Homer Simpson ou du rappeur breton Lorenzo, Waze a décidé de mettre l’accent sur le local pour se rapprocher de ses utilisateurs. Et pour déterminer quels seraient ceux sélectionnés pour être sur l’application, ils ont fait voter leurs usagers sur leurs réseaux sociaux. Et ce sont deux accents sudistes et un Nordiste qui l’ont emporté. « Les deux voix neutres ne représentaient pas la diversité du territoire or c’est une application par et pour les automobilistes. On voulait des voix qui nous ressemblent, on s’est donc assuré qu’elles soient authentiques et nous les avons fait valider par nos éditeurs de cartes locaux », explique Jérôme Marty, le directeur général de Waze France, lui-même natif de la Ville rose.

Pour ceux qui voudraient entendre du catalan ou du lorrain, il est toujours possible d’utiliser la fonctionnalité « Enregistrez sa voix » et de dicter ses instructions. Certaines ont ainsi un grand succès alors qu’elles ne font pas partie du catalogue officiel de Waze. Pour les trois nouvelles validées, pas question non plus d’être caricatural, « on voulait rester ancré dans le réel », assure le patron de cette assistance au guidage dans le top 10 des plus téléchargées.

« Banaliser la diversité linguistique »

Un moyen de valoriser les accents qui sont souvent l’objet de remarques, désobligeantes parfois, amusées souvent. Mais qui ne laissent jamais indifférent celui ou celle qui prononcent des mots avec une sonorité différente. Elatiana Razafi, maîtresse de conférences en sociolinguistique à l’Université Jean-Jaurès de Toulouse travaille depuis des années sur ce sujet et a mis au point avec ses étudiants une exposition sur ces « micro-agressions linguistiques » qui ont souvent plus d’incidences qu’on pourrait le croire. Car si certains font de leur accent un outil de revendication, un marqueur identitaire, d’autres vont avoir tendance à le gommer pour éviter d’être stigmatisés. Ou être victime carrément de « glottophobie ».

A travers ce travail de médiation par l’art, elle a voulu sensibiliser et montrer une réalité : « il n’existe pas de personnes sans accent, c’est un mythe », rappelle l’enseignante-chercheuse qui étudie les rapports sociaux à travers la langue, et donc les accents.

Pour elle, la démarche de Waze a un aspect positif. « C’est important d’avoir une visibilité des accents, d’être exposés à la diversité linguistique et de la banaliser », explique Elatiana Razafi, qui n’oublie pas que Waze reste une entreprise commerciale.